REPORTAGE - Tunisie : poursuivis puis abandonnés à la frontière libyenne, des migrants meurent en plein désert

par La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Matthieu Desmoulins, Sofiane Cherifi et Agnès Kiraly
Publié le 6 août 2023 à 7h30

Source : JT 20h WE

Des centaines de migrants venus d'Afrique subsaharienne errent le long de la frontière entre la Libye et la Tunisie.
Ils disent avoir été poursuivis, puis abandonnés dans le désert, par les forces de sécurité tunisiennes.
Depuis début juillet, les corps de 24 d'entre eux ont été découverts.

Sous 50°C, en plein désert, un migrant s'est effondré après des jours de marche. Derrière lui, des dizaines d'autres se traînent à bout de force jusqu'au garde-frontière libyen. Tous racontent avoir été arrêtés par les autorités tunisiennes, avant d'être abandonnés à la frontière libyenne. "Ils ont cassé mon téléphone, puis m'ont emmené dans le désert du Sahara. J'ai marché pendant au moins deux jours sans eau ni nourriture", raconte l'un des migrants dans le reportage du JT de TF1 en tête de cet article.

Depuis le début de l'été 2023, au moins 24 migrants ont perdu la vie dans le désert. Fin juillet, une mère et sa fille de six ans ont été retrouvées inanimées au milieu de nulle part. Ce jour-là, Pato, son mari, est le seul à avoir survécu à la fournaise. "J'aurais préféré mourir avec elles", confie-t-il, en larmes, aux équipes de TF1.

1300 arrestations de migrants

Comme beaucoup d'autres à la frontière, Pato a été arrêté à Sfax (Tunisie), 200 kilomètres au nord, principal point de passage des clandestins vers les côtes européennes. Le 5 juillet 2023, c'est dans cette ville que des tensions ont éclaté avec les habitants. Dans les semaines suivantes, plus de 1300 arrestations de migrants ont eu lieu. "Ils ne savaient pas lesquels étaient clandestins, lesquels ne l'étaient pas. Certains parmi eux étaient des étudiants, d'autres des demandeurs d'asile", explique Ahmed Ben Chemsi, porte-parole de l'ONG Human Rights Watch. 

"Il y avait même le cas d'un militaire guinéen qui était là pour se faire soigner, qui n'avait rien à voir avec tout ça, et qui s'est fait rafler lui aussi", rapporte-t-il, avant de dénoncer une "politique foncièrement et intrinsèquement raciste". Des accusations lourdes démenties par les autorités tunisiennes. 

La situation des migrants actuellement coincés entre la Tunisie et la Libye a provoqué de nombreuses réactions internationales ces dernières semaines. À ce sujet, le chef de l'ONU Antonio Guterres a dénoncé les "expulsions" de migrants d'Afrique subsaharienne de la Tunisie vers les frontières libyenne et algérienne, où ils se retrouvent abandonnés en plein désert. "Plusieurs sont morts et des centaines, dont des femmes enceintes et des enfants demeurent, selon des informations, coincés dans des conditions extrêmement difficiles avec peu d'accès à de l'eau et de la nourriture", a ajouté un porte-parole du dirigeant, Farhan Haq. 

Face à cette situation et en signe de protestation, les rappeurs Bigflo et Oli ont annulé le concert qu'ils devaient donner en Tunisie cette semaine. "On en a beaucoup parlé entre frères. Nous ne voulons pas faire le show à Carthage en ayant connaissance de la situation actuelle", ont-ils expliqué. Le rappeur Gims, qui devait se produire vendredi prochain à Djerba, a lui aussi décidé de boycotter la Tunisie.


La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Matthieu Desmoulins, Sofiane Cherifi et Agnès Kiraly

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