REPORTAGE - "C’est la route la plus sûre" : la Guyane, nouvelle porte d'entrée des migrants vers la France

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Nathalie Pellerin, Noélie Clerc, Christophe Aragona
Publié le 24 janvier 2024 à 20h38

Source : TF1 Info

Ce jeudi 25 janvier, le Conseil Constitutionnel rend sa décision sur la loi immigration.
Les demandeurs d’asile afghans et syriens pourraient être concernés par la censure de certaines mesures.
Ils affluent désormais en Guyane via le Brésil, en quête d’une porte d’entrée vers la France.
Regardez ce reportage "document" du 20H de TF1 sur leur étonnant périple.

Si tous les chemins, paraît-il, mènent à Rome, concernant la France, le choix est plus restrictif. Pour les demandeurs d’asile afghans et syriens, la route passait le plus souvent par la Turquie, la Hongrie ou la Méditerranée. Mais ils privilégient à présent un nouvel itinéraire. Il conduit en Guyane, où 2.000 d’entre eux sont arrivés l’an dernier, dans l’espoir de migrer vers la France.

La dernière étape du voyage est un jeu du chat et de la souris, sur les flots du fleuve Oyapock, marquant la frontière entre le Brésil et la région d’outre-mer française. "Il suffit que vous partiez à droite pour que ça traverse à gauche, et inversement. Ils nous surveillent aussi, c’est une frontière visuelle", témoigne un policier chargé de contrôler les bateaux-taxi.

Pour ces migrants, le fleuve est le seul moyen d’arriver sur le territoire français. En empruntant le pont, unique route terrestre existante entre les deux pays, ils seraient interpellés avant même d’y entrer. Après avoir traversé le cours d’eau, ils se présentent souvent d’eux-mêmes au poste frontalier, où ils peuvent légalement demander l’asile dans les 48 heures.

"On voulait venir en France pour y vivre, parce que le pays est stable et sûr", confie Sayed Hossaini, ressortissant afghan, au bout d’un étonnant périple de 10.000 km. Une semaine avant le tournage de ce reportage, sa famille et lui sont parvenus à sortir d’Afghanistan pour rallier le Qatar, avant d’y prendre un vol direction le Brésil, pays accordant un visa humanitaire à ceux qui fuient des zones jugées instables, puis de grimper dans un autre avion pour Macapa, tout au nord.

Là, 12 heures de pistes, en pleine forêt amazonienne, les attendent, pour enfin atteindre la Guyane, donc la France. "C’était vraiment dur, je suis épuisée", souffle Momena, la compagne de Sayed. Depuis quatre ans, des migrants syriens, de plus en plus nombreux, empruntent aussi cette nouvelle route migratoire, sans filière, ni passeur. Ils suivent juste les indications de ceux qui les ont précédés. Coût du voyage pour Sayed, Momena et leur petite fille : 5.000 euros. Le père de famille, ancien haut-fonctionnaire travaillant dans un ministère afghan, en avait les moyens. 

Deux heures trente de route plus loin, à Cayenne, les demandes d’asile ont quasiment doublé en un an. On y manque désormais d’interprètes en persan et en arabe. "Ce n’est pas le public traditionnel, on n’est pas habitués. Les années précédentes, c’étaient principalement des Haïtiens et des Dominicains", indique Karine Le Faucheur, directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), en poste depuis avril 2021.

File d'attente devant l'Ofii à Cayenne
File d'attente devant l'Ofii à Cayenne - Capture d'écran TF1

La prise en charge par les autorités peut prendre plusieurs mois. Face à cet afflux, 1.000 places d’hébergement ont été créées en Guyane. C’est cinq fois plus qu’il y a deux ans, pour un budget de 10 millions d’euros, financé par l’État. Dans l’un des préfabriqués installés en bordure de l’aéroport de Cayenne, où résident 60 demandeurs d’asile, Mohamad Nour et sa famille, arrivés d’Alep, en Syrie, il y a quatre mois, n’ont même pas défait leurs valises.

Lui qui était économiste avant le voyage, peine encore à réaliser qu’il est en Guyane aujourd’hui. Il regarde en boucle, sur son téléphone, la vidéo de leur périple, de l’aéroport d’Istanbul aux pistes de terre rouge de l’Amazonie, qu’il a envoyée pour rassurer ses proches. "C’est l’unique route vers la France qui soit légale et surtout sans passer par la mer, assure-t-il. Par exemple, vers la Grèce, c’est périlleux. Vers la Bulgarie, c’est difficile. Il y a plein de dangers. Moi, je ne veux aucun risque pour ma famille. Par le Brésil, c’est la route la plus simple et la plus sûre, vers la France."

Leur demande d’asile a été acceptée, comme plus de 80% des demandes syriennes et afghanes. Une proportion trois fois plus élevée que pour les autres nationalités. Ils peuvent alors travailler. Mais pour quitter la Guyane, il faut encore attendre, de huit à douze mois en moyenne. Moins d’un réfugié sur dix reste sur place. La plupart des familles optent ensuite pour Nantes, Metz, Strasbourg et Lyon, où des communautés se sont formées. D’autres souhaitent rallier, à terme, Berlin ou Londres, afin d'y retrouver des proches. Une certitude : le chemin guyanais mène toujours à l’Europe.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Nathalie Pellerin, Noélie Clerc, Christophe Aragona

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