Ukraine : exécutions sommaires, tortures, enfermement... Human Rights Watch accuse la Russie de nouveaux crimes de guerre

par Maëlane LOAËC
Publié le 18 mai 2022 à 16h01

Source : LCI MIDI

L'association de défense des droits humains a relevé de nouveaux cas d'exactions dans la banlieue de Kiev, qu'elle considère comme de potentiels crimes de guerre.
Des civils semblent avoir été visés par les troupes russes, qui auraient aussi confiné dans des conditions insalubres et indignes des dizaines de personnes.

La liste noire s'allonge : après avoir documenté des massacres découverts début avril dans la banlieue de Kiev et accusé Moscou de crimes de guerre, l'ONG Human Rights Watch (HRW) relève dans un nouveau rapport dévoilé mercredi d'autres cas d'exécution, de torture et d'intimidation dans la région. Mais aussi de traitements inhumains, comme des confinements forcés. 

L'association a interviewé pour ce rapport plus de 65 personnes dans 17 communes de la région de Chernihiv, dont la capitale, pour des exactions survenues entre le 24 février, date du début du conflit, et le 31 mars. Au total, elle y a documenté 22 meurtres, semble-t-il des exécutions sommaires, mais aussi neuf autres homicides illégaux. "Il était allongé en position fœtale, les mains repliées sous la tête. Il avait reçu une balle dans l'oreille et son visage était couvert de sang", raconte la mère d'un homme de 45 ans, tué à Andriivka, à l'ouest de Kiev, après que les soldats ont découvert chez lui une veste militaire. 

HRW a documenté également six disparitions forcées potentielles et sept cas de torture. Autant de dossiers qu'elle considère comme de potentiels crimes de guerre, le jour même où un soldat russe est jugé pour la première fois pour ce chef d'accusation à Kiev. 

350 personnes enfermées dans le sous-sol d'une école

Ce nouveau rapport révèle aussi que l'on compte des jeunes parmi les victimes de ces massacres, dont un adolescent de 14 ans, qui jouait au foot près de sa maison, deux jumeaux âgés de 17 ans et un de leur ami, âgé de 18 ans, qui se rendaient chez un autre ami, tous abattus. Les témoins assurent que les habitants tués n'avaient pas pris part, pour la grande majorité d'entre eux, aux hostilités. Selon l'association, des soldats russes ont également battu des détenus ukrainiens, les ont électrocutés ou les soumettaient à des simulacres d'exécution pour leur soutirer des informations.  

Les troupes de Moscou sont aussi accusées d'avoir détenu des dizaines de civils pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines dans des lieux insalubres et très petits. À Yahidne, au Nord-Est de la capitale, 350 villageois, dont 65 enfants et cinq nourrissons, ont été enfermés dans le sous-sol de l'école de la commune durant 28 jours, "dans des conditions d'exiguïté et d'étouffement". Quasi impossible pour ces habitants de sortir de l'établissement, même brièvement. 

Les pièces ne disposaient par ailleurs d'aucune ventilation : "C'était humide et tout le monde toussait, il n'y avait pas assez d'air. (...) Presque tous les enfants avaient de fortes fièvres, des spasmes à cause de la toux et vomissaient", a raconté l'un des survivants. Les détenus avaient aussi dû se résigner à utiliser des seaux pour leurs besoins. Sur les murs délabrés, ils écrivaient le nombre de jours qui s'étaient écoulés et tenaient une liste de ceux qui avaient été tués ou qui avaient disparu. Nombre d'entre eux sont tombés malades et dix sont décédés. 

Des inscriptions que l'on peut apercevoir dans l'encablure des portes sur les photos détaillent le nombre de personnes alors présentes à l'intérieur : dans le cercle, le nombre d'adultes, tandis que le chiffre au-dessus précise combien d'enfants étaient aussi enfermés dans la pièce.

Le rapport cite aussi le cas de Dymer, au nord de Kiev, où plusieurs dizaines de personnes ont été forcées de rester plusieurs semaines retranchées dans une pièce de 40 mètres carrés, dans l'usine de fabrication de fenêtres de la commune, avec peu de nourriture et peu d'eau, et là encore des seaux pour tout sanitaire. "Les hommes avaient les yeux bandés et les mains menottées avec des attaches zip", relève l'association.

"Les nombreuses atrocités commises par les forces russes qui occupent certaines parties du nord-est de l'Ukraine au début de la guerre sont odieuses, illégales et cruelles", a déclaré dans le rapport Giorgi Gogia, directeur associé Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. "Ces abus contre les civils sont des crimes de guerre évidents qui devraient faire l'objet d'une enquête rapide et impartiale et de poursuites appropriées", a-t-il ajouté, estimant que "la justice ne viendra peut-être pas rapidement, mais tout doit être fait pour que ceux qui ont souffert voient un jour la justice".


Maëlane LOAËC

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