Une lettre prétendument jetée à la mer par une passagère du Titanic, canular ou trésor historique ?

Idèr Nabili
Publié le 2 mai 2022 à 10h17
JT Perso

Source : JT 13h WE

Une lettre attribuée à une Française de 13 ans décédée dans le naufrage du Titanic a été retrouvée il y a quelques années sur une plage canadienne dans une bouteille à la mer.
Mais selon une experte, cette lettre ne serait rien d'autre qu'un canular.

Des mots d'une jeune passagère du Titanic retrouvés plus d'un siècle après sur une plage canadienne ? En 2017, une famille du Nouveau-Brunswick, au nord-est du Canada, recueillait dans une bouteille à la mer un document attribué à Mathilde Lefebvre, Française de 13 ans, daté du 13 avril 1912, veille du naufrage du Titanic au cours duquel elle périt. Dans ce document, écrit "au milieu de l'Atlantique", elle indique qu'elle doit "arriver à New York dans quelques jours". "Si quelqu'un trouve (la lettre), prévenez la famille Lefebvre à Liévin."

Dans l'histoire tragique du Titanic, l'anecdote pourrait être belle, mais serait surtout fausse. D'après la psychomotricienne Coraline Hausenblas, ce document n'a rien d'original. "L'auteur de la lettre tente de maintenir une écriture en cursive et de faire des liaisons entre les lettres d'un mot, mais il ne parvient à écrire que deux mots sur 31 en lettres cursives attachées", explique cette experte de l'écriture dans des propos relayés par la presse canadienne.

Or, il y a plus d'un siècle, les élèves apprenaient exclusivement l'écriture cursive, lorsqu'il n'existe aucun espace entre les lettres d'un mot, quand le document prétendument attribué à une victime du Titanic "manque de stabilité", poursuit l'experte. "Cela prouve que l'écriture naturelle de l'auteur ne se fait plus en cursive attachée depuis longtemps. Très rapidement, l'auteur relâche ce contrôle pour reprendre sa tendance naturelle d'écriture. Après analyse du document, nous pouvons poser l'hypothèse d'une volonté de l'auteur de dissimuler son geste graphique naturel pour le rendre plus conforme à l'idée qu'il se fait d'une écriture typique de 1912."

L'hypothèse d'une lettre authentique pas totalement écartée

Du côté du Québec, le laboratoire d'archéologie et de patrimoine de Rimouski continue d'analyser ce document, dans l'espoir d'avoir en sa possession un nouveau trésor du Titanic. "En effet, cela ressemble plus à une écriture adulte", admet l'historien Maxime Gohier, qui coordonne les recherches sur cette bouteille à la mer. Sans toutefois perdre espoir. "Rien n'empêche qu'un adulte ait écrit, sur le bateau, pour le compte de Mathilde", veut-il croire. "C'est une hypothèse à ne pas écarter."

Pour éclaircir définitivement le mystère, la lettre pourrait rallier Montréal et le laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légal de la sureté du Québec. "La façon dont le papier a été plié, dont l'encre a coulé, ou si la plume a déchiré la fibre du papier" peuvent aider à déterminer "la date de production", indique Maxime Gohier.

Lire aussi

Les géographes restent toutefois sceptiques sur les chances qu'une bouteille à la mer lancée au milieu de l'Atlantique échoue sur une plage du Canada. D'après des océanographes canadiens et norvégiens, les courants de l'Atlantique nord sont plutôt portés vers l'Europe.


Idèr Nabili

Tout
TF1 Info