Invasion russe en Ukraine : Poutine s'obstine

Ukraine : le dispositif russe pour une invasion à grande échelle prêt à 70%

Vincent Kranen
Publié le 6 février 2022 à 11h34

Source : JT 20h WE

Poutine a déjà massé 110.000 soldats aux frontières de l'Ukraine, aussi bien en Crimée, dans l'ouest de la Russie qu'en Biélorussie.
Une invasion à grande échelle de l'Ukraine et de ces 41 millions d'habitants nécessiterait 150.000 soldats, un nombre qui devrait être atteint d'ici la mi-février selon les États-Unis.

L'est du continent européen plongé dans la guerre à la mi-février ? Le renseignement américain estime que la Russie accentue ses préparatifs pour une invasion à grande échelle de l'Ukraine et qu'elle dispose déjà de 70% du dispositif nécessaire à une telle opération, selon des responsables américains. Une telle action militaire d'ampleur serait possible d'ici deux semaines.

La capitale ukrainienne pourrait tomber en 48 heures

Les services de renseignement américains assurent qu'au rythme où le dispositif militaire russe continue de se renforcer autour de l'Ukraine, Vladimir Poutine devrait disposer de forces suffisantes pour une invasion à grande échelle, soit 150.000 hommes à la mi-février, ont-ils alerté en direction des élus américains et des pays européens.

Si le président russe choisissait l'option la plus radicale, il pourrait encercler Kiev, la capitale ukrainienne, et renverser le président Volodymyr Zelensky en 48 heures, selon ces responsables. Ces derniers préviennent que le conflit aurait un coût humain considérable, avec le risque de provoquer la mort de 25 à 50.000 civils, 5000 à 25.000 soldats ukrainiens et 3000 à 10.000 soldats russes. Il pourrait aussi causer un afflux de 1 à 5 millions de réfugiés, principalement vers la Pologne.

Une présence militaire russe qui ne cesse de croître

La Russie dément toute velléité d'invasion, affirmant vouloir seulement garantir sa sécurité. Moscou a cependant annoncé des "manœuvres militaires" conjointes avec la Biélorussie où elle a massé plusieurs bataillons au nord de Kiev et dans la région de Brest (ville biélorusse du sud-ouest de 360.000 habitants), non loin de la frontière polonaise. Selon l'agence de presse russe Tass, ces exercices militaires conjoints en Biélorussie auront lieu du 10 au 20 février.

Selon les conclusions présentées par les agences de renseignement américaines, la Russie continue pourtant d'amasser un dispositif militaire toujours plus important autour de l'Ukraine. Il y a deux semaines, 60 bataillons de l'armée de terre étaient positionnés au nord, à l'est et au sud de l'Ukraine. 

Depuis ce vendredi, ces bataillons militaires russes seraient au nombre de 80 et 14 autres seraient en transit en provenance du reste de la Russie, notamment de Vladivostok dans l'Extrême-Orient russe. Ce qui représenterait 94 bataillons aux frontières ukrainiennes. Quelque 1500 soldats des forces spéciales russes, les Spetsnaz, sont également arrivés il y a une semaine dans la zone frontalière de l'Ukraine, selon ces responsables. 

Enfin, la force navale russe de la mer Noire continue de se renforcer avec cinq véhicules amphibie qui pourraient être utilisés pour un débarquement sur la côte sud de l'Ukraine. Six autre véhicules de débarquement ont été observés quittant la mer de Barents (nord de la Russie), contournant la Grande-Bretagne avant de passer le détroit de Gibraltar. Ils pourraient ensuite se diriger vers la mer Noire d'ici quelques jours. L'armée russe a aussi positionné autour de l'Ukraine des avions de combat, des bombardiers, des missiles et des batteries anti-aériennes S-400.

Le renseignement américain ne sait pas si Poutine ira au bout

Le déploiement de ces forces militaires, inédit depuis des décennies en Europe, pourrait ne jamais entrer en action. Le renseignement américain ne sait pas si le président russe Vladimir Poutine avait pris la décision de passer à l'offensive ou non. Reste le constat qu'il veut se donner toutes les options possibles, de l'invasion partielle de l'enclave séparatiste du Donbass à l'invasion totale de l'Ukraine.

De son côté la Russie a exhorté, jeudi 3 février, les États-Unis à "cesser de nourrir les tensions". Une demande formulée au lendemain de la décision américaine d’envoyer 3000 soldats supplémentaires dans les pays d'Europe de l'Est, membres de l'OTAN – ce qui n'est pas le cas de l'Ukraine.

Les tractations diplomatiques continuent

Le président de la République Emmanuel Macron se rendra lui à Moscou, lundi 7 février, et à Kiev, mardi 8 février, afin de tenter d’amorcer une désescalade entre les deux pays. Il s'est entretenu samedi de la crise ukrainienne avec le Premier ministre britannique Boris Johnson et le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, avant ses déplacements à Moscou et Kiev, a annoncé l'Élysée.

"L’intensité du dialogue que nous avons eu avec la Russie et cette visite à Moscou sont de nature à empêcher" un conflit armé, a assuré Emmanuel Macron. "Ensuite, nous discuterons des termes de la désescalade. Il faut être très réaliste. Nous n’obtiendrons pas de gestes unilatéraux, mais il est indispensable d’éviter une dégradation de la situation avant de bâtir des mécanismes et des gestes de confiance réciproques", selon lui.

Les prochaines semaines seront capitales à savoir si cette guerre des nerfs et de l'information, ce rapport de force géopolitique et militaire va déboucher ou non sur le premier conflit militaire majeur aux portes de l'Union européenne.


Vincent Kranen