Ukraine : une guerre sans fin

"Pour ne rien te cacher, je voulais aller jouer au hockey" : quand Poutine échange avec Macron 4 jours avant la guerre

Virginie Fauroux
Publié le 28 juin 2022 à 17h29
JT Perso

Source : TF1 Info

Neuf minutes de conversation surréaliste entre les chefs d’État français et russe sont au cœur d'un documentaire diffusé jeudi 30 juin sur France 2.
Cet échange téléphonique, parfois tendu, a eu lieu quatre jours avant le début de l'offensive lancée par Moscou en Ukraine.
Extraits.

Emmanuel Macron ne s'en était pas caché, il a discuté à de nombreuses reprises avec Vladimir Poutine pour tenter d'empêcher la guerre en Ukraine. Pour la première fois, grâce à un documentaire signé Guy Lagache, qui sera diffusé jeudi 30 juin sur France 2, on connaît la teneur de l'un de ces échanges téléphoniques. Neuf minutes de conversation, aussi inédites que fascinantes. 

En fait, notre cher collègue, Mr Zelensky, ne fait rien. Il vous ment

Vladimir Poutine

Nous sommes le dimanche 20 février au matin, soit quatre jours avant le début de l'offensive russe en Ukraine. Le chef de l'État français veut proposer à son homologue une réunion au sommet avec Joe Biden. Il est entouré de son conseiller diplomatique, Emmanuel Bonne, et de trois de ses collaboratrices qui suivent à distance l'échange de leur "patron" avec le maître du Kremlin. Le président français amorce la conversation, sans détours : "Je voudrais que tu me donnes d’abord ta lecture de la situation et peut-être de manière assez directe, comme on le fait tous les deux, me dire quelles sont tes intentions", dit-il.

"Que pourrais-je dire ? Tu vois toi-même ce qu’il se passe. Toi et le chancelier Scholz vous m’avez dit que Zelensky était prêt à faire un geste, qu’il avait préparé un projet de loi pour mettre en œuvre les accords de Minsk", rétorque Vladimir Poutine, faisant référence à l'engagement censé ramener la paix dans l'est de l'Ukraine, où des séparatistes prorusses sont à la manœuvre depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014. "En fait notre cher collègue, Mr Zelensky, ne fait rien (pour les appliquer). Il vous ment (…) Je ne sais pas si tu as entendu hier sa déclaration où il dit que l’Ukraine doit accéder à l’arme atomique", attaque-t-il. "Non, n'importe quoi", commente Emmanuel Bonne.

Je ne sais pas où ton juriste a appris le droit. Moi, je regarde juste les textes et j'essaie de les appliquer.

Emmanuel Macron

Le maître du Kremlin accuse ensuite son homologue français de vouloir "réviser les accords". Ce à quoi Emmanuel Macron répond avec fermeté :  "Je ne l'ai jamais dit, ni à Berlin, ni à Kiev, ni à Paris. J’ai dit qu’il fallait les appliquer, qu’il fallait justement respecter les choses et je n’ai pas la même lecture que toi des derniers jours". Poutine ne lâche rien, s'agace : "Écoute Emmanuel, je ne comprends pas votre problème avec les séparatistes. Eux au moins ont fait tout ce qu’il fallait, sous notre insistance, pour ouvrir un dialogue constructif avec les autorités ukrainiennes". 

Emmanuel Macron s'insurge alors contre la démonstration de son interlocuteur : "Il n’est pas prévu que la base de la discussion soit un texte soumis par les séparatistes. Et donc quand ton négociateur essaie d’imposer aux Ukrainiens de discuter sur la base de feuilles de route des séparatistes, il n’est pas respectueux des accords de Minsk. Ce ne sont pas des séparatistes qui vont faire des propositions sur les lois ukrainiennes !", lance-t-il, avant d'enchaîner : "Je ne sais pas où ton juriste a appris le droit. Moi, je regarde juste les textes et j'essaie de les appliquer. Et je ne sais pas quel juriste pourra te dire que dans un pays souverain, les textes de loi sont proposés par des groupes séparatistes et pas par les autorités démocratiquement élues."

"On reste en contact"

Vladimir Poutine revient à la charge : "Ce n’est pas un gouvernement démocratiquement élu. Ils ont accédé au pouvoir par un coup d’État, il y a eu des gens brûlés vifs, c’était un bain de sang et Zelensky est l’un des responsables", dit-il, déplorant que les séparatistes ne soient pas entendus. "On s’en fout des propositions des séparatistes ! Ce qu’on leur demande, c’est de réagir aux textes des Ukrainiens et il faut faire les choses dans ce sens-là parce que c’est la loi ! Ce que tu viens de dire met en doute quelque part ta propre volonté de respecter les accords de Minsk si tu juges que tu as face à toi des autorités non légitimes et terroristes", tranche le président français, avant de proposer une réunion de toutes les parties. "Je vais dans la foulée exiger cela de Zelensky", insiste-t-il. 

Et de poursuivre : "La situation sur la ligne de contact est très tendue. J'ai vraiment appelé hier Zelensky au calme. Je vais lui redire, calmer tout le monde, calmer dans les réseaux sociaux, calmer les forces armées ukrainiennes", promet-il. Dès lors, le président français invite son homologue à faire de même avec les forces russes prépositionnées à la frontière avec l'Ukraine et lui demande : "Comment vois-tu l’évolution des exercices militaires ?". "Les exercices se déroulent selon le plan prévu", admet Poutine tout en avouant qu'ils vont bientôt se terminer. Et d'ajouter, cynique : "Nous allons certainement laisser une présence militaire à la frontière tant que la situation dans le Donbass ne sera pas calmée".

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Emmanuel Macron en arrive finalement au but de son appel, convaincre Vladimir Poutine d'accepter une rencontre avec le président américain Joe Biden à Genève pour tenter une désescalade. Vladimir Poutine se montre peu emballé, encore moins à l'idée de fixer une date. "Avant toute chose, il faut préparer cette réunion en amont", insiste-t-il. Emmanuel Macron finit par lui arracher un "accord de principe". Avant que son homologue russe reconnaisse : "Pour ne rien te cacher, je voulais aller jouer au hockey sur glace parce que là je te parle depuis la salle de sport avant d’entamer des exercices physiques. Je vais d'abord appeler mes conseillers". Dans la foulée, l'Élysée annoncera un prochain sommet Biden-Poutine, qui n'aura pas lieu. "On reste en contact en temps réel. Dès qu’il y a quelque chose, tu m’appelles", lui glisse finalement Emmanuel Macron. "Je vous remercie, Monsieur le président", conclut Poutine en français.


Virginie Fauroux

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