Samedi 24 juin, Wagner a stoppé sa "marche" vers Moscou, après la conclusion d'un accord.
Depuis des mois, la milice conduite par Evgueni Prigojine s'en prend au ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.
Proche du pouvoir depuis le début des années 2000, Choïgou, très proche de Poutine, est au cœur de ce conflit ouvert entre la milice et l'armée russe.

Sergueï Choïgou est certainement l'un des grands perdants du coup de force du patron de Wagner, Evgueni Prigojine. Samedi 24 juin, ce dernier a tenté de rallier Moscou avec des membres de sa milice. Arrivé à moins de 300 kilomètres de la capitale russe, il a finalement fait machine arrière et rebroussé chemin pour "éviter un bain de sang". Durant toute cette séquence, un personnage clé du régime russe est resté extrêmement calme : le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.

Relations avec Vladimir Poutine, critiques de Wagner, absence d'expérience militaire, longévité record... Choïgou est un responsable étonnant à plus d'un titre, si l'on en croit sa biographie et certains événements, plus récents, de sa carrière en tant que ministre russe. 

Un proche de Poutine... qui ne semble plus l'être autant

En 2017, Sergueï Choïgou et Vladimir Poutine s'affichaient ensemble dans des mises en scènes destinées à servir la propagande russe. Durant la saison estivale, les agences de presse russes avaient diffusé des photos des deux hommes, torse nu, en train de bronzer près d'une rivière de la taïga sibérienne. Des clichés qui s'inscrivaient dans une série bien plus large d'images de propagande où on les apercevait en pleine cueillette de champignons ou lors d'une partie de pêche. Ils ont même joué dans la même équipe de hockey sur glace.

Le ministre russe de la Défense a longtemps été considéré non seulement comme un allié politique du président, mais aussi comme l'un de ses rares amis au sein de l'élite russe. Il n'y a désormais plus de signe d'amitié virile entre lui et Poutine. Sergueï Choïgou semble être désormais réduit à lire des rapports lors de rencontres avec le chef du Kremlin, quand il n'est pas relégué dans un coin pendant que Vladimir Poutine supervise une vidéoconférence.

Le 12 juin, une vidéo de Poutine et Choïgou assistant à une remise de médailles dans un hôpital militaire montrait le président russe lui tournant le dos, une situation interprétée comme un mépris apparent. Une cruelle disgrâce pour celui qui a poursuivi une carrière d'une longévité inégalée dans la Russie postsoviétique, et dont la présence au cœur du pouvoir à Moscou est antérieure à celle de Poutine.

Ennemi numéro 1 de wagner

Avant même que n'éclate la révolte, vendredi, Sergueï Choïgou avait subi une myriade d'attaques de Prigojine et portait comme un boulet l'incapacité des forces russes à progresser en Ukraine, 16 mois après le début de l'invasion. Début mai, le patron de la milice avait interpellé violemment Choïgou et son chef d'état-major des armées.  "Où sont les p... d'obus ! Ces hommes sont venus ici en tant que volontaires et ils meurent pour que vous puissiez vous engraisser dans vos bureaux en acajou (...). Ce sont les pères de quelqu'un. Les fils de quelqu'un. Les salauds qui ne nous donnent pas de munitions vont finir en enfer", avait lancé Evgueni Prigojine, le 5 mai dernier.

Vendredi 23 juin, le milliardaire et cofondateur de Wagner avait accusé l'armée russe de frappes meurtrières contre ses mercenaires. "Ils ont mené des frappes, des frappes de missiles, sur nos camps à l'arrière. Un très grand nombre de nos combattants ont été tués", avait-il déclaré dans un message audio. Des propos qui ont précédé la rébellion de la milice Wagner. 

Une longévité politique record en Russie

Originaire de la région de Touva, dans le sud de la Sibérie, Choïgou fait partie de ces très rares Russes "non ethniques" à avoir occupé un poste de haut niveau au sein du gouvernement après l'effondrement de l'URSS. Il commence son ascension en 1994, comme ministre des Situations d'urgence, dans les premières années de la présidence de Boris Eltsine. Un temps, il avait été pressenti pour prendre la suite de ce dernier.

Il devient une présence familière pour les Russes et l'un des politiciens les plus populaires, courant à travers le pays pour gérer des crises comme des accidents d'avion ou des tremblements de terre. Servant sous une douzaine de Premiers ministres, il occupe ce poste jusqu'en 2012, avant d'être nommé gouverneur de la région de Moscou, puis ministre de la Défense la même année. 

Un général sans expérience militaire

Lorsqu'il devient ministre en 2012, il n'a quasiment aucune expérience militaire de haut niveau. Pour obtenir sa première grande victoire, il devra attendre jusqu'en 2014... en Ukraine, après l'échec du FSB (le Service fédéral de sécurité), à stopper la révolution de Maïdan. Choïgou est rapidement mis à contribution par le maître du Kremlin pour annexer la Crimée. Ce qu'il parviendra à faire en quelques semaines. Dans le même temps, Choïgou entreprend un vaste chantier de modernisation de l'armée russe. Il crée, en effet, un cyber-commandement, puis unifie les "forces aérospatiales" du pays. 

Surtout, en sa qualité de ministre, il est celui qui supervise le service de renseignement militaire russe, le GRU. Sous sa responsabilité, le service est soupçonné d'avoir multiplié les assassinats (ou des tentatives), notamment contre Sergueï Skripal en 2018

Un rapport à l'uniforme militaire (d)étonnant

En 2017, Sergueï Choïgou décide d'une révolution quant aux tenues portées par les militaires lors de cérémonies officielles. Sans crier gare, il décide d'une modification rappelant l'uniforme utilisé durant la période soviétique, "l'uniforme du vainqueur". Une façon, très probablement, de relancer la propagande autour d'une Grande Russie. Un concept poussé par Vladimir Poutine depuis de longues années et prétexte, parmi d'autres, de la guerre en Ukraine. Autre point à noter, l'uniforme que porte Choïgou lui-même lors de défilés officiels rappelle étrangement un personnage bien connu des Russes :  Gueorgui Joukov, maréchal de Staline durant la Seconde Guerre mondiale.

Quelques années plus tôt, juste après sa nomination, Choïgou avait tenté d'envoyer un colonel de l'armée russe en Sibérie au motif... qu'il portait un costume civil. L'officier supérieur ne tient son salut qu'aux connexions haut placées qu'il avait avec le reste de l'appareil militaire. Mais cela en dit long sur l'important que porte le ministre de la Défense à ces habits.


Benoît LEROY

Tout
TF1 Info