En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : comment la collecte des renseignements concernant des crimes de guerre s'organise ?

Thomas Guien
Publié le 4 avril 2022 à 11h15, mis à jour le 4 avril 2022 à 11h20
JT Perso

Source : JT 20h WE

Une enquête sur la situation en Ukraine, évoquant de possibles "crimes de guerre", est en cours depuis le début du mois de mars.
Outre l'envoi d'enquêteurs, la Cour s'appuie sur le travail effectué par les ONG et les civils.

"Si les attaques sont intentionnellement dirigées contre la population civile : c'est un crime. Si les attaques sont intentionnellement dirigées contre des biens civils : c'est un crime". Karim Khan, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a prévenu la semaine dernière les belligérants sur des allégations de crimes de guerre en Ukraine. Des crimes sur lesquels enquêtent désormais ses équipes. En ligne comme sur le terrain.

Depuis le 2 mars, une enquête a en effet été ouverte après le feu vert de 39 États membres de la CPI. Pour ces derniers, les drames qui se succèdent imposaient une prise en charge juridique du drame ukrainien. Par exemple, la frappe d'une maternité et un hôpital pédiatrique de la ville encerclée de Marioupol. Bilan : trois morts dont une fillette. Ou encore le bombardement d'un théâtre abritant des centaines de personnes, le 16 mars, toujours à Marioupol.

Une équipe de la CPI envoyée en Ukraine

Pour collecter des informations, une première équipe logistique a quitté La Haye, où siège la CPI, dès le 3 mars. Photos d'immeubles détruits, listes détaillées des victimes, rapports sur les armes utilisées, cartographie des endroits bombardés…. Au fil des semaines, ce travail de fourmi viendra alimenter des classeurs, avant d'atterrir dans les mains du procureur.

Lire aussi

Sur place, d'autres "enquêteurs" sont déjà à pied d'œuvre : les membres des associations. L'ONG Human Rights Watch ou encore le site d'investigation Bellingcat ont ainsi réuni les preuves de l'utilisation d'armes à sous-munitions dans des zones civiles. Selon Human Rights Watch, une attaque est par exemple survenue aux abords d'un hôpital à Vougledar, dans l'Est du pays, le 24 février. Cette frappe a tué quatre civils et en a blessé dix, et a endommagé l'hôpital et une ambulance. De son côté, Amnesty international dispose de son propre laboratoire de preuves. Ce dernier a permis de mettre en lumière un crime de guerre : une frappe aérienne russe a tué 47 civils dans la banlieue à Tchernihiv, au nord du pays.

Un portail sur Internet dédié à l'enquête

En France, le site d’investigation Open Facto est lui aussi sur le qui-vive, récupérant les nombreuses images et vidéos qui circulent depuis le début du conflit. "L'archivage est excessivement important. Il va falloir recouper, vérifier, géolocaliser une image, la dater, la remettre en perspective, et éventuellement transmettre ces éléments à une juridiction pour ce qu'on appelle en anglais l'accountability, ce besoin de rendre compte pour définir des responsabilités à la suite d'un conflit", a expliqué son cofondateur à franceinfo.

Outre les ONG, Karim Khan souhaite s'appuyer sur les citoyens ukrainiens pour grossir son dossier de preuves à charge contre le régime de Moscou. "Toutes les informations pertinentes" sur la situation peuvent être communiquées aux enquêteurs via un portail dédié à l'enquête, a annoncé il y a quelques jours le procureur. Nul doute que cet appel sera suivi : une centaine d’organisations de la société civile ukrainienne ont réclamé sur Internet des équipements "pour traquer les crimes de guerre". Dans leur appel, ils réclament à la communauté internationale "des technologies et un soutien aux groupes enregistrant les crimes de guerre" de Vladimir Poutine.


Thomas Guien

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info