Brexit : goodbye United Kingdom

Royaume-Uni : le ministre du Brexit démissionne, nouveau coup dur pour Boris Johnson

La rédaction de LCI
Publié le 19 décembre 2021 à 8h12
Le Premier ministre britannique lors de sa conférence de presse, samedi 19 décembre.

Le Premier ministre britannique lors de sa conférence de presse, samedi 19 décembre.

Source : AFP

LA GOUTTE DE TROP ? - Le ministre du Brexit, David Frost, a claqué la porte du gouvernement britannique samedi soir, invoquant des désaccords politiques. Son départ met encore un peu plus dans la panade Boris Johnson, pour qui les difficultés s'accumulent ces dernières semaines.

La situation ne s'arrange pas pour Boris Johnson. Déjà affaibli, le Premier ministre britannique a perdu samedi soir son secrétaire d'État chargé du Brexit, invoquant des désaccords politiques. Après la révélation de l'information par le journal Mail on Sunday, Downing Street l'a confirmée en publiant la lettre de démission de David Frost et la réponse du chef du gouvernement.

Un départ précicité par la fuite de sa lettre de démission

Déplorant que sa démission ait fuité dans la presse, David Frost a annoncé dans sa lettre qu'elle prenait immédiatement effet. Selon le Mail on Sunday, Boris Johnson avait d'abord réussi à le convaincre de rester jusqu'à janvier.

Le journal souligne que David Frost a invoqué les nouvelles restrictions pour lutter contre le coronavirus, la hausse des impôts et la politique suivie pour parvenir à la neutralité carbone d'ici à 2050 pour expliquer son départ. "Vous connaissez mes préoccupations au sujet de la direction actuelle des choses", a écrit David Frost à Boris Johnson, soulignant que, le Brexit assuré, "le défi pour le gouvernement est à présent de réaliser les opportunités qu'il nous donne".

Divergences avec la ligne gouvernementale

Partisan d'une ligne dure face à l'Union européenne, David Frost a dirigé pour Londres les négociations avec l'Union européenne sur l'accord de Brexit puis sa mise en œuvre, tout particulièrement concernant l'application du protocole controversé sur l'Irlande du Nord. Ce dernier instaure un nouveau régime douanier pour cette province britannique, qui la maintient de fait dans le marché unique et l'union douanière européens.

Le Royaume-Uni et l'UE mènent depuis plusieurs mois d'âpres pourparlers pour aplanir leurs divergences sur la mise en œuvre du texte, effectif depuis le début de l'année. Si David Frost a adopté une position inflexible pour exiger que soit écarté tout recours à la justice européenne pour le règlement des différends, le gouvernement a semblé récemment assouplir sa position à ce sujet.

Il est impossible d'interpréter une telle attaque en règle contre le bilan de Boris Johnson autrement que comme une coopération, au moins, aux tentatives de le faire tomber.

Conservative Home, site influent dans la majorité

Boris Johnson s'est dit "désolé" de la démission de David Frost, lui exprimant sa gratitude pour le travail qu'il a accompli. Dans les rangs de la majorité, le député Andrew Bridgen a estimé qu'il s'agissait pour Boris Johnson d'un "moment décisif". "Il doit changer ou partir", a-t-il déclaré sur Times Radio. Sur Twitter, cet ardent Brexiter a souligné que le chef du gouvernement était "à cours de temps et d'amis pour tenir les promesses et la discipline d'un véritable gouvernement conservateur".

Pour l'ancienne Première ministre nord-irlandaise Arlene Foster, poussée au départ en avril car jugée trop modéré, la démission est "énorme pour ceux de nous qui croyaient qu'il tiendrait ses engagements pour l'Irlande du Nord". La cheffe adjointe de l'opposition travailliste, Angela Rayner, a réagi sur Twitter en estimant que le gouvernement était "dans le chaos total précisément quand le pays traverse des semaines d'incertitude". "Boris Johnson n'est pas à la hauteur de la tâche. Nous méritons mieux que cette bouffonnerie", a-t-elle ajouté.

Selon le site Conservative Home, influent dans la majorité, "il est impossible d'interpréter une telle attaque en règle contre le bilan de Boris Johnson autrement que comme une coopération, au moins, aux tentatives de le faire tomber".

Quand les embûches s'enchainent pour Boris Johnson

Deux ans après son triomphe électoral sur la promesse de réaliser le Brexit, Boris Johnson se trouve cerné par les scandales et a essuyé cette semaine une fronde de son camp à propos des mesures contre le Covid-19. Déjà l'un des plus touchés en Europe par la pandémie, le Royaume-Uni est confronté à une flambée des contaminations liée au variant Omicron. 

Pour contrer ce "raz de marée", Boris Johnson mise sur une campagne massive de rappel vaccinal et de légères restrictions. Mais il a essuyé une fronde dans son propre camp mardi au Parlement : 99 députés de son camp ont voté contre l'instauration d'un pass sanitaire pour les grands événements, jugée liberticide, mesure finalement adoptée grâce aux voix de l'opposition travailliste. Samedi, 90.418 nouveaux cas de Covid-19 ont été enregistrés, en léger recul par rapport à la veille (plus de 93.000) et après trois jours consécutifs de nouveaux records quotidiens.

Lire aussi

Les révélations par les médias, ces dernières semaines, de plusieurs fêtes ayant eu lieu à Downing Street à l'hiver 2020, alors que les Britanniques étaient soumis à de fortes restrictions destinées à freiner la pandémie de coronavirus, ont aussi ajouté de l'huile sur le feu. 

Une vidéo d'une répétition de conférence de presse a fuité, montrant une des conseillères de Boris Johnson hilare, plaisantant à propos de l'une de ces fêtes. Allegra Stratton a depuis démissionné et une enquête interne est en cours, dont les résultats potentiellement ravageurs sont attendus dans les jours qui viennent. Les journaux The Guardian et The Independant affirment que Boris Johnson avait en outre participé à un pot à Downing Street le 15 mai 2020, malgré les restrictions sanitaires.

VIDEO LCI PLAY - "Christmas party" : Boris Johnson dans la tourmenteSource : Sujet TF1 Info
JT Perso

La perte d'un bastion conservateur à l'occasion d'une élection partielle en Angleterre vendredi a fini de ternir l'image du Premier ministre, les médias britanniques y voyant une "humiliation". Ce scrutin dans le North Shropshire, circonscription très rurale du centre de l'Angleterre acquise de longue date aux conservateurs, a été remportée par les libéraux-démocrates avec 47% des suffrages. Il avait été déclenché par la démission d'un élu sanctionné pour une affaire de lobbying, que Boris Johnson est accusé d'avoir voulu protéger, avant de faire machine arrière. 


La rédaction de LCI

Tout
TF1 Info