Le terrible séisme a fait des milliers de morts en Turquie et en Syrie.
Si l'aide internationale s'organise rapidement pour aider la Turquie, la situation est plus complexe pour la Syrie.
Dans les zones sous contrôle rebelle, difficiles d'accès, des dizaines de milliers de sinistrés désormais sans-abri risquent d'être laissés seuls face à l'hiver.

Si l'épicentre du séisme meurtrier du 6 février se situe en Turquie, près de la moitié de ses milliers de victimes ont été tuées en Syrie, toute proche. L'appel à l'aide lancé par les autorités de Damas a été surtout entendu par son allié russe, promettant des équipes de secours "dans les prochaines heures", alors que selon l'armée, plus de 300 militaires russes sont déjà sur les lieux pour aider les secours.  

Dans les zones tenues par les rebelles, frontalières de la Turquie au nord-ouest de la Syrie, au moins 700 morts ont été dénombrés. L'aide humanitaire dans ces zones, également touchées par le séisme, arrive généralement par la Turquie, grâce au mécanisme transfrontalier créé en 2014 par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Mais ce mécanisme est contesté par Damas et Moscou qui dénoncent une violation de la souveraineté syrienne. 

Sous la pression de la Russie et de la Chine, le nombre de points de passage a été réduit au fil du temps de quatre à un. Interrogé sur l'éventuelle ouverture de nouveaux points de passage pour faire face aux conséquences du séisme, l'ambassadeur syrien a semblé ce lundi en rejeter l'idée. S'il a promis que l'aide serait acheminée "à tous les Syriens", il a aussi évoqué les accès "depuis la Syrie", paraissant rejeter de fait l'ouverture de couloirs indépendants depuis la Turquie. 

"Nous espérons toujours être capables de livrer de l'aide à travers les lignes de front", a réagi Stéphane Dujarric, porte-parole de l'ONU. Mais "ce mécanisme est un peu plus difficile" que le dispositif transfrontalier, a-t-il ajouté, assurant que l'organisation fournirait autant d'aide que possible par "n'importe quel moyen" disponible. Mais l'ONU a souligné plusieurs fois ces dernières années que l'acheminement de l'aide à travers les lignes de front, nécessitant l'aval de Damas, n'était pas faisable à une échelle correspondant aux besoins des populations du nord-ouest de la Syrie.

LCI : Les secours bloqués dans la Syrie d'AssadSource : TF1 Info

La Syrie, après une décennie de guerre civile, est désormais morcelée entre des zones sous contrôle gouvernementales, que Damas nomme "la Syrie utile", et des zones rebelles dont certaines sont pro-turques, où vivent plus de quatre millions de personnes. Ces régions sont généralement hors d'atteinte par les ONG, qui avaient cependant récemment réussi à faire parvenir des vaccins anti-choléra dans la province d'Idleb, grâce au dernier point de passage de Bab al-Hawa.

Problème supplémentaire : le point de passage lui-même a été touché par le séisme, compromettant l'opération humanitaire transfrontalière. Le tremblement de terre a par ailleurs détruit des routes en Turquie et eu un impact sur le personnel local et international de l'ONU, leurs partenaires, et les chauffeurs routiers transportant habituellement l'aide, a expliqué le porte-parole de la coordination des Affaires humanitaires de l'ONU. "Ils cherchent leurs familles dans les décombres", a indiqué Jens Laerke, "nous sommes donc aussi touchés comme tout le monde".

Les premières heures sont cruciales pour sauver des victimes piégées sous les décombres (voir ci-dessus). Abandonnés à eux-mêmes, les habitants des zones rebelles fouillent parfois les ruines des immeubles à mains nues, pour essayer de retrouver des proches dont ils entendent les voix, tandis qu'un dur hiver menace les rescapés dorénavant privés d'abri. "Cette catastrophe [arrive] dans des conditions déjà catastrophiques, écrit sur Twitter les Casques Blancs. Le peuple syrien est à sa limite. Des centaines de morts/blessés, des centaines encore piégés sous les décombres, suffoquant et ayant besoin d'aide. Les équipes d'intervention sont dispersées. Nous avons besoin que la communauté internationale prenne des mesures urgentes". La situation est rendue pire encore par une température proche de zéro et la neige qui tombe dans certains secteurs.


F.Se

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