Dans un lieu tenu secret, l'armée française forme de nouvelles recrues ukrainiennes.
Un stage de quatre semaines très éprouvant, avant de partir pour l'enfer du front.
Une équipe de TF1 a exceptionnellement pu suivre cet entraînement dans un environnement de guerre recréé de toutes pièces.

Vous ne verrez pas leurs visages. Les soldats ukrainiens que l'on peut voir en action dans le reportage de TF1 ci-dessus partiront bientôt pour le front, face à l'assaillant russe. Aucun contact avec la presse ne leur est permis, ce sont leurs instructeurs français qui parlent pour eux. Dans ce vaste camp d'entraînement de l'armée française, dont la localisation est tenue secrète, ils sont venus suivre quatre semaines de spécialisation à tous les types de combats d'infanterie, avant de partir pour l'enfer du front.

OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

L'assaut est lancé pour libérer un village. Sous des uniformes français, ce sont des soldats ukrainiens qui se suivent en file indienne. La plupart d'entre eux n'ont encore jamais connu le feu. Réservistes déjà passés sous les drapeaux avant que la guerre n'éclate en février 2022, conscrits ou encore engagés volontaires, c'est en France qu'ils découvrent la progression dans les tranchées. Celles-ci ont été creusées spécialement, l'armée française ayant délaissé ce type de combats devenus rares sur les théâtres de guerre contemporains. 

"On revient sur tous les fondamentaux du métier de militaire, donc on apprend le service de l'arme, le combat dans différents types de zones : zone urbaine, zone ouverte et zone de tranchée", résume le lieutenant-colonel Even, chef de détachement du partenariat militaire. Ces formateurs français, épaulés par des traducteurs, guident les Ukrainiens dans cet univers ultra-réaliste. Outre les tranchées, un village a été reconstitué, des barbelés sont visibles un peu partout, et même des treillis sanguinolents, qui imitent les cadavres humains que pourront croiser les recrues sur leur passage. "Ce n'est pas quelque chose de normal, ni d'inné", explique le capitaine Rémi, "c'est quelque chose à quoi il faut d'ores et déjà commencer à s'habituer".

Apprendre à surprendre les Russes

Depuis bientôt quatre semaines, ces recrues ukrainiennes s'entraînent ici, six jours sur sept. Les programmes évoluent à chaque formation, en fonction des besoins du front. Les militaires ukrainiens demandent notamment au lieutenant-colonel Even de nouveaux modes d'action occidentaux, pour se différencier de Russes qui les connaissent trop bien. "Ils ont des doctrines très similaires", analyse le militaire français, "ce qui crée une certaine stabilité sur la ligne de front, et l'adversaire doit chercher à surprendre". Après de premiers succès, la contre-offensive ukrainienne lancée en juin dernier semble en effet s'essouffler, au point que le commandant en chef des armées reconnaissait récemment une "impasse" sur le front.

De très jeunes engagés, et des réservistes plus âgés

Pour éviter toute fuite d'informations que pourrait exploiter l'ennemi, aucun détail n'est donné sur le nombre de stagiaires formés ici par l'armée française. La France, qui s'occupe également de soldats en Pologne, doit toutefois former 7.000 soldats ukrainiens d'ici à la fin de l'année. Notre équipe a aussi interdiction de les interroger. On apprendra seulement que leur moyenne d'âge se situe entre 35 et 40 ans, que certains sont tout juste majeurs, tandis que d'autres sont presque sexagénaires. Quel que soit leur statut ou leur âge, ils encaissent la dureté de la formation sans broncher, et absorbent rapidement les informations, remarquent les formateurs. Ce sont des stagiaires qui apprennent vite, "très vite même, ce sont de bons soldats", témoigne l'un d'entre eux au micro de TF1.

On sent une pointe d'admiration, mais aussi de la gravité alors que la fin de la formation s'approche. Ce sera bientôt l'heure des adieux entre militaires français et recrues ukrainiennes. "L'idée, c'est de couper les ponts à la fin de l'instruction, pour ne pas se poser de questions par la suite", explique le capitaine Xavier, pour se préserver. "On sait que certains vont mourir parmi tous ceux qu'on aura formés, et on se posera toujours la question 'est-ce qu'on aurait pu faire mieux ?'", poursuit le militaire français. Les échanges de numéros de téléphone sont proscrits, entre Français et Ukrainiens, pour couper le lien qui a pu s'établir pendant la durée du stage.

La formation est l'un des volets du soutien français à Kiev avec la cession d'équipements, la maintenance et le soutien financier. Au total, l'aide française s'élevait à 1,69 milliard d'euros en septembre 2023, plaçant Paris au 12ᵉ rang des nations soutenant l'Ukraine, selon l'Institut d'économie mondiale de Kiel (IfW). 


La rédaction de TF1info | Reportage : Esther Lefebvre

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