DECRYPTAGE - Theresa May doit prendre possession mercredi en fin de journée du 10, Downing Street. Mais faudra-t-il appeler la remplaçante de David Cameron Madame la Première ministre ou la Premier ministre ?

En prenant mercredi le fauteuil de David Cameron au 10, Downing Street, l'ancienne ministre de l'Intérieur Theresa May devient la seconde femme Premier ministre du Royaume-Uni. Ou plutôt faudrait-il dire Première ministre ? La féminisation des titres demeure un éternel débat, qui semble n'avoir jamais été clairement tranché.

En apparence seulement. La documentation française a en effet édité il y a quinze ans, avec le CNRS et l'Institut national de la langue française, un guide qui précise les règles de la féminisation. On y parle bien de "mairesse", de "députée" ou de "gouverneure". En préface, Lionel Jospin, alors Premier ministre, expliquait que "la parité a sa place dans la langue" et que "la question de la féminisation des titres est symbolique et non linguistique". "Les querelles sur "le" ou "la" ministre, lorsqu'une femme occupe ces fonctions, appartiendront bientôt au passé", concluait-il dans cet ouvrage.

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"Monsieur la députée'"

Des années plus tard, le débat demeure pourtant ouvert. A l'automne 2012 par exemple, Cécile Duflot avait eu un échange houleux avec l'ancien président UMP de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer. "Je suis une femme. Je vous prierai donc de m'appeler 'Madame la ministre'", lui avait lancé l'écologiste. "Sinon, je me verrai dans l'obligation de vous appeler (...) 'Monsieur la députée'". Réponse de l'intéressé dans la foulée sur son blog : "La sphère politique a oublié qu'en France, c'est l'Académie Française qui fixe, depuis 1635, les règles de l'usage du français" et "depuis les années 80, la gauche gouvernementale a contesté sans le dire cette prérogative en voulant politiser le langage et le modifier 'à sa guise'". Non seulement "féminiser un titre n'a jamais fait reculer d'un iota le machisme", selon lui, mais "lorsque deux orthographes, deux grammaires commencent à circuler (...) il se produit un risque de destruction du langage commun".

Deux ans plus tard, rebelote avec l'affaire du "madame le président", lorsque le député UMP du Vaucluse, Julien Aubert, a écopé d'une sanction financière pour avoir refusé de s'adresser comme il se doit à la présidente de séance, Sandrine Mazetier. L'Académie française avait alors émis une mise au point, en rejetant "un esprit de système qui tend à imposer des formes telles que professeure, recteure, sapeuse-pompière, auteure, ingénieure, procureure", qui constituent, selon elle, rien de moins que des "barbarismes".

Alors, que dira-t-on pour Theresa May ? On opte pour la féminisation !

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Thomas GUIEN

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