"Un taux d'incidence jamais atteint" : que se passe-t-il en Italie, durement frappée par la grippe ?

Publié le 9 janvier 2024 à 16h31, mis à jour le 9 janvier 2024 à 16h44

Source : JT 13h Semaine

De nombreux hôpitaux italiens font actuellement face à une saturation de leurs services d'urgence.
Si le Covid-19 y contribue en partie, les autorités sanitaires attribuent cette "situation difficile" en premier lieu à l'épidémie de grippe saisonnière.
Doit-on s'inquiéter en France de cette situation sanitaire préoccupante ?

"Étrange". C'est le qualificatif utilisé par plusieurs observateurs pour qualifier l'origine de la situation sanitaire à laquelle font face de nombreux établissements hospitaliers italiens en ce début d'année. Plus en détails, il est question d'"une 'surpopulation' dans les hôpitaux et une très forte pression sur les services d’urgence", selon Fabio de Laco, président de la Société italienne de médecine d’urgence et de soins d’urgence (Simeu).

À titre de repère, selon les autorités sanitaires, dans la région de Rome, plus de 1100 patients attendent ainsi d'être admis en soins, tandis qu'à Milan, les admissions classiques à l'hôpital ont dû être suspendues pour libérer des lits. Si le Covid-19 explique en partie cet afflux de patients, ces dernières incriminent "d'autres virus" à l'origine d'infections respiratoires, à commencer par la grippe saisonnière, qui serait particulièrement virulente cet hiver.

Faut-il s'inquiéter ?

"Quelque chose de très étrange se produit en Italie", analyse Eric Feigl-Ding, l'épidémiologiste américain, sur le réseau social X, anciennement Twitter. "Les scientifiques italiens sont déconcertés par l’augmentation des urgences dans les hôpitaux", poursuit-il, évoquant une "épidémie grippale" en plein essor. Ce dernier ajoute que cette dernière "est en passe de s’aggraver en Italie", et qu'elle "n’a pas encore atteint son apogée pour cet hiver."

De fait, "la courbe épidémique de grippe a montré une valeur d’incidence jamais atteinte au cours des saisons précédentes", précise le dernier bulletin épidémiologique de l’Institut supérieur de la santé italien.  

Faut-il s'inquiéter de cette situation chez nos voisins ? Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches dans les Hauts-de-Seine, se veut rassurant, rappelant en premier lieu que "la grippe est une maladie d'hiver qu'on connait bien, et qu'on arrive justement dans l'hiver météorologique". Le scientifique insiste de plus sur le contexte post-pandémique où "les choses s'équilibrent, où le Covid a trouvé sa place, moins forte qu'au cours des trois dernières années, et que chacun des agents infectieux cherche à faire sa place".

Selon lui, la convergence de plusieurs facteurs permet d'expliquer la situation à laquelle sont confrontés les hôpitaux italiens, dont un manque d'anticipation face au retour des maladies d'autan qui n'est donc "pas une exception française" et "la menace d'un système de soins qui s'érode".

"On oublie le bénéfice collatéral des gestes barrières"

D'autre part, "la couverture vaccinale en Italie n'est pas à la hauteur comme partout en Europe à l'exception du Royaume-Uni". Et ce en dépit du fait que "l'on a les outils pour" notamment depuis trois ans avec le vaccin à haute dose, Efluelda (Sanofi) "qui permet d'avoir une efficacité vaccinale supérieure" pourtant "un peu passé à l'as". 

Ensuite, estime-t-il, les gestes barrières ont été délaissés en Italie comme ailleurs, y compris en France. "On est dans une ère post pandémique et on oublie le bénéfice collatéral des gestes barrières qui nous ont permis d'oublier pendant la pandémie ces maladies d'autan comme la grippe", détaille-t-il. "Si on veut vulgariser, lorsque les vaccins contre le Covid ont vu le jour, on leur a fait un peu trop confiance au détriment des gestes barrières, puis on s'est rendu compte que la meilleure des protections c'était la vaccination couplée aux gestes barrières et ce qu'on observe aujourd'hui c'est que lorsqu'on a levé gestes barrières, finalement les gens ont arrêté de se vacciner aussi", analyse-t-il. 

Quid d'une souche qui échappe aux vaccins ?

Pour autant, nuance-t-il, on ne peut pas "tout attribuer à l'après Covid et aux gestes barrières" car "la grippe sévissait avant la pandémie du Covid", avec des saisons épidémiques plus intenses que d'autres comme en 2017 caractérisée par une co-circulation de grippe A et grippe B, également observée en 2023. Pour rappel en effet, s'il arrive que plusieurs virus de la grippe s'additionnent où se succèdent au cours d'une même saison épidémique, chaque hiver ce sont essentiellement des grippes A qui sévissent en France et en Europe, et plus précisément de type H1N1. "C'est-à-dire la souche de 2009 donc a priori rien de nouveau, et on peut parier que c'est celle qui circule cet hiver encore en Italie", ajoute-t-il, indiquant que "les scénarios sont tout a fait homogènes en Europe". 

"Le vaccin contre la grippe est efficace contre cette souche prédominante", insiste-t-il, rappelant que le "vaccin contre la grippe est un vaccin tétravalent mis à jour tous les ans contre quatre souches de virus de la grippe". Quid d'une souche qui échapperait en partie aux vaccins omme cela s'est déjà vu par le passé ? "Je n'ai pas écho de cette notion en Italie, il sera toutefois intéressant de savoir quelle est la souche prédominante et si le sérotype est bien couvert par le vaccin", rassure Benjamin Davido. 

"Quand bien même il y aurait un sérotype mal couvert par le vaccin cette année, ça n'a rien d'inhabituel et si c'est le cas il n'y a qu'une recette, c'est le retour des gestes barrières notamment dans les situations à risque comme dans les lieux confinés où il est recommandé remettre le masque", insiste-t-il.

Enfin, tient à souligner le scientifique au sujet de la situation dans les hôpitaux italiens, "on sait que les populations en Italie, et en Europe du sud en général, sont plus âgées et donc plus susceptibles de développer des formes graves en cas d'infection respiratoire". 


Audrey LE GUELLEC

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