L'Essequibo, cette province pétrolière au centre d'un bras de fer entre le Venezuela et le Guyana

par T.G.
Publié le 4 décembre 2023 à 15h05

Source : TF1 Info

Les électeurs du Venezuela ont plébiscité dimanche une intégration à leur pays de l'Essequibo.
Cette province, riche en pétrole, est sous administration guyanienne.
Les deux pays se disputent sa paternité depuis des décennies.

"L'Essequibo est à nous". Sans surprise, le référendum consultatif organisé dimanche par le Venezuela s'est conclu par une victoire écrasante du "oui". Avec plus de 95% des voix, les électeurs réclament l'intégration à leur pays de l'Essequibo, vaste région forestière et riche en pétrole. Problème : le Guyana voisin, lui aussi, revendique ces terres. Historique, le bras de fer entre les deux pays n'a jamais été aussi proche d'un conflit, entre déclarations musclées et manœuvres militaires.

Parfois appelé "Guayana Esequiba", l'Essequibo un territoire de 160.000 km² sous administration du Guyana. Environ 125.000 personnes, sur un total de 800.000 Guyaniens, vivent dans ces étendues de forêt qui s'étendent jusqu'à l'océan Atlantique. Située à l'ouest du fleuve du même nom, cette région où l'on parle anglais représente plus de 70% du territoire guyanien. 

Fort de ces arguments géographiques, le Guyana revendique ses droits sur l'Essequibo. Notamment en se fondant sur le fait que la frontière entre les deux pays date de l'époque coloniale anglaise et que celle-ci a été entérinée en 1899 par une Cour d'arbitrage. Le pays a d'ailleurs saisi la Cour internationale de Justice (CIJ), plus haute instance judiciaire de l'ONU, pour la faire valider.

Le Guyana accusé d'être inféodé aux géants pétroliers américains

Problème : le Venezuela soutient, lui, que le fleuve Essequibo devrait être la frontière naturelle, comme en 1777 à l'époque de l'empire espagnol. Caracas estime que le Royaume-Uni s'est octroyé des terres vénézuéliennes au 19ᵉ siècle et que l'accord de Genève signé en 1966 avant l'indépendance du Guyana jette les bases d'un règlement négocié qui doit se poursuivre.

Depuis des décennies, les deux pays s'appuient sur des arguments juridiques et des cartes qu'ils estiment irréfutables. Précaire, le statu quo entre eux a malgré tout tenu. Jusqu'au mois d'août dernier : au cœur de l'été, le Guyana a lancé des appels d'offres pour des blocs pétroliers dans la zone. De quoi réveiller la colère du Venezuela, laquelle est montée d'un cran en octobre, quand le Guyana a annoncé une importante découverte de pétrole dans l'Essequibo. Les réserves du pays ont grimpé d'au moins dix milliards de barils, ce qui les rend supérieures à celles du Koweït

Depuis la découverte de l'or noir dans la région, le torchon brule. Le Venezuela accuse régulièrement le président guyanien d’être inféodé aux compagnies pétrolières américaines. Manœuvres militaires, construction d'une piste militaire par le Venezuela, évocation de bases américaines par le Guyana... L'escalade a pris un tournant guerrier ces dernières semaines. Jusqu'au référendum de ce dimanche.

Les autorités vénézuéliennes affirment ne pas chercher de motif pour envahir la zone, comme le craint à terme le Guyana, où des milliers de personnes ont formé des chaînes humaines pour montrer leur attachement au territoire. Dimanche, le président guyanien Irfaan Ali a assuré à ses compatriotes qu'"il n'y a rien à craindre dans les heures, les jours et les mois à venir". "Notre première ligne de défense est la diplomatie et nous sommes dans une position très, très forte", a-t-il ajouté, soulignant que son pays dispose d'un vaste soutien international et appelant Caracas à "la maturité et la responsabilité".


T.G.

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