Des comptes syriens se sont indignés de la venue d’Omar Al-Aroub à Paris pour les préparatifs des Jeux olympiques de 2024.
La visite de cet homme, proche de Bachar al-Assad et représentant du comité national Paralympique syrien, a bien eu lieu fin août.

Sa balade sur le Champs-de-Mars et son cliché au pied de la tour Eiffel ont provoqué la stupéfaction. La venue d’un certain Omar Al-Aroub en France a été dénoncée très vite par des médias indépendants et par l’opposition syrienne. "Omar Aroub est un des dirigeants des milices Kataeb el Baath d'Assad accusées de crimes de guerre, et il se balade à Paris dans le cadre de la préparation des JO 2024", a ainsi alerté Firas Kontar, activiste franco-syrien des droits de l'homme, le 5 septembre. Avant de s’interroger : "Comment est-ce possible et comment a-t-il obtenu son visa ?" Pour agrémenter son tweet, deux clichés de l’homme, dont l’un le montre justement devant le monument le plus célèbre de Paris.

Une délégation syrienne attendue aux JO

L’information est en fait relayée dès le 2 septembre sur Facebook par des comptes d’actualité ou des journalistes syriens, comme Qutiba Haj Yasen, qui travaille pour Syria TV. La visite d'Omar Al-Aroub à Paris est bien corroborée par cette fameuse photo devant la tour Eiffel, postée sur son profil Facebook le 31 août dernier. L’homme a depuis repris l’avion pour Damas, d’après le média Baladi News que nous avons interrogé. C’est dans le cadre du Séminaire des Chefs de Mission des Comités Nationaux Paralympiques (CNP), qui s’est tenu à Paris du 24 au 29 août, qu’Omar Al-Aroub était présent sur le sol français. Et qu’il a pu visiter les sites de la compétition et le Village Paralympique. Sollicité par TF1info, Paris 2024 confirme la participation de ce dernier à la réunion "en tant que représentant du comité national Paralympique syrien".

Le Quai d’Orsay, lui, ne livre aucun élément sur la faculté d’Omar Al-Aroub à se rendre en France et indique simplement que "toutes les délégations invitées à participer aux Jeux Paralympiques de Paris 2024 ont été invitées au séminaire des chefs de mission". Originaire d’Alep, l’homme est donc membre à part entière du comité olympique syrien, qui aura bien une délégation aux JO selon le site officiel. Omar Al-Aroub n’en est pas à ses premiers Jeux puisqu’il a pu participer à ceux de Tokyo, comme le montre cette photo aux côtés d’un athlète, un drapeau syrien brandi devant eux. Une nomination actée en 2020 et qui avait tout autant fait débat à l’époque dans la presse syrienne

Un poste au comité olympique, une "récompense"

L’homme est aussi un proche de Bachar el-Assad. Des clichés du chef d’État, avec ou sans sa famille, sont d’ailleurs publiés régulièrement sur le compte Facebook d’Omar Al-Aroud. Des photos les montrent même côte à côte, posant devant l’objectif, comme en 2019. D’après les observateurs que nous avons pu interroger, la proximité d’un homme de sa fonction avec le régime ne fait pas l’ombre d’un doute. "Il est forcément proche d'Assad pour être à ce poste qui permet de se promener librement aux quatre coins de la planète", relève Fabrice Balanche, géographe spécialiste de la Syrie. Firas Kontar est tout aussi catégorique : "C'est la raison de sa nomination dans le comité olympique. C’est une récompense. Cela fonctionne comme ça en Syrie, surtout depuis 2011. Vous montrez votre extrême loyauté et on vous donne un poste". 

Une photo de Bachar el-Assad et d'Omar Al-Aroub, publiée en 2019 sur le compte Facebook de ce dernier.
Une photo de Bachar el-Assad et d'Omar Al-Aroub, publiée en 2019 sur le compte Facebook de ce dernier. - Facebook

Sur sa participation évoquée à l’une des milices de Bachar al-Assad, Omar Al-Aroub figure au commandement adjoint des Brigades du Baas, d’après le comité olympique syrien qui décline ici le CV de chacun de ses membres. Fondées en 2012 pendant la guerre civile et composées de sunnites, elles sont considérées comme la branche armée du parti Baas. En 2015, elles comptaient quelque 10.000 combattants et étaient principalement présentes dans la région d’Alep. Pour Firas Kontar, cette milice armée est "responsable de nombreux crimes de guerre". C’est elle qui aurait notamment "réprimé dans le sang la révolte dans l'université d’Alep", en 2012.

Sur les différentes accusations visant Omar Al-Aroub, le comité Paris 20204 indique simplement "découvrir les allégations relayées à son encontre". Cet été, la visite d’un autre homme controversé, un commandant iranien soupçonné de torture, avait déjà été révélée par France Info. La ministre des Sports avait alors garanti "un principe de criblage de l'ensemble des délégations qui concourent lors de ces Jeux", permettant "de faire toutes les vérifications qui s'imposent".

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Caroline QUEVRAIN

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