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Royaume-Uni : le projet de renvoyer au Rwanda tous les migrants entrés illégalement provoque un tollé

Thomas Guichard avec l'AFP
Publié le 15 avril 2022 à 6h24
Royaume-Uni : le projet de renvoyer au Rwanda tous les migrants entrés illégalement provoque un tollé

Source : Simon WOHLFAHRT / AFP

Londres vient de signer un accord controversé d'envoi de demandeurs d'asiles vers le Rwanda.
La mesure, qualifiée d'"inhumaine", fait polémique au Royaume-Uni et dans le monde.
L'immigration illégale, en hausse, est un sujet sensible outre-Manche depuis le Brexit.

Londres vient-il de se doter d'un sous-traitant ou d'un nouveau partenaire ? Le Royaume-Uni a signé jeudi un accord controversé prévoyant l'envoi des demandeurs d'asile arrivés illégalement dans le pays vers le Rwanda. "À partir d'aujourd'hui (...) toute personne entrant illégalement au Royaume-Uni ainsi que ceux qui sont arrivés illégalement depuis le 1er janvier pourront désormais être relocalisés au Rwanda", a détaillé le premier ministre conservateur Boris Johnson dans un discours dans le Kent. Le Rwanda, qu'il a qualifié de pays parmi les "plus sûrs au monde, mondialement reconnu pour son bilan d'accueil et d'intégration des migrants", serait en mesure d'accueillir "des dizaines de milliers de personnes dans les années à venir" selon lui.

En envoyant des demandeurs d'asile à plus de 6000 km de Londres, le gouvernement britannique espère ainsi décourager les candidats au départ. Le gouvernement rwandais a d'ailleurs précisé qu'il proposerait la possibilité "de s'installer de manière permanente au Rwanda (si les migrants) le souhaitent".

"Echangées comme des marchandises"

Le projet, susceptible de s'appliquer à tous les étrangers entrés illégalement, d'où qu'ils viennent (Iran, Syrie, Erythrée...), a toutefois suscité des réactions scandalisées de par le monde. Amnesty International a critiqué "une idée scandaleusement mal conçue" et souligné le "bilan lamentable en matière de droits humains" du Rwanda. "Les personnes fuyant la guerre, les conflits et les persécutions méritent compassion et empathie. Elles ne devraient pas être échangées comme des marchandises et transférées à l'étranger pour être traitées", a déclaré dans un communiqué Gillian Triggs, en charge de la protection internationale au Haut commissariat pour les réfugiés (HCR).

Pour Nadia Hardman, de Human Rights Watch, le dispositif va "compliquer" le processus pour "les réfugiés syriens qui recherchent désespérément un endroit sûr". "Ils arriveront et s'attendront à être traités selon les valeurs fondamentales que le Royaume-Uni dit soutenir, mais à la place, ils seront transférés" à des milliers de kilomètres, a-t-elle dénoncé. Tout en refusant de commenter spécifiquement la décision britannique, Balazs Ujvri, porte-parole de Commission européenne, a souligné que "le traitement externe des demandes d'asile soulève des questions fondamentales concernant à la fois l'accès aux procédures d'asile et l'accès effectif à la protection, conformément aux exigences du droit international". 

Un enjeu politique interne

De longue date, le Premier ministre Boris Johnson avait promis de contrôler l'immigration, l'un des sujets clés à l'époque de la campagne pour le Brexit. Cet accord est l'un des volets d'une vaste loi sur l'immigration portée par la secrétaire d'État Priti Patel actuellement en cours d'examen au Parlement et critiquée pour sa sévérité. De fait, le nombre de traversées illégales de la Manche a triplé en 2021 - passant de 8 466 en 2020 à 28 500 - année aussi marquée par la mort de 27 migrants dans un naufrage fin novembre. 

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En interne, le gouvernement Johnson cherche, selon la presse britannique, des points de popularité à quelques semaines des élections locales, début mai. L'opposition travailliste à quant à elle accusé le Premier ministre de détourner l'attention après avoir reçu une amende pour une fête d'anniversaire en plein confinement.


Thomas Guichard avec l'AFP

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