POURPARLERS – Emmanuel Macron rencontre son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ce jeudi à Bruxelles en marge du sommet de l’Otan. L’occasion pour le président de la République d’évoquer le sort du photojournaliste français Mathias Depardon, détenu en Turquie depuis deux semaines. Lors de l'entretien, le président turc a indiqué qu'il examinerait rapidement la situation du journaliste.

Emmanuel Macron devait se montrer persuasif. Alors qu’il rencontrait son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ce jeudi à Bruxelles en marge du sommet de l’Otan, le président de la République a eu l’occasion d’évoquer le sort du photojournaliste français Mathias Depardon, emprisonné depuis près de deux semaines à Gaziantep, en Turquie, et qui a entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention. 

Objectif : obtenir la libération du reporter. Une partie qui s’annonçait difficile. "Recep Tayip Erdogan prouve que dès qu’on est faible face à lui, il en profite", a ainsi estimé jeudi matin sur franceinfo le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) Christophe Deloire, implorant le locataire de l’Elysée d’agir. "Emmanuel Macron doit mettre tout son poids et celui de la France pour défendre un ressortissant français qui est, littéralement, otage du gouvernement turc."

À la mi-journée, à la suite d'un entretien qualifié de "cordial", l'Elysée a fait savoir que l'homme fort d'Ankara, dont les pouvoirs ont été considérablement accrus à la suite du référendum du 16 avril dernier, examinerait "rapidement la situation" de Mathias Depardon. 

Un symbole de la dérive autoritaire d’Erdogan

"Mathias Depardon fait l’objet d’une manœuvre d’intimidation à l’égard de tous les journalistes qui voudraient couvrir ce qui se passe en Turquie, y compris dans des zones où il est extrêmement difficile de se rendre", juge Christophe Deloire. "C’est également une intimidation à l’égard des gouvernements européens sur lesquels Erdogan exerce un chantage depuis des mois."

L’arrestation du photographe, qui effectuait un reportage pour le National Geographic dans le sud-est de la Turquie, semble symboliser la dérive autoritaire de Recep Tayyip Erdogan alors que plus d’une centaine de journalistes sont actuellement détenus dans le pays. "Il a été arrêté pour propagande terroriste, il aurait pris des photos de jeunes militantes du PKK", explique le secrétaire général de RSF, qui s’est rendu dans la matinée à l’ambassade de Turquie à Paris aux côtés de la mère de Mathias Depardon. "Prendre des photos de militants, ce n'est pas de la propagande, ni se rendre complice de qui que ce soit. C'est de l'aberration totale."

"Un arrêté d'expulsion a été rendu trois jours après l'arrestation" du photojournaliste, poursuit Christophe Deloire, selon qui celui-ci est purement et simplement "coupé du monde", ce qui "défie toutes les règles, tous les principes". Et le patron de RSF d'ajouter : "Cela fait maintenant 14 jours et Mathias Depardon n'a pas été relâché." À ses yeux, "les autorités turques piétinent tous les droits et même leurs engagements internationaux". Face à Recep Tayyip Erdogan, Emmanuel Macron semble s'être montré convaincant. Reste à savoir si les premières déclarations du dirigeant turc seront rapidement suivies d'effet. 


Alexandre DECROIX

Tout
TF1 Info