En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Ukraine : le "procès de Nuremberg", cette référence historique de Zelensky pour juger les dirigeants russes

Maxence GEVIN
Publié le 5 avril 2022 à 23h26
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Source : TF1 Info

Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Volodymyr Zelensky, a condamné mardi les "crimes de guerre" de l'armée russe en Ukraine.
Le président ukrainien espère que les coupables "seront traduits en justice devant un tribunal comme celui de Nuremberg".
De quoi s'agit-il ?

"Sur le territoire ukrainien, nous voyons les crimes de guerre les plus atroces depuis la Seconde Guerre mondiale", a affirmé mardi Volodymyr Zelensky devant le conseil de sécurité des Nations Unies. Le président ukrainien est notamment revenu sur le massacre de Boutcha. "Ils ont tué tout un chacun, des adultes et des enfants. Les civils ont été tués à bout portant, torturés, violés, leurs bras ont été découpés", décrit-il, accompagnant ses propos d'une vidéo à glacer le sang. 

Au-delà de son nouvel appel à la paix, et à la cessation des combats dans son pays, l'ancien comédien et acteur réclame que les auteurs de ces "crimes de guerre" soient "traduits en justice". Pour cela, il propose la mise en place d'un tribunal "comme celui de Nuremberg". À quoi fait-il référence ? 

Une juridiction internationale d'exception

Organisé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le procès de Nuremberg se tient du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. L'audience est menée par une juridiction internationale d'exception, constituée de procureurs et juges spéciaux issus des quatre puissances alliées - États-Unis, Grande-Bretagne, URSS, France - qui ont remporté le conflit. Ils rassemblent plus de 300.000 témoignages et 6600 pièces à conviction, qu'ils étayent de 42 volumes d'archives, pour juger les grandes figures du nazisme. 

Sur le banc des accusés figurent 24 dirigeants allemands, les grands criminels nazis encore en vie et capturés, qui plaident tous "non coupables". Ils sont jugés sous l'inculpation de crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l'humanité. Cette dernière notion, élaborées sur mesure à cette occasion, est définie par l'article 6 de l'Accord de Londres comme "l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux"

Condamnation des grands dignitaires nazis

Hermann Göring - commandant de l'armée de l'air nazie -, Joachim von Ribbentrop - ministre des Affaires étrangères du 3e Reich -, Wilhelm Keitel - commandant en chef de la Wehrmacht -, ou encore Alfred Rosenberg - l'un des théoriciens du nazisme -, y sont condamnés à mort et exécutés dans la foulée (Göring s'est préalablement suicidé). D'autres anciens dirigeants ou haut-gradés, comme Albert Speer, Karl Dönitz ou Rudolph Hess, sont eux condamnés à des peines de prison.

Inédit dans sa forme, le procès de Nuremberg se tient dans une ville en ruines, mais dont le palais de justice relié à une prison est encore debout. Elle est surtout l'un des symboles du nazisme, théâtre d'immenses rassemblements hitlériens. C'est aussi sous le nom de cette ancienne cité impériale qu'ont été promulguées les premières lois antisémites dans les années 1930. Logiquement, ces audiences - largement relayées par la presse internationale - ont un grand retentissement dans le monde entier et donnent le sentiment d'un point final au nazisme. Elles ouvrent aussi la voie à une justice internationale. Néanmoins, elles n'échappent pas à la critique d'une justice faite par les vainqueurs et n'est pas exempt de zones d'ombres (le massacre de Katyn que l'accusation soviétique essaye en vain d'imputer aux nazis, le pacte germano-soviétique...). 

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À noter qu'une seconde vague de procès de Nuremberg a lieu en 1948, à l'initiative des seuls Américains cette fois. Lors d'un d'entre eux, les responsables des Einsatzgruppen de la SS, qui pratiquèrent le génocide par balles en Europe orientale, sont jugés. 14 des 24 inculpés sont condamnés à mort mais seulement quatre d'entre eux seront réellement exécutés (Ohlendorf, Naumann, Blobel, Braune). 

Les procès de Nuremberg ne peuvent pas non plus être détachés de leur pendant pour la guerre du Pacifique : les procès de Tokyo (3 mai 1946 au 12 novembre 1948). Durant ces derniers, ce sont les dirigeants politiques et militaires du Japon qui prennent place sur le banc des accusés, eux aussi pour les chefs de crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l'humanité. 


Maxence GEVIN

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