Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Ukraine : ces pays proches du pouvoir russe qui, désormais, prennent leurs distances avec le Kremlin

Maëlane Loaëc (avec AFP)
Publié le 28 septembre 2022 à 14h55
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Source : JT 20h WE

Depuis le début du conflit, des pays proches du pouvoir russe ne s'étaient pas opposés frontalement à son offensive, se rangeant officiellement à la neutralité.
Mais depuis quelques jours, certaines puissances, comme la Chine et l'Inde, exhortent Moscou à mettre fin au conflit.
L'influence russe parmi ses voisins directs semble aussi se fragiliser.

C'est un nouveau pas franchi dans l'offensive russe : les autorités prorusses des régions ukrainiennes de Zaporijia, Kherson, Lougansk et Donetsk ont revendiqué mardi la victoire du "oui" en faveur d'une annexion par la Russie, lors des "référendums" d'annexion organisés par Moscou et dénoncés par Kiev et ses soutiens occidentaux. Une annonce mal accueillie par la Chine, à rebours avec ses habituelles positions de soutien au Kremlin. 

Pékin a appelé au respect de "l'intégrité territoriale de tous les pays" par la voix de son ambassadeur à l'ONU, Zhang Jun. "Notre position" est "claire et constante ; c'est-à-dire que la souveraineté et l'intégrité territoriale de tous les pays doivent être respectées", a-t-il assuré. Ce n'est pas le seul pays officiellement neutre, refusant de prendre position contre la guerre, à prendre ses distances ces derniers jours avec la politique de Vladimir Poutine, qui a choisi l'escalade dans le conflit malgré une armée fragilisée sur le terrain. 

La Chine et l'Inde appellent au retour de la paix

C'est cette même "intégrité territoriale de tous les pays" que le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi avait assuré que la Chine appellerait à respecter, lorsqu'il avait rencontré à New York son homologue ukrainien quelques jours plus tôt. "La priorité est de faciliter des négociations de paix", avait affirmé le ministre chinois à l'occasion de l'Assemblée générale de l'ONU, plaidant pour une "résolution pacifique de la crise". Jusqu'alors, la Chine était pourtant parfois accusée par les Occidentaux d'avoir adopté une position trop conciliante vis-à-vis de Moscou, avec qui elle s'est nettement rapprochée ces dernières décennies pour faire front commun face à l'influence des États-Unis.

De son côté, le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a plaidé à la même tribune pour "le dialogue et la diplomatie". "Alors que le conflit en Ukraine fait rage, on nous demande souvent de quel côté nous sommes. Et notre réponse, à chaque fois, est directe et honnête. L'Inde est du côté de la paix et y restera fermement", a-t-il déclaré. Depuis le début du conflit, New Delhi refuse de prendre frontalement position contre l'offensive russe, la Russie étant pour elle un fournisseur majeur dans le domaine de la défense, relève RFI. Contrairement à la Chine, elle entretient de bonnes relations avec les États-Unis, et craint par ailleurs que Moscou ne se rapproche encore davantage de Pékin.

Vladimir Poutine s'était déjà retrouvé sous la pression de ses partenaires, notamment chinois et indien, lors du récent sommet de l'Organisation de la coopération de Shanghai (OCS), une organisation bâtie comme un contrepoids à l'influence occidentale. Pékin et New Delhi avaient fait part de leurs inquiétudes ou de leurs doutes sur la guerre en Ukraine. "Je sais que l'heure n'est pas à la guerre", y avait déclaré le Premier ministre indien Narendra Modi. 

Le pouvoir régional de la Russie affaibli

Par ailleurs, Moscou paraît affaiblie dans le Caucase et en Asie centrale, à cause des difficultés militaires qu'elle rencontre en Ukraine. "Le pouvoir russe s'affaiblit dans les régions frontalières", a indiqué à l'AFP Ben Dubow, chercheur associé au centre de réflexion américain CEPA. Plusieurs pays d'Asie centrale ont notamment autorisé des manifestations de soutien à Kiev.

Si la Russie venait à perdre son autorité tutélaire dans la région, cela pourra laisser plus de place à l'influence de la Turquie, rival historique de Moscou sur ces territoires. Très dépendante des gaz et pétrole russes, Ankara a refusé de se joindre aux sanctions occidentales décrétées contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine, voulant plutôt s'imposer comme une terre de négociations entre Kiev et Moscou. Le pays a vu arriver des milliers de Russes depuis le début de la guerre, et en particulier depuis l'annonce d'une mobilisation forcée par Vladimir Poutine la semaine passée. 

Mais ce mercredi, un haut responsable turc a annoncé à l'AFP que les trois banques publiques turques qui autorisaient le système russe de paiement Mir, vont y renoncer après des mises en garde américaines. Au niveau régional, la Turquie avance désormais ses pions face au pouvoir russe, notamment en créant une Organisation des États turciques (OET), comprenant tous les pays turcophones d'Asie centrale.

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Seuls quelques rares pays continuent toutefois d'afficher clairement leur soutien au Kremlin, dont la Syrie, à qui Moscou a apporté un soutien militaire considérable depuis 2015. À l'Assemblée générale de l'ONU, le ministre syrien des Affaires étrangères a défendu lundi "les droits de la Russie à se défendre et à sécuriser son propre territoire". Par ailleurs, le colonel Abdoulaye Maïga, Premier ministre par intérim du Mali nommé par la junte, a salué samedi toujours à la tribune de l'ONU "les relations de coopération exemplaire et fructueuse entre le Mali et la Russie"


Maëlane Loaëc (avec AFP)

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