L'hebdomadaire satirique a publié des dizaines de caricatures mettant en scène l'ayatollah Ali Khamenei.
L'Iran a averti mercredi Paris qu'il réagirait, fustigeant des caricatures "insultantes".

Un numéro spécial qui suscite déjà la polémique. Pour commémorer l'anniversaire de l'attentat meurtrier du 7 janvier 2015, Charlie Hebdo publie ce mercredi une édition largement consacrée à la crise iranienne et sa répression. Fidèle à son style, ce sont des caricatures que Charlie utilise à nouveau pour dénoncer la répression menée par le régime religieux chiite de Téhéran.  

En Une sur son site, des dizaines de dessins mettant en scène l'ayatollah Ali Khamenei, la plus haute personnalité religieuse et politique de la république islamique. Les "meilleures", en tout cas celles retenues à l'issue d'un concours lancé en décembre, alors que des manifestations se multipliaient en Iran après la mort en détention le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne arrêtée pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire strict du pays pour les femmes. Charlie assure que "plus de 300 dessins" ont été reçus, ainsi que des milliers de menaces. 

De nombreux dessins mettent en scène des femmes, certaines utilisant leurs cheveux pour former une corde au bout de laquelle l'ayatollah est pendu. D'autres font tournoyer leurs foulards, créant du vent qui soulève le costume du Guide suprême. "Sous le turban, la plage !!", écrit un autre dessinateur, qui imagine des femmes sur le crane du dirigeant. Sur un autre, ce dernier est lapidé.

Un acte "insultant et indécent"

Pour Téhéran, cette édition spéciale est perçue comme un nouvel affront. "L'acte insultant et indécent d'une publication française en publiant des caricatures contre l'autorité religieuse et politique ne restera pas sans réponse efficace et ferme", a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian sur Twitter. "Nous ne permettrons pas au gouvernement français de dépasser les bornes. Il a définitivement opté pour la mauvaise voie", a-t-il ajouté.

De son côté, Charlie Hebdo assume cette nouvelle provocation. "Les caricatures du Guide suprême que nous avons reçues sont un peu le prolongement de ce que les dessinateurs assassinés de Charlie ont toujours dénoncé", a estimé Riss, le rédacteur en chef, dans son éditorial. Selon ce dernier, les dessins "ont le mérite d’avoir bravé l’autorité que prétend être le guide supposé suprême, ainsi que la cohorte de ses serviteurs et autres spadassins. Il n’y a bien évidemment pas de prix à gagner, car attribuer une première place, une deuxième et une troisième, reviendrait à dévaloriser les autres dessins. Et puis quelle récompense serait à la hauteur du courage de dire non à des tyrans religieux ?"

Charlie Hebdo avait annoncé en décembre que ce "concours international pour produire des caricatures" de Khamenei visait à soutenir les "Iraniens qui se battent pour leur liberté". Les autorités affirment que des centaines de personnes, dont des membres des forces de sécurité, ont été tuées et des milliers d'autres ont été arrêtées dans ce qu'elles décrivent généralement comme des "émeutes". Elles accusent des puissances étrangères et des groupes d'opposition d'attiser les troubles.


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