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Une publicité en Ukraine appelle-t-elle à "trancher la gorge" des soldats russes ?

Felicia Sideris
Publié le 4 octobre 2022 à 20h05
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

La vidéo d'une femme ukrainienne qui "tranche la gorge d'un soldat russe" est partagée sur les réseaux sociaux depuis ce dimanche.
Il s'agirait d'une vidéo diffusée "à la télévision ukrainienne", d'après ceux qui la partagent.
La séquence, publiée dès le mois d'avril, est une mise en scène d'une petite production ukrainienne.

"Maintenant, vous allez tous mourir." La menace est on ne peut plus claire. D'autant plus lorsqu'elle est lancée par une femme aux airs de faucheuse, vêtue d'un habit traditionnel ukrainien. Faucille à la main, visage tuméfié, elle est plantée au beau milieu d'un champ de blé, symbole de son pays. Dans la vidéo, sous-titrée en anglais, elle prévient l'envahisseur russe de la riposte à venir, au nom des victimes de "Boutcha, Irpin, Kiev, Kharkiv, Odessa et Marioupol". Et de mettre à exécution son appel. Face caméra, les yeux rivés vers l'objectif, elle imite une décapitation sur un acteur à ses pieds. En blouse rayée, il représente l'occupant russe. Une vidéo particulièrement macabre qui aurait été diffusée "à la télévision ukrainienne", d'après l'internaute qui la partage. Nous avons voulu en savoir plus. 

Un réalisateur de Lviv

La séquence n'est en fait pas nouvelle. Nos recherches montrent qu'elle a été publiée la première fois sur Facebook et Telegram le 8 avril par un certain Stepan Hrytsiuk. Ancien journaliste habitant à Lviv, il n'est nul autre que le réalisateur du clip. Interrogé dans la presse locale, il assume la mise en scène de cette "récolte sanglante", qu'il justifie par une allégorie de son pays. "Nous étions considérés comme une nation d'agriculteurs, une nation qui ne résiste pas. Aujourd'hui, la situation a changé : la faucille utilisée pour récolter le blé s'est transformée en arme du crime, et tout occupant qui vient sur notre terre doit mourir", a ainsi expliqué le réalisateur au média local Tvoemisto.tv

La femme sur la vidéo s'appelle quant à elle Andrianna Kurylets. D'après la presse ukrainienne, cette actrice dirige l'un des studios de théâtre de la ville de Lviv et a travaillé au théâtre Maria Zankovetska, toujours dans la ville au sud-ouest de l'Ukraine. Mais difficile d'en savoir plus sur la jeune femme. Sur les réseaux sociaux, la comédienne a supprimé tous ces comptes après la publication de la séquence. Selon le réalisateur, celle-ci a été "menacée parce que son numéro de téléphone avait été divulgué en ligne" et sa page Facebook aurait subi des tentatives de piratage. 

Il s'agit donc d'une production locale, et non pas d'une "publicité" émanant d'un média. Nous n'avons d'ailleurs trouvé aucune trace de cette séquence à la télévision ukrainienne. Interrogé pour savoir si son clip avait été diffusé sur petit écran, le réalisateur n'est pas revenu vers nous dans l'immédiat. 

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Reste que cette publication sur les réseaux sociaux a de quoi faire polémique. Elle avait d'ailleurs provoqué un semblant de réaction diplomatique. Le 11 avril, l'ambassade de Russie au Royaume-Uni alertait sur cette "vidéo atroce" affirmant qu'elle faisait la promotion de la "violence extrême".

L'Ambassade de Russie au Royaume-Uni alertait sur cette "vidéo atroce", le 11 avril 2022 - Twitter

En résumé, cette vidéo très explicite est en fait une mise en scène diffusée sur les réseaux sociaux. Ce qui n'a pas empêché la presse russe de comparer le document aux vidéos de propagande venues de l'État islamique. De son côté, le réalisateur rétorque qu'il ne s'agit que de "cinéma". Contrairement aux images du massacre de civils survenus à Boutcha

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