Poussés par la guerre, plus de quatre millions d'enfants ukrainiens ont dû être déplacés loin de chez eux.
Au bout d'un an et demi de conflit, certains sont rentrés, d'autres ont été évacués et doivent tenter de grandir loin de leur foyer, et retrouver coûte que coûte un semblant de vie normale.
Une équipe de LCI a recueilli les témoignages de plusieurs d'entre eux, accueillis dans un centre de loisirs spécialisé.

Depuis un an déjà, dès l'été 2022, Oksana Voljyna a converti son école en centre de loisirs pour ceux qu'elle nomme "les enfants des héros". Des jeunes âgés de 7 à 15 ans, qui ont vécu dans les zones occupées ou près de la ligne de front, parfois orphelins de la guerre, des enfants qu'elle a elle-même sauvés pour certains d'entre eux. "J'ai passé l'hiver à évacuer les enfants de Bakhmout, beaucoup de monde sait que je m'occupe de ça", explique la directrice.

Début juin, à la rupture du barrage de Nova Kakhovka, dans la région de Kherson, elle n'hésite pas à parcourir plus de 600 km par la route puis le fleuve du Dniepr, pour réussir à extraire des familles jusque dans les zones occupées, avec l'aide d'autres volontaires. "Des gens nous envoyaient des messages privés, nous donnaient des contacts de personnes qui voulaient être évacuées là-bas. Cela nous a pris quatre jours pour monter cette opération, et en une matinée, on a évacué dix enfants et cinq adultes", explique la jeune femme, vêtue d'un T-shirt kaki frappé d'un drapeau ukrainien sur l'épaule. 

"On a eu à peu près les mêmes vies"

Dans cette grande bâtisse aux allures de chalet, entourée d'un parc verdoyant avec piscine et parc de jeux, 300 enfants ont passé une quinzaine de jours dès l'été 2022, loin du tumulte de la guerre. Psychologue de formation, Oksana a décidé de renouveler l'expérience cette année. "Tu parles avec eux, tu les prends dans tes bras, tu les regardes dans les yeux et tu comprends qu'il y aura un avenir", insiste-t-elle. "C'est sûrement très philosophique, mais c'est quelque chose de profondément ancré chez nous, car nous sommes détruits à l'intérieur. À titre personnel, c'est la seule chose qui m'aide à tenir, à être normale."

Les enfants, reçus à titre gracieux, sont suivis par des psychologues entre deux passe-temps, des loisirs qui les rapprochent des jeunes de leur âge, en surface du moins. Si Vika, 12 ans, s'est rapidement trouvée des copines de jeu, avec qui elle s'amuse à plonger dans la piscine, c'est qu'elle n'a pas besoin de tricher sur son passé pour être comprise. "On a eu à peu près les mêmes vies", confie la jeune adolescente. 

Je vais emprunter la voie d'un soldat. (...) Je veux venger mon ami, et plus généralement l'Ukraine
Roman, enfant ukrainien réfugié

Aux côtés de sa famille, elle fait partie des civils évacués par la directrice en juin du côté d'Olechky, une ville occupée et disparue sous les eaux après la rupture du barrage. "Ici, c'est calme, ça n'explose pas. On ne va presque jamais dans les abris, seulement quand il y a des alertes", souligne-t-elle, une fois installée sur un transat, une serviette sur les épaules, à la sortie de sa baignade. Loin de ce petit havre de paix, Vika a été évacuée comme tant d'autres sous le feu de l'artillerie, avec ses animaux, avec qui elle se sent protégée. Elle a déjà choisi sa vocation : devenir vétérinaire, pour s'occuper de ceux qui prennent soin d'elle aujourd'hui. "Mon chien peut me protéger de gens de l'extérieur. Mes chats sont très chouettes, quand je me sens mal ils peuvent venir me calmer", explique la jeune fille, confiant que les animaux sont "parfois mieux" que les humains.

Roman a aussi vécu sous occupation dans un petit village de la région de Kherson, mais lui a une tout autre vision de son avenir. "Je vais terminer le collège, intégrer un lycée militaire s'il y a de la place pour emprunter la voie d'un vrai soldat. Tankiste, sniper ou autre chose, peu importe, tant que j'intègre l'armée ukrainienne", lance le jeune homme, assis sur un lit du dortoir. "Je veux venger mon ami, et plus généralement l'Ukraine." Un ami d'enfance, auquel il n'a pas pu dire en revoir. "Nikita, il est décédé avec toute sa famille d'un coup dans un tir de mortier", glisse l'adolescent, le regard baissé, en faisant pivoter une toupie contre son genou. Désormais, il n'a qu'une idée en tête : "que Poutine meurt", lâche-t-il. À 14 ans à peine, comme 400 autres enfants avant lui, il tente ici de se reconstruire, malgré un passé déjà lourd à porter et un avenir incertain. 

D'après l'ONU, au moins 525 enfants ont été tués depuis le début du conflit, et plus d'un millier blessés. Début juin, l'institution internationale alertait aussi sur l'"impact dévastateur" de la guerre "sur la santé mentale et le bien-être des enfants".


M.L | Reportage TF1 Mélina Huet, Morgane Bona et Andriy Maliuk

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