L'opposant antisystème Bassirou Diomaye Faye est crédité de 54,28% des voix, selon des résultats officiels provisoires communiqués ce mercredi.Un scénario que personne n'aurait prédit il y a une dizaine de jours : il était encore en prison.
Il y a dix jours, Bassirou Diomaye Faye était derrière les barreaux. Il n'a pas eu à attendre les résultats officiels pour être présenté comme le vainqueur de ce scrutin inédit. Au regard des "tendances des résultats de l'élection présidentielle et en attendant la proclamation officielle", le candidat du pouvoir, Amadou Ba, a reconnu lundi la "victoire" de l'opposant antisystème Bassirou Diomaye. Ce mercredi, les résultats officiels provisoires lui accordent 54,28% des suffrages.
Une prouesse pour cet homme longtemps resté dans l'ombre d'Ousmane Sonko. Ce dernier était en effet le candidat incontestable du parti Pastef qu'il a contribué à créer en 2014 avec des jeunes se disant étrangers à la politique. Mais sa disqualification en janvier par le Conseil constitutionnel a mis en lumière son second, le beaucoup plus discret Bassirou Diomaye Faye, secrétaire général du Pastef.
"Diomaye, c'est Ousmane"
Né en 1980 à Ndiaganiao (Ouest), Diomaye Faye est issu d’une famille modeste. Après son baccalauréat, il s'inscrit en 2000 à la faculté de droit de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) où il obtient une maîtrise de Droit. En 2004, trois mois après son diplôme, il est admis à l’École nationale d’administration (ENA). Il en sort en 2007 puis rejoint la Direction générale des impôts et domaines, où il rencontre Ousmane Sonko.
Les deux hommes deviennent inséparables au sein du Pastef. "Diomaye mooy Ousmane" ("Diomaye c'est Ousmane"), ont souvent en langue ouolof ses partisans, qui ont misé sur "son charme et sa perspicacité" pour suppléer au charisme et à l'éloquence de Sonko. Ce dernier avait en effet été condamné en 2023 à de la prison avec sursis pour diffamation contre un ministre, et à deux ans de prison ferme pour détournement de mineure. Interpellé fin juillet 2023, puis inculpé pour appel à l'insurrection, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et atteinte à la sûreté de l'Etat, il sera libéré le 15 mars aux côtés de Diomaye Faye, arrêté en avril 2023.
L'agent des impôts était, lui, en prison après avoir été inculpé d'outrage à magistrat, diffamation et actes de nature à compromettre la paix publique. En cause ? La diffusion d'un message critique contre la justice dans les affaires Sonko. Pressentant la disqualification de ce dernier à la présidentielle, le Pastef avait décidé de faire de Faye, malgré sa détention, son champion en janvier dernier.
Vendredi, celui qui était encore en campagne sillonnait le pays, promettant une "refondation" du Sénégal, projet en vogue dans des pays voisins, et se présentait comme le "candidat du changement de système" et d'un "panafricanisme de gauche". Il souhaite une réappropriation de la souveraineté nationale : son programme prévoit en effet de renégocier les contrats des mines et des hydrocarbures et les accords de défense. Lui et Sonko se sont d'ailleurs employés à rassurer les investisseurs étrangers. "Diomaye a les épaules assez larges pour piloter le projet", a assuré El Malick Ndiaye, un porte-parole du candidat, en réponse aux critiques récurrentes sur son manque d'expérience.
