Alexeï Navalny a été condamné à 19 années de prison supplémentaires ce vendredi par un tribunal .
Jugé pour "extrémisme", il disait craindre "une peine stalinienne".
L'ONU a demandé sa "libération immédiate".

Alexeï Navalny condamné à 19 années de prison de plus. Jugé pour "extrémisme" au cours d'un procès à huis clos dans la colonie pénitentiaire de Melekhovo, où il est déjà incarcéré, le principal opposant à Vladimir Poutine s'est présenté à l'audience en tenue de détenu, souriant et l'air détendu. La veille, il avait dit craindre "une peine longue, stalinienne", alors que le parquet avait requis 20 ans de réclusion à son encontre.

"La formule pour la calculer est simple : ce que le procureur a demandé, moins 10-15%. Ils ont demandé 20 ans, ils donneront 18 ou quelque chose comme ça", avait-il déclaré dans un message diffusé par ses proches. Emprisonné depuis 2021, il avait déjà été condamné en juin 2022 à neuf ans de prison pour "fraude". Il était à présent accusé d'avoir créé une "organisation extrémiste", alors que son Fonds anti-corruption a déjà été fermé en 2021 pour "extrémisme". Les audiences se déroulent à huis clos dans une colonie pénitentiaire à Melekhovo, à 250 km à l'est de Moscou.

Des conditions de détention encore plus difficiles

Ces 19 années supplémentaires devront être purgées dans une nouvelle colonie pénitentiaire aux conditions particulièrement difficile, a écrit sur Twitter sa porte-parole Kira Iarmych. Ce "régime spécial" réservé habituellement aux criminels les plus dangereux et aux condamnés à perpétuité. Depuis son emprisonnement en 2021, Alexeï Navalny a déjà dénoncé un harcèlement carcéral, ayant été envoyé 17 fois en cellule disciplinaire. C'est dans une telle cellule qu'il attendait ce vendredi son verdict, puni pour s'être "mal présenté" à ses gardiens, selon son avocat Vadim Kobzev.

Après le verdict, l'ONU a demandé la "libération immédiate" d'Alexeï Navalny. Cette condamnation "suscite de nouvelles inquiétudes concernant le harcèlement judiciaire et l'instrumentalisation du système judiciaire à des fins politiques en Russie", a dénoncé le Haut-Commissaire aux droits de l'homme dans un communiqué. La France a à son tour condamné "un acharnement judiciaire" : "Nous appelons une nouvelle fois les autorités russes à libérer M. Navalny immédiatement et sans conditions, ainsi que tous les prisonniers politiques", a réagi le ministère des Affaires étrangères.

Charles Michel, le président du Conseil européen, a quant à lui qualifié cette condamnation d'"inacceptable" et "arbitraire". La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock a elle aussi dénoncé une "injustice flagrante". "Poutine ne craint rien de plus que ceux qui s'opposent à la guerre, à la corruption et défendent la démocratie, même depuis une cellule de prison. Il ne fera pas taire les voix critiques", a-t-elle écrit sur Twitter. 

Alexeï Navalny s'est notamment fait connaître par ses enquêtes sur la corruption au sein du système de Vladimir Poutine et en organisant des manifestations d'ampleur. En juillet, il a une nouvelle fois dénoncé l'offensive russe en Ukraine, qu'il a qualifiée de "guerre la plus stupide et la plus insensée du XXIe siècle" sur son compte Telegram. "Tôt ou tard, [la Russie] se relèvera. Et il dépend de nous de savoir sur quoi elle s'appuiera à l'avenir", a-t-il également déclaré. Le Kremlin affirme que les poursuites à son encontre ne sont pas politiques et le présente en simple criminel.

Alexeï Navalny dit également être visé par une affaire de "terrorisme" dans une procédure séparée, pour laquelle il risquerait la prison à vie. Depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, la quasi totalité des opposants russes d'envergure ont été jetés en prison ou poussés à l'exil, tandis que des milliers de citoyens russes ont été poursuivis pour avoir dénoncé le conflit.


JB AFP

Tout
TF1 Info