Tunisie : des centaines de rapatriements après les propos virulents du président Saied sur les migrants

par V.M avec AFP
Publié le 4 mars 2023 à 15h57
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Près de 300 personnes d'origine malienne et ivoirienne ont quitté la Tunisie samedi pour fuir des manifestations hostiles et des agressions.
Le président Kais Saied est mis en cause en raison de ses propos virulents sur les "hordes" d'immigrés clandestins dans le pays.

"Il y a des agressions presque tous les jours, des menaces, ou bien ils sont mis dehors par leurs bailleurs, ou agressés physiquement." À l'instar de Michaël Elie Bio Vamet, président de l'Association des étudiants ivoiriens, plusieurs centaines de ressortissants d'origine ivoirienne et malienne ont quitté la Tunisie en raison de violences et de manifestations hostiles dans le pays. 

Près de 300 Maliens et Ivoiriens ont embarqué samedi à bord de deux avions rapatriant des ressortissants d'Afrique subsaharienne cherchant à fuir ces menaces. "On a fait embarquer 133 personnes" parmi lesquelles "25 femmes et 9 enfants ainsi que 25 étudiants" dans l'avion, a déclaré à l'AFP un diplomate malien, tandis que l'ambassadeur ivoirien Ibrahim Sy Savané signalait 145 ressortissants de son pays à bord d'un autre appareil, deux heures plus tard.

Les propos "racistes" du président Saied en cause

À l'origine des violences signalées dans le pays, des propos du président Kais Saied qualifiés de "racistes et haineux" par les ONG. Ce dernier avait affirmé, le 21 février, que la présence en Tunisie de "hordes" d'immigrés clandestins provenant d'Afrique subsaharienne était source de "violence et de crimes" et relevait d'une "entreprise criminelle" visant à "changer la composition démographique" du pays.

Ces propos ont suscité un tollé dans le pays, où les ressortissants d'Afrique subsaharienne font état, depuis lors, d'une recrudescence des agressions les visant, au point de les faire se précipiter dans les ambassades pour être rapatriées. "Les Tunisiens ne nous aiment pas, donc on est obligés de partir, mais les Tunisiens qui sont chez nous doivent partir aussi", a dit à l'AFP Bagresou Sego, avant de grimper dans un bus affrété par l'ambassade pour l'aéroport. "La situation est critique ici, je rentre parce que je ne suis pas en sécurité", a également témoigné Abdrahmen Dombia, qui a interrompu ses études de mastère en pleine année universitaire. 

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"Milices"

Selon le gouvernement ivoirien, 1.300 ressortissants ont été recensés en Tunisie pour un retour volontaire. Un chiffre significatif pour cette communauté qui, avec environ 7.000 personnes, est la plus importante d'Afrique subsaharienne en Tunisie, à la faveur d'une exemption de visa à l'arrivée. L'Association des étudiants étrangers (AESAT) avait donné comme consigne aux étudiants concernés, au lendemain du discours du président tunisien, "de rester chez eux" et de ne plus aller en cours. Une directive prolongée au moins jusqu'au 6 mars.

En outre, une part des 21.000 ressortissants d'Afrique subsaharienne recensés officiellement en Tunisie, pour la plupart en situation irrégulière, ont perdu du jour au lendemain leur travail et leur logement. Des dizaines ont été arrêtées lors de contrôles policiers, certains sont encore en détention. D'autres ont témoigné auprès d'ONG de l'existence de "milices" qui les pourchassent et les détroussent.


V.M avec AFP

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