C'est un phénomène qui prend de l'ampleur au niveau du détroit de Gibraltar, lieu de passage entre l'Espagne et le Maroc.
Ici, les Narcolanchas sont sans pitié.
Entre trafic de drogue et violence, quel est le rôle de ces "go fast" de la mer ?

C'est un phénomène qui n'est pas nouveau, mais au fil des années, il devient de plus en plus dangereux. En Espagne, les Narcolanchas sèment la terreur auprès des douaniers, mais aussi des policiers. Ce nom désigne des embarcations ultrarapides utilisées pour acheminer le cannabis du Maroc vers l'Espagne. Ces bateaux peuvent atteindre 100 km/h et transporter jusqu'à trois tonnes de drogue. Afin de les repérer, les douaniers patrouillent toute la nuit, lumières éteintes. La raison ? Ils craignent pour leur sécurité.

Ils connaissent les moindres de nos mouvements et savent que l'on est en train de patouiller
Riccardo, chef d'embarcation, douanes d'Algésiras

Au large du détroit de Gibraltar, une équipe de TF1 a pu accompagner les douaniers espagnols dans leurs opérations (reportage à voir dans la vidéo en tête de cet article). Ces derniers repèrent alors un petit bateau pêche suspect et décèlent rapidement un comportement suspect chez les deux hommes à bord. "Vous avez chacun 250 euros sur vous ? Exactement la même somme ? C'est étrange. Personne ne va pêcher avec autant d'argent", remarquent les douaniers face aux individus. 

"Soit ils étaient dans la Narcolancha et deux autres personnes ont pris leur relais. Soit ils ont apporté de l'eau et de la nourriture à une Narcolancha au large. On ne peut pas les arrêter parce que leur bateau est en règle", expliquent les représentants des forces de l'ordre, impuissants face à cette situation qui ne fait pourtant aucun doute. 

"Ils chargent le cannabis au Maroc et attendent en mer le bon moment pour le livrer en Espagne. Il leur suffit de 10 minutes pour aller d'une côte à l'autre. Ils connaissent les moindres de nos mouvements et savent que l'on est en train de patouiller. C'est très compliqué de les trouver et de les arrêter à cette vitesse", détaille Riccardo, le chef d'embarcation des douanes d'Algésiras. Une situation pesante pour les douaniers tout comme pour les policiers.

En position de force, les trafiquants n'hésitent d'ailleurs pas à narguer la police sur les réseaux sociaux, en diffusant des vidéos de leurs actions. De plus, ils sont de plus en plus violents. En janvier dernier, une Narcolancha a heurté un bateau de la Guardia Civil. Deux policiers ont été tués.

Une traversée peut rapporter jusqu'à 2 millions d'euros

En une dizaine d'années, les malfrats ont mis en place une logistique quasiment infaillible. Une fois sur le sol espagnol, la drogue rejoint les quatre coins de l'Europe en quelques heures seulement. Un business particulièrement rentable. Une Narcolancha coûte environ 120.000 euros, "et les trafiquants peuvent gagner jusqu'à deux millions d'euros par traversée", explique Lisardo Capote, responsable des douanes d'Algésiras. Pourtant, en Espagne, la construction de ces bateaux est interdite depuis 2018. Mais une filière s'est développée pour les faire arriver clandestinement du Portugal, où leur production est toujours légale.

Pour développer leurs activités, les trafiquants profitent également de la pauvreté qui règne dans la ville de La Línea de la Concepción, en face du rocher de Gibraltar. Dans cette commune où villas de luxe construites par de riches narcotrafiquants et quartiers populaires se font face, près de 3000 personnes vivraient du trafic de drogue. Un moyen pour beaucoup de subvenir aux besoins de leur famille, alors que le taux de chômage atteint les 30% dans la ville, soit le plus élevé en Espagne.


C.D | Reportage TF1 : Victoria David, Armelle Exposito

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