Riposte à Gaza : l'impuissance de la gauche israélienne

Le service METRONEWS
Publié le 15 juillet 2014 à 19h48
Riposte à Gaza : l'impuissance de la gauche israélienne
L'essentiel

REPORTAGE - Au huitième jour de la riposte israélienne sur Gaza, mardi, et alors que les négociations semblent au point mort entre le Hamas et l'Etat hébreu, l'opposition israélienne semble s'enfoncer, elle, dans un mélange de résignation et d'inquiétude.

"C'est comme si les gens n'y croyaient plus du tout". Il fut un temps pas si lointain où Anya, 26 ans, arborait son tee-shirt "Free Palestine" avec ses amis dans les manifestations pour la paix dans les rues de Tel-Aviv . Une flamme que la jeune Israélienne semble avoir perdue aujourd'hui. "Je suis d’extrême gauche", nous assure-t-elle d'emblée. Pourtant, elle n'est pas allée rejoindre le petit groupe d'une centaine de personnes massées samedi soir près de la grande avenue centrale de Rothschild, à Tel-Aviv, pour demander l'arrêt des bombardements sur Gaza . Ce soir-là, deux alertes aux tirs de roquettes venant du Hamas ont vidé les rues de la ville, d'habitude si vivantes. "Je me sens piégée, confie Anya. Je suis contre l'opération israélienne, parce que même si elle vise le Hamas, elle tue des civils. Mais comment se défendre alors ? Nous sommes attaqués tous les jours", soupire la jeune femme.

Ce dilemme, c'est celui qui ronge aujourd'hui une bonne partie de la population israélienne. Comment agir sans tuer ? Comment se défendre sans entrer dans l'engrenage terrible de la guerre ? Comme c'est le cas pour Anya, cette question agite plus particulièrement la gauche du pays. Celle qui milite pour des négociations de paix et qui demande la création d'un Etat palestinien (ils seraient 60% selon les sondages). Et qui, au huitième jour de l'opération israélienne et alors que les négociations pour un cessez-le-feu sont en suspens, semble perdre espoir.

"La population israélienne croit de moins en moins là l'issue politique"

"Il y a deux ans, la rue protestait contre Bibi (le surnom donné au Premier ministre Benjamin Netanyahou par les Israéliens, ndlr), parce que le processus de paix n'avançait pas, rappelle Anya. Aujourd'hui, on ne descend pas dans la rue parce qu'il sait bien nous défendre contre les attaques du Hamas", résume Anya. "La population israélienne croit de moins en moins à l'issue politique", se désole à son tour Rapahël Zagury-Orly, professeur de philosophie à Tel-Aviv. "Elle a une position intenable : celle d'être un occupant violant et d'être en même temps minée par la peur, parce qu'elle est agressée quotidiennement", poursuit le chercheur. Et aucun horizon de paix ne se dégage : "Le gouvernement est dans une logique complètement immobiliste", tance le spécialiste. Quant à la gauche, "elle est otage de la situation mais aussi de son manque d'imagination. Elle n'arrive pas à proposer quelque chose ni à mettre sur table des propositions".

Aux yeux de Natanaël, ce nouveau conflit qui oppose le Hamas et l'Etat hébreu devrait pourtant servir d'"électrochoc". "On ne peut pas continuer comme cela, s'insurge l'architecte israélien. Non loin d'ici, il y a des terres que nous occupons et où les gens ne vont pas bien. Il est temps d'affronter cette réalité", poursuit le jeune homme. Natanaël en est persuadé : "La plupart des Israéliens et des Palestiniens veulent la paix mais s'en remettent à des autorités qui ne les représentent pas. Pourtant, si chacun de notre côté nous prenions enfin nos destins entre nos mains, on pourrait se rencontrer à mi-chemin avec les Palestiniens", nous affirme-t-il. Mais rien ne sera possible l'un sans l'autre. "Les destins des deux peuples sont liés, assure Raphaël Zagury-Orly. Tant que les Palestiniens n'auront pas la paix, les Israéliens n'auront pas la leur non plus". Un programme bien mal engagé.