REPORTAGE - La vie sous les bombes : Kherson, ville fantôme après deux ans de guerre en Ukraine

par M.T | Reportage Florence de Juvigny, Axel Charles-Messance et Kostyantyn Yaremenko
Publié le 22 février 2024 à 7h30

Source : JT 20h Semaine

Après plusieurs mois d'occupation russe, le soutien occidental avait permis à l'armée ukrainienne de reprendre Kherson.
Mais la cité, que 85% de ses habitants ont quitté, reste visée quotidiennement par des bombardements russes provenant de l'autre côté du fleuve Dniepr.
À quoi ressemble la ville deux ans après le début de la guerre ?
Regardez le reportage des envoyés spéciaux de TF1.

Où sont les habitants de Kherson, ville symbole de la reconquête ukrainienne ? Sur les routes désertes du centre, des éboueurs circulent dotés de casques et gilets pare-balles. Sergii risque sa vie pour ramasser les poubelles, souvent à portée de tir des snipers russes qui se situent de l'autre côté du fleuve. "Quand il y a des frappes, oui, j'ai peur. Il vaut mieux se cacher. Seul Dieu sait où ça va tomber. Près de l'eau, c'est très dangereux, car il y a la ligne de front là-bas", confie-t-il. 

85% des habitants de Kherson sont partis, laissant leurs chiens derrière eux (voir l'image ci-dessous). Les rues sont désertes après 11 heures du matin, heure à partir de laquelle les bombardements reprennent généralement. Marina, elle, continue de vendre des fleurs, le plus souvent pour les morts. "Je ne réalise toujours pas ce qui nous arrive", lâche-t-elle, des larmes ruisselant sur ses joues. "Allez, tout ira bien, l'Ukraine vaincra", finit-elle par trancher. 

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Désormais, on compte moins d'une centaine de naissances par an, contre 2000 avant la guerre. Les forces russes sont positionnées à moins de trois kilomètres de la maternité, qui a subi une frappe l'an dernier, touchant la salle de réanimation des prématurés (voir l'image ci-dessous). Un seul bébé s'y trouvait, il a survécu.

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Il est donc proposé aux femmes de la ville d'accoucher loin du front, mais beaucoup refusent par patriotisme. "C'est là où je suis née, là où j'ai vécu toute ma vie depuis 19 ans. C'est là que ma fille devait naître", martèle une jeune maman qui vient d'accoucher. Le père du bébé se trouve actuellement au front. 

Après deux ans de guerre, Svetlana Kulinich, directrice adjointe de la maternité, s'est habituée à tout, jusqu'à accompagner la plupart des accouchements dans une cave. Il est difficile d'y respirer trop longtemps, l'aération ne fonctionnant pas convenablement. "Elles ont peur, mais elles sont de Kherson et nous serons là tant qu'elles seront là. On accueillera les dernières femmes enceintes, et seulement là, on partira", affirme-t-elle. 

On veut que les gens sachent que nous sommes vivants, que l'on travaille, que notre culture résiste
Olga Gontcharova, responsable du musée de Kherson

Se battre pour tenter de conserver un semblant de vie normale. Ludmila, professeure d'ukrainien, met un point d'honneur à venir en classe devant des bancs vides. "Aujourd'hui, on va étudier les verbes", lance-t-elle à ses élèves présents en visioconférence. Les dix qui n'ont pas encore quitté la ville ne sortent plus de chez eux. "C'est compliqué. Je suis sur le qui-vive, même lorsque je parle aux élèves, je guette le moindre bruit de missile", avoue Ludmila. 

Au musée d'Histoire naturelle, il ne reste que les murs et les employés. "Les Russes ont tout pris, tout a été volé", commente Olga Gontcharova, sa responsable, pointant du doigt des emplacements vides, où reposaient auparavant des vases antiques pillés pendant les huit mois d'occupation russe. "On veut que les gens sachent que nous sommes vivants, que l'on travaille, que notre culture résiste. Je pense que la culture est essentielle contre la barbarie et la guerre", affirme-t-elle. 

La résistance s'organise également sous terre, dans des abris. Les habitants se préparent à devoir sauver un jour la vie de leur voisin. "Nous vivons dans une zone de combat. Nous devons tous connaître ces gestes et ne pas abandonner. Ces gestes sont une force pour la victoire", affirme une habitante.

Ce jour-là à Kherson, on compte près de 300 frappes russes et deux morts. La ville méridionale avait été occupée pendant plusieurs mois par l'armée russe en 2022 avant son retrait en novembre de la même année de l'autre côté du fleuve Dniepr, chaque camp contrôlant désormais une rive. 


M.T | Reportage Florence de Juvigny, Axel Charles-Messance et Kostyantyn Yaremenko

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