Figure de l'opposition à Poutine, qui est Oleg Orlov condamné à 2 ans et demi dans un centre pénitentiaire ?

Publié le 27 février 2024 à 16h29

Source : TF1 Info

Un tribunal russe a condamné mardi Oleg Orlov à deux ans et demi dans une colonie pénitentiaire.
Ce dissident avait continué, malgré les risques, à défendre les droits humains et dénoncer l'attaque contre l'Ukraine.
"Je ne me repens de rien et ne regrette rien", a martelé au tribunal cet homme de 70 ans.

Un prix Nobel de la Paix derrière les barreaux. Oleg Orlov, vétéran de l'ONG Memorial, a été condamné ce mardi à deux ans et demi de prison par un tribunal de Moscou. Son crime ? Des dénonciations répétées de l'invasion russe en Ukraine. Malgré la sévérité du tribunal, cette figure des droits humains assume son franc-parler : "Je ne me repens de rien et ne regrette rien", a-t-il encore martelé à la veille de cette décision de justice qui conforte sa place d'opposant principal à Vladimir Poutine après la mort d'Alexeï Navalny.

Si Oleg Orlov n'a guère vacillé à l'énoncé du verdict, c'est notamment car cet homme de 70 ans a derrière lui une longue carrière de militant. Au fil des ans, il a risqué sa vie à plusieurs reprises. Ces deux dernières années, alors que la plupart des détracteurs du Kremlin avaient été réduits au silence, il était la figure de proue de cette minorité d'opposants qui continuaient à se dresser contre le pouvoir. "Je suis plus efficace ici", disait-il mi-février, en jugeant qu'il était "important" que des voix critiques restent en Russie en dépit d'une répression systématique.

Abandonné pieds nus dans la neige

"Se repentir reviendrait à renier toute ma vie (...) il faut donc continuer le combat", à l'instar des dissidents de l'époque soviétique qui ont subi de multiples vagues de répressions, expliquait-il il y a quelques jours. L'homme connait son sujet : né en 1953 d'un père ingénieur et d'une mère philologue, Oleg Orlov a étudié la biologie avant de s'engager très tôt dans la dissidence. Il diffuse alors des tracts contre l'invasion soviétique en Afghanistan. 

A la fin des années 1980, il rejoint Memorial. A l'époque, l'organisation souhaite documenter et préserver la mémoire des millions de victimes des répressions soviétiques. Memorial enquête aussi sur les violations des droits humains dans la Russie contemporaine. Oleg Orlov devient rapidement incontournable, travaillant comme observateur lors des multiples conflits : en Moldavie, en Asie centrale et en particulier dans le Caucase, en Tchétchénie, dévastée à partir de 1994 par une guerre entre Moscou et des séparatistes.

En 1995, il fait partie d'un groupe d'otages volontaires lors des négociations pour la libération de près de 2000 personnes détenues par un groupe de séparatistes tchétchènes dans un hôpital du sud-ouest de la Russie. Oleg Orlov sera à nouveau pris en otage avec des journalistes, fin 2007, par un groupe armé dans un hôtel à Nazran, en Ingouchie. Les otages, dont Orlov, sont tabassés et menacés d'être exécutés dans un champ en bordure de la ville, puis abandonnés pieds nus dans la neige.

Fin 2021, quelques semaines avant l'attaque contre l'Ukraine, l'ONG Memorial est finalement dissoute par la justice russe, mais elle recevra le prix Nobel de la Paix 2022. Orlov a juré de poursuivre le combat, même si, de son propre aveu, ses employés doivent désormais travailler "dans une semi-clandestinité". Dans l'attente du verdict, le militant semblait connaitre le sort que le Kremlin allait lui réserver : il avait déjà préparé un sac avec des produits de première nécessité pour sa détention. 


Thomas GUIEN

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