Séisme en Turquie et en Syrie : le plateau anatolien, l'une des zones les plus sismiques au monde

Publié le 6 février 2023 à 16h36, mis à jour le 7 février 2023 à 9h48

Source : JT 20h Semaine

Un séisme de magnitude 7,8 a frappé ce lundi le sud de la Turquie et la Syrie voisine.
L'épicentre se situe dans la province de Kahramanmaras, à 60 km environ de la frontière syrienne.
Une région à la géologie complexe du fait des mouvements de plusieurs plaques tectoniques.

Selon l'institut géologique danois, les secousses ont été ressenties jusqu'au Groenland. Un puissant séisme de magnitude 7,8 a frappé le sud de la Turquie et la Syrie ce lundi, suivi quelques heures plus tard par une très forte réplique de magnitude de 7,5, faisant près de 5000 morts.

Les indications géologiques montrent que l'épicentre du séisme initial se trouve entre la province de Kahramanmaras et Gaziantep, à 60 km environ à vol d'oiseau de la frontière syrienne, tandis que l'hypocentre, lui, est situé à une profondeur de 17,7 km, selon l'US Geological Survey (USGS). Le séisme s'est produit dans une région à la géologie complexe du fait des mouvements de plusieurs plaques tectoniques qui soumettent la surface à une forte pression. Plus en détail, la zone touchée se situe à la limite de trois plaques tectoniques, à savoir le long de la frontière entre la plaque tectonique arabe et la plaque anatolienne, dans une région où la plaque africaine entre également en collision.

"On pourra ne jamais prédire un séisme, mais on l'attend"

Géologiquement, la Turquie est l'une des zones sismiques les plus actives du monde. "Le plateau anatolien est l'une des zones les plus sismiques en Europe", confirme Romain Jolivet, professeur des universités au département de Géosciences de l'École normale supérieure (ENS), en référence à cette plaque ceinturée d'importants systèmes montagneux. Fin novembre, un tremblement de terre de magnitude 6,1 avait déjà frappé le nord-ouest de la Turquie, faisant une cinquantaine de blessés et des dégâts limités, selon les services de secours turcs. En janvier 2020, un séisme de magnitude 6,7 a frappé les provinces d’Elazig et de Malatya (Est), faisant plus de 40 morts. En octobre de la même année, un tremblement de terre de magnitude 7 en mer Égée avait fait 114 morts et plus de 1000 blessés en Turquie. 

"Parmi les zones très sismiques, il y a notamment la région d'Istanbul qui se situe tout près de la faille nord anatolienne, on attend de voir ce qu'il va se passer, on ne sait pas quand cela va se passer, mais c'est inéluctable, c'est une faille active qui a déjà produit plusieurs séismes très destructeurs à l'époque contemporaine", souligne-t-il, insistant sur le fait qu'"on pourra ne jamais prédire un séisme, mais on l'attend". Outre la Turquie, le spécialiste rappelle que "la Méditerranée est une région très sismique en général", puisqu'"il y a aussi des séismes destructeurs en Italie, dans les Balkans ou encore en Grèce".

"Une zone en permanence en tension"

Mais d'après les études géologiques dans cette région de la Méditerranée, les séismes actuels sont la conséquence de la dynamique générale, en place depuis les 30 derniers millions d’années. "C'est une zone en permanence en tension, sur l'échelle des temps géologiques, c'est quelque chose qui changera un jour, mais sur l'échelle de l'humanité ça restera comme ça, il faut rattraper le mouvement qui n'a pas eu lieu depuis les derniers tremblements de terre", résume-t-il. "Le dernier tremblement de terre de cette magnitude dans cette région, on pense que c'était en 1114, c'est les derniers rapports qu'on a, il y aurait entre 5 et 10 mètres qu'il faut rattraper depuis ce temps-là et ça colle à peu près avec la cinématique que l'on connait", poursuit Romain Jolivet.

Il y a une faille très importante, ça parait bête à dire, mais c'est aussi simple que ça et donc elle peut faire de très grands séismes
Romain Jolivet, professeur de Géosciences à l'École normale supérieure (ENS)

"Ce qui fait que le dernier séisme ce lundi en Turquie est très important, c'est qu'il y a une faille très importante, ça parait bête à dire, mais c'est aussi simple que ça et donc elle peut faire de très grands séismes", résume-t-il. Et de détailler : "on a la plaque Arabie qui remonte vers le nord et pousse l'Anatolie vers l'ouest. Ce mouvement s'organise par deux grandes failles, à savoir la faille est-anatolienne et la faille ouest-anatolienne. Ce lundi, la rupture a eu lieu sur la faille est-anatolienne, à l'endroit de la jonction avec la faille du levant, qui est aussi appelée la faille de la mer morte. Ce qui est compliqué à cet endroit-là, c'est que c'est la terminaison ouest de la faille est-anatolienne". Ce séisme a ainsi eu lieu dans une zone en extension active qui n’est pas une simple frontière de plaque, mais où la déformation de la croûte terrestre est intense. 

Pour imager ces termes et simplifier la compréhension de ce mécanisme, le présentateur de "C'est pas sorcier", Jamy Gourmaud, avait comparé il y a quelques années, dans l'une de ses démonstrations télévisées, la plaque anatolienne à "une savonnette coincée comme entre le pouce et l'index", soulignant qu'"elle s'échappe grâce aux failles qui se sont découpées entre les plaques".  

Dans un extrait qu'il a partagé ce lundi sur Twitter, on l'entend expliquer que "ce n'est pas aussi simple, elle n'est pas totalement détachée de la plaque eurasiatique, elle n'est pas totalement libre de ses mouvements, du coup naturellement la plaque anatolienne s'échappe en dessinant une légère courbe orientée sud-ouest et en chevauchant la plaque africaine". Et de conclure : "mais la plaque anatolienne se déplace aussi vers l'ouest et ce mouvement n'est pas négligeable, puisqu'il atteint en moyenne deux centimètres par an".


Audrey LE GUELLEC

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