"Il n'y a plus d'argent" : Birmingham, deuxième ville du Royaume-Uni, est en faillite

Publié le 6 septembre 2023 à 15h56

Source : JT 20h WE

La municipalité de Birmingham (Royaume-Uni) est passée mardi sous la coupe des pouvoirs publics : seules les dépenses essentielles sont maintenues.
Selon le maire, la ville n'arrive plus à régler les dépenses exceptionnelles auxquelles elle fait face.
Un effet domino est redouté dans le reste du pays.

Birmingham placée "sous tutelle". La seconde ville du Royaume-Uni, confrontée à "des défis financiers sans précédent" selon son maire John Cotton, est officiellement en faillite. Tout sauf un cas isolé : plusieurs municipalités, confrontées à une hausse du coût de la vie et après des années de coupes budgétaires, pourraient connaitre le même sort.

Concrètement, le conseil municipal de Birmingham n'arrive plus à équilibrer son budget, comme la loi l'y oblige, sans aide du gouvernement. Il s'est ainsi placé sous la protection de la "section 114". Cela signifie que seules les dépenses essentielles sont maintenues. Mardi, John Cotton a expliqué avoir pris cette "mesure nécessaire" pour revenir à une situation saine. Et l'édile de dérouler une liste d'explications à cette décision sans précédent, notamment une condamnation de la ville pour infraction à la loi sur l'égalité femmes-hommes. "La ville a déjà payé 1,3 milliard d’euros en compensations, mais les pouvoirs publics se disent incapables d’assumer le reste de la note, évalué à 890 millions d’euros, y compris en puisant dans les réserves", explique ce mercredi le Birmingham Mail.

Naufrage économique

Autres raisons invoquées : l'installation d'un nouveau système informatique, mais aussi une baisse des financements accordés par les gouvernements conservateurs successifs, ou la crise du coût de la vie. Les effets de ce naufrage économique n'ont pas trainé. Selon le Birmingham Mail, les autorités ont ouvert auprès des 10.600 agents de la collectivité un plan de départs volontaires. Toujours selon le quotidien, "les syndicats craignent une vague de licenciements dans la foulée."

Aussi radicale soit-elle, cette faillite illustre la crise dans laquelle s'enfonce le Royaume-Uni. L'affaire intervient en effet après des mois de grèves dans un système hospitalier complètement débordé et lors d'une rentrée scolaire dominée par la crise des écoles bâties avec un béton défectueux, qui a conduit des dizaines d'établissements à fermer partiellement, voire totalement, juste avant le retour des enfants en classe.

À un an des prochaines législatives, cette annonce est aussi et surtout venue alimenter les accusations de négligence des services publics visant les exécutifs "Tories", membres du Parti conservateur, qui se succèdent depuis 13 ans. Le budget des municipalités au Royaume-Uni dépend des recettes des impôts locaux appliqués aux administrés et aux entreprises, mais aussi d'une contribution de l'État. Selon le centre de réflexion Institute for Government, ce financement venu de Londres a chuté de 40% en termes réels entre 2009/2010, période marquée par l'arrivée au pouvoir des Conservateurs, et 2019/2020, avant de remonter avec les dépenses exceptionnelles liées à la pandémie de Covid-19.

Sur cette période, les Britanniques ont vu leurs impôts locaux flamber et la tendance s'est poursuivie récemment avec l'envolée des prix, aggravant la crise du coût de la vie, sans enrayer la dégradation visible des services publics. "Le système de financement ne fonctionne plus du tout. Les conseils locaux ont fait des miracles depuis 13 ans, mais il n'y a plus d'argent", s'alarme le président de la fédération Sigoma Stephen Houghton, appelant le gouvernement à l'aide.

Pas d'autocritique du côté du gouvernement

Le maire de Birmingham, lui, s'attend désormais à un effet domino dans tout le pays. L'édile a cité une estimation de la fédération des collectivités locales Sigoma, arguant que 26 d'entre elles pourraient se mettre en faillite dans les deux ans à venir. Avant Birmingham, l'arrondissement londonien de Croydon et la ville de Thurrock, à l'est de la capitale, s'étaient déjà déclarés en faillite depuis un an.

Du côté du gouvernement, l'heure n'est pas à l'autocritique. "Il revient clairement aux conseils élus localement de gérer leur budget", a réagi un porte-parole du Premier ministre Rishi Sunak, affirmant que Birmingham avait bénéficié d'une hausse de 9% de ses financements cette année.


Thomas GUIEN

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