Que se passe-t-il au Brésil, où deux hommes, dont un journaliste britannique, ont disparu en Amazonie ?

Idèr Nabili
Publié le 9 juin 2022 à 15h17
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le journaliste britannique Dom Phillips et l'expert des peuples indigènes Bruno Pereira sont portés disparus depuis la fin de semaine dernière en pleine forêt amazonienne.
La police brésilienne n'écarte "aucune piste".
Le président Jair Bolsonaro est fortement critiqué.

Où sont passés Dom Phillips, journaliste britannique, et Bruno Pereira, spécialiste reconnu des peuples indigènes ? Depuis dimanche, les deux hommes, partis en Amazonie (Brésil), ne donnent plus le moindre signe de vie. D'après les autorités locales, le journaliste de 57 ans, collaborateur régulier du quotidien The Guardian, et son acolyte de 41 ans, sont portés disparus dans la Vallée de Javari, à l'extrême ouest de l'État d'Amazonas.

Cette zone est qualifiée "d'assez dangereuse" par le chef de la police fédérale, Eduardo Alexandre Fontes. Elle abrite "une forte criminalité : trafic de drogue transfrontalier conséquent en raison de la proximité avec le Pérou et la Colombie, mais aussi exploitation minière, forestière et pêche illégales", s'inquiète-t-il, selon des propos rapportés par l'AFP. "Aucune piste" n'est écartée.

Un suspect arrêté

Après s'être entretenus avec des habitants autour du lac Jaburu, vendredi soir, les deux hommes ont pris le chemin du retour vers Atalaia do Norte, marquant un arrêt dans la communauté de Sao Rafael, où Bruno Pereira avait prévu un rendez-vous avec le chef local. Dom Phillips et Bruno Pereira ne sont finalement jamais arrivés à Atalaia do Norte.

Au total, six personnes ont été interrogées et un homme a été placé en détention. Il est qualifié de "suspect" par la police, depuis que des témoins ont dit l'avoir vu passer à toute vitesse dans un bateau dans la même direction que Dom Phillips et Bruno Pereira lorsqu'ils ont été repérés pour la dernière fois. Il a été arrêté en possession de munitions d'un calibre illégal et de drogue.

"Nous enquêtons pour savoir s'il y a un lien entre lui et ce qu'il s'est passé mais, pour l'instant, nous n'en savons rien", a déclaré mercredi Carlos Mansur, secrétaire à la sécurité d'Amazonas chargé de la police locale, selon des propos rapportés par l'AFP. D'après lui, la police a saisi certains "matériaux" à la recherche de "traces de sang". "Nous nous concentrons sur les recherches avec l'espoir de les retrouver vivants, qu'ils aient eu un problème avec le bateau, qu'ils soient entrés dans un bras de la rivière ou qu'ils soient quelque part dans la jungle."

"Ils ont peut-être été exécutés", lance Bolsonaro

L'opération dans cette zone difficile d'accès mobilise quelque 250 policiers, militaires et secouristes, ainsi que deux avions, des drones, seize bateaux et divers véhicules. Insuffisant pour les groupes de défense de l'environnement et des droits humains, qui accusent le président brésilien Jair Bolsonaro de lenteurs. Dans pareil cas, les 48 premières heures sont souvent considérées comme cruciales.

The Guardian et le Washington Post, deux quotidiens pour qui Dom Phillips travaille, ont appelé ce jeudi Jair Bolsonaro à "intensifier de toute urgence" les recherches. "Nous sommes très préoccupés par les informations selon lesquelles les efforts de recherche et de sauvetage ont jusqu'ici été dotés de ressources minimales", ont-ils dénoncé dans une tribune signée par plusieurs grands médias internationaux. Ils demandent au président brésilien d'apporter "tout le soutien possible à leurs familles et amis".

Sa politique est également mise en cause. L'ONG Greenpeace a estimé dans un communiqué que la disparition des deux hommes était la conséquence du "recul environnemental que le gouvernement Bolsonaro a vigoureusement encouragé dans les zones protégées et contre les militants écologistes. Les peuples indigènes du Brésil n'ont jamais été autant attaqués que ces trois dernières années".

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Même des personnalités sont montées au créneau. "Le combat pour la préservation de la forêt amazonienne et la protection des groupes indigènes appartient à nous tous", a posté le légendaire footballeur brésilien Pelé sur Instagram, accompagné d'une vidéo postée mardi par l'épouse désemparée de Dom Phillips étouffant des sanglots alors qu'elle suppliait les autorités brésiliennes de l'aider.

Le président brésilien a préféré qualifier mardi d'"aventure pas recommandable" l'expédition des deux hommes. "C'est peut-être un accident, ils ont peut-être été exécutés", a-t-il lâché.


Idèr Nabili

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