Sous-marin disparu : le Titan, ce mini-submersible dont la sécurité pose de plus en plus de questions

Publié le 22 juin 2023 à 11h52, mis à jour le 22 juin 2023 à 11h58

Source : JT 20h Semaine

Depuis le début des recherches, des détails mettant en cause OceanGate, la société qui exploite le submersible, émergent.
L'entreprise est pointée du doigt pour de potentielles négligences dans la sûreté de son appareil de tourisme sous-marin.
Selon la fiche technique de l'engin, il dispose d'une réserve d'oxygène de 96 heures... qui sera épuisé à 13h10 ce jeudi.

L’entreprise OceanGate, qui exploite le sous-marin Titan, a-t-elle fait preuve d’imprudence ? Alors que la vaste opération de sauvetage pour tenter de localiser l’engin entre dans la phase critique, la réserve d'oxygène d’urgence étant presque épuisée à bord, des médias américains rapportent que des avertissements importants avaient été formulés au sujet de la sécurité du navire. Et ce, dès le moment de sa conception. Des documents judiciaires datant de 2018 indiquent qu'un ex-dirigeant de la compagnie, David Lochridge, avait été licencié après avoir émis de sérieux doutes sur la sûreté du submersible. 

Selon cet ancien directeur des opérations marines, le hublot situé à l'avant de l'appareil a été conçu pour résister à la pression subie à 1.300 m de profondeur... quand l'épave du Titanic, elle, oblige à descendre à 4.000 m. L'entreprise "a refusé de payer le fabricant pour qu'il construise un hublot conforme à la profondeur requise", selon lui. L'ancien responsable affirme avoir "fortement encouragé" la société à faire inspecter et certifier le Titan par une entreprise spécialisée. Mais au lieu de "répondre à ses inquiétudes", OceanGate a "immédiatement licencié" David Lochridge, selon sa plainte.

Les membres du groupe Marine Technology Society, qui rassemble des spécialistes des technologies marines, avaient eux aussi fait part de leur "inquiétude unanime" à propos du Titan, dans une lettre envoyée au fondateur d'Oceangate, Stockton Rushn en mars 2018, selon le New York Times. Ils disaient craindre que "l'approche expérimentale" d'OceanGate n'ait "des conséquences négatives (allant de mineures à catastrophiques) qui auraient de graves répercussions sur tous les acteurs du secteur". Des avertissements dont la compagnie OceanGate n'a pas tenu compte.

La Nasa dément avoir participé à la conception du Titan

La Nasa, citée dans la fiche de présentation du submersible pour avoir contribué à la conception de Titan, a également réagi en déclarant qu'elle avait été consultée par OceanGate mais qu'elle n'avait "pas procédé aux essais et à la fabrication par l'intermédiaire de son personnel ou de ses installations, ce qui a été fait ailleurs par OceanGate". Un détail a aussi attiré l’attention des spécialistes, à savoir l'utilisation d'une manette de jeu vidéo disponible dans le commerce pour diriger le Titan. La compagnie s'était défendu en arguant que de nombreuses pièces du navire sont prêtes à l'emploi, car elles se sont justement avérées fiables.

L'université de Washington est elle aussi montée au créneau pour expliquer que son laboratoire de physique appliquée n'avait pas travaillé sur la conception, l'ingénierie ou même des essais de Titan. "L'université a déclaré que sa collaboration avec OceanGate "a abouti à un navire à coque en acier, appelé Cyclops 1, qui peut aller jusqu'à 500 mètres de profondeur", note CNN.  

Au moins quarante-six personnes ont voyagé à bord du Titan jusqu'au site de l'épave du Titanic en 2021 et 2022, selon des documents que la société a déposées auprès d'un tribunal de district américain à Norfolk, en Virginie, qui supervise les affaires concernant l'épave du Titanic. Sur son site internet, OceanGate indique que, par sécurité, le submersible dispose de sept systèmes de secours lui permettant de remonter à la surface, dont des sacs de sable et des tuyaux en plomb qui tombent et un ballon gonflable.


Matthieu DELACHARLERY avec AFP

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