On vous explique l'importance de la remise d'une relique de Patrice Lumumba au Congo

Publié le 21 juin 2022 à 18h09
JT Perso
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Source : Sujet TF1 Info

Plus d'un demi-siècle après l'assassinat controversé de Patrice Lumumba, la Belgique a restitué lundi à la République démocratique du Congo une "relique" de son héros.
Bruxelles a renouvelé ses "excuses" pour l'implication, au moins indirecte, des autorités belges de l'époque dans ce crime.

Une poignée de main pour l'histoire. Lors d'une cérémonie empreinte d'émotion, la Belgique a remis lundi une "relique" de Patrice Lumumba - l'une des seules existantes - à la République démocratique du Congo (RDC). La dent de l'icône congolaise, assassinée un jour de janvier 1961, avait été saisie par la justice en 2016 chez la fille d'un policier belge ayant participé à la disparition du corps. Contenu dans un coffret, elle a été placée dans un cercueil qui a été remis aux autorités de Kinshasa. François, Juliana et Roland Lumumba - les enfants du leader assassiné - et leurs familles étaient également présents. 

L'idée est d'offrir enfin une sépulture à Patrice Lumumba, lui qui n'a jamais eu de véritables funérailles. Une faute grave dans la tradition congolaise qui exige funérailles et deuil pour assurer le passage du défunt dans l'au-delà. À ce titre, une autre cérémonie - d'inhumation cette fois - est programmée le 30 juin prochain, date anniversaire de l'indépendance, au tout nouveau "Mémorial Patrice Lumumba". Auparavant, le cercueil fera étape sur des lieux emblématiques du parcours personnel et politique de l'ancienne figure nationaliste. 

Mais alors, pourquoi et comment l'ex-premier ministre a-t-il pris une telle dimension dans ce pays d'Afrique centrale ? Les réponses sont à chercher tout à la fois dans sa jeunesse, ses combats et son destin tragique. 

Un parcours tortueux

Patrice Emery Lumumba, né Élias Okit'Asombo (son nom signifie héritier maudit, NDLR), a vu le jour le 2 juillet 1925 à Onalowa de parents de l'ethnie minoritaire Tetela. Il entreprend d'abord des études d'infirmier avant d'intégrer l'école coloniale des postes, téléphones et télécommunications. Il en sort comptable aux chèques postaux à Stanleyville (future Kisangani, dans le nord-est). En 1956, il est condamné à plusieurs mois d'emprisonnement pour détournement de fonds. "Il n'a jamais nié avoir détourné de l'argent", note d'ailleurs le philosophe congolais Emmanuel Kabongo, professeur à l'Université pédagogique nationale (UPN) de Kinshasa et auteur de plusieurs publications sur Lumumba. 

"Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups [...] parce que nous étions des nègres

Patrice Lumumba

À sa sortie de prison, "grâce à ses relations avec des libéraux belges", il est engagé comme directeur commercial de la célèbre "Brasserie de Léo et du Bas-Congo". Dès 1958, il crée son parti, le Mouvement national congolais (MNC). Ce nouveau mouvement prône l'unitarisme, la laïcité de l’État congolais et s'inscrit directement dans la lutte pour l'indépendance. En quelques années seulement, son parti se taille la part belle dans le paysage politique local. Patrice Lumumba laisse une empreinte indélébile avec son discours le jour de l'indépendance, le 30 juin 1960, contre le racisme des colons. Le tout en présence du roi des Belges, Baudouin, qui venait de saluer l'œuvre "civilisatrice" de son ancêtre Léopold II. "Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres", a-t-il déclaré dans une allocution restée à la postérité. 

Un mandat particulièrement court

Dans la foulée de l'indépendance, le parti de Patrice Lumumba gagne la majorité au parlement. Il est désigné Premier ministre et forme le premier gouvernement de la République démocratique du Congo. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. "Il n'a été chef du gouvernement du nouvel État que pendant deux mois et treize jours", du 30 juin au 12 septembre 1960, rappelle le professeur Kabongo. Dès le mois de juillet 1960, le climat se dégrade rapidement dans le pays, en raison du manque d'élites et des dissensions entre les différentes populations de cet immense pays. 

En faisant sécession dans la lointaine province du Katanga, où se situent les mines de cuivre et de cobalt qui font la fortune du pays, Moïse Tshombé met le feu aux poudres. Il reçoit le soutien actif de la compagnie qui exploitait le cuivre et de mercenaires européens. Face à la menace, Patrice Lumumba en appelle à l'ONU - qui envoie rapidement des "Casques bleus", sans grand succès - puis aux États-Unis et aux capitales européennes. En désespoir de cause, il finit par se tourner vers Moscou. 

Une mort encore non élucidée

Patrice Lumumba est renversé en septembre 1960. Le Premier ministre est neutralisé par le président Joseph Kasa-Vubu, sous la pression du chef de l'armée Joseph-Désiré Mobutu. Il est alors mis en résidence surveillée. Après une tentative de fuite, il est repris par les troupes de Mobutu. Arrêté, déchu, humilié, torturé, le martyr de l'indépendance du Congo est exécuté en pleine brousse à 50 km d'Elisabethville (actuelle Lubumbashi, sud-est) par des séparatistes katangais. Il avait 35 ans. Le corps, qui n'a jamais été retrouvé, aurait été dissous dans l'acide. Depuis 1967, l'anniversaire de sa mort est officiellement fêté à Kinshasa.

Plusieurs dizaines d'années plus tard, la Belgique reconnaîtra une implication, au moins indirecte, dans ces faits. Une commission d'enquête parlementaire, menée en 2000-2001, avait conclu à la "responsabilité morale" du "Plat pays" dans l'assassinat. Elle avait "conclu que le gouvernement belge faisait manifestement peu de cas de l'intégrité physique de Patrice Lumumba et qu'après son assassinat, ce même gouvernement a délibérément répandu des mensonges sur les circonstances de son décès", a rappelé lundi 20 juin le Premier ministre Alexander De Croo.

Une nouvelle page de la relation Congo-Belgique

Cette remise symbolique de la "relique" de Patrice Lumumba à son pays ouvre une nouvelle page dans la relation entre la Belgique et son ancienne colonie. "Cette responsabilité morale du gouvernement belge, nous l’avons reconnue et je la répète à nouveau en ce jour officiel d’adieu de la Belgique à Patrice Emery Lumumba. Je souhaiterais ici, en présence de sa famille, présenter à mon tour les excuses du gouvernement belge pour la manière dont il a pesé sur la décision de mettre fin aux jours du Premier ministre du pays", a lancé Alexander De Croo. "Le lundi 20 juin 2022 entre dans les annales de notre histoire commune, le retour de Patrice Emery Lumumba permet à la RDC de recouvrer un des maillons essentiels de sa mémoire nationale fragmentée par la tragédie de sa disparition", a confirmé son homologue congolais, Jean-Michel Sama Lukonde. 

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Dans le sillage du mouvement Black Lives Matter en 2020, la réflexion sur le passé colonial s'est brusquement accélérée en Belgique. Après des manifestations de colère de personnes ayant des ancêtres nés en Afrique, et des déboulonnages de statues de Léopold II par plusieurs municipalités, le Parlement a mis sur pied une nouvelle commission chargée de "faire la clarté" sur ce passé. Cette poignée de main aussi historique que symbolique s'inscrit dans cette optique. 


Maxence GEVIN

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