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Au Canada, les anti-vaccins envoyés chez le psy ?

Publié le 30 novembre 2022 à 16h02
JT Perso

Source : JT 13h WE

Une rumeur affirme que le Canada voudrait imposer un traitement psychiatrique aux personnes opposées à la vaccination.
Cette rumeur s'appuie sur les propos d'un certain "docteur Makis".
C'est une mauvaise interprétation d'un document officiel.

Ils se sentent déjà comme des parias. Voilà que désormais, ils pourraient être envoyés chez le psychiatre. D'après un message publié sur Twitter le 19 novembre, le Canada va "imposer un traitement psychiatrique aux personnes qui refusent les injections d'ARNm ou toute autre forme de vaccination". Vidéo à l'appui, il assure que les autorités sanitaires du pays considèrent "les personnes qui veulent avoir une autonomie corporelle et ne veulent pas un vaccin expérimental" comme ayant "quelque chose qui ne va pas mentalement chez eux". Derrière cette folle rumeur, qu'en est-il réellement ? 

Une rumeur propagée par un docteur anti-vaccin

Dans la vidéo qui accompagne la publication, on entend effectivement un homme tenir ces propos, en anglais, au micro d'une femme qui s'adresse à lui en l'appelant "Docteur Makis". Ce qui permet de comprendre qu'il s'agit d'un médecin anti-vaccin vivant en Alberta, une province de l'Ouest canadien. Quant à la femme, il s'agit de Laura-Lynn Tyler Thompson, une figure populaire au Canada, notamment dans les sphères complotistes et catholiques, en tant que cheffe du parti catholique Christian Heritage Party of British Columbia. Elle fut particulièrement active lors du Convoi de la liberté, ce mouvement de contestation des camionneurs contre l'obligation vaccinale. C'est sur son compte Odysee, la plateforme de vidéos préférée des anti-vaccins, qu'on retrouve cette interview dans son intégralité, soit un peu plus de 8 minutes. Vidéo dans laquelle il répète à tort que "80 jeunes médecins" sont décédés des suites de l'injection ou que le vaccin viendrait dégrader le système immunitaire. Deux fausses informations vérifiées ici et ici

Cette publication affirme à tort que Le Canada va imposer un traitement psychiatrique aux personnes opposées à la vaccination
Cette publication affirme à tort que Le Canada va imposer un traitement psychiatrique aux personnes opposées à la vaccination - Twitter

En fait, comme Laura-Lynn Tyler Thompson l'explique dans cette vidéo, cette interview a eu lieu après un meeting du groupe "The Independence party". On retrouve des traces sur Facebook de cette conférence qui a eu lieu au Five Mile Hall, au Canada, le 16 novembre 2022. Une séquence qui permet de réaliser qu'il s'agit d'un entretien entre deux personnes opposées à la vaccination, qui pensent que les gouvernements à travers le monde "ne disent pas la vérité". Cet homme n'a donc définitivement rien à voir avec les autorités sanitaires canadiennes.

Un conseil officiel mal interprété

Mais sur quoi s'appuie-t-il pour propager cette rumeur ? La vidéo complète nous permet d'en savoir plus. Regrettant "l'agression" des autorités contre les personnes non-vaccinées, Laura-Lynn Tyler Thompson cite "la recommandation" des autorités de "peut-être prescrire des médicaments psychiatriques pour les personnes qui ne veulent pas prendre un vaccin". Le principal intéressé lui répond alors que cette information "a été publiée récemment par l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario" (OMCO). "L'Ordre a envoyé une lettre ou un mémo à tous les médecins de l'Ontario leur suggérant - pour l'instant, ils ne l'imposent pas, ils le suggèrent - que pour tous leurs patients non vaccinés, ils devraient considérer qu'ils ont un problème mental et qu'ils devraient être mis sous traitement psychiatrique", précise-t-il.

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Cette directive, on la retrouve effectivement sur le site web de l'OMCO. Sur la page réservée à la Foire aux questions, dans la section concernant les conseils pour les médecins qui doivent accorder des contre-indications médicales à la vaccination contre le Covid-19, on lit : "Il est également important que les médecins travaillent avec leurs patients pour gérer les anxiétés liées au vaccin et ne pas favoriser un comportement d'évitement. Par exemple, en cas de peur extrême des aiguilles (trypanophobie) ou d'autres cas très préoccupants, l'utilisation responsable de médicaments sur ordonnance et/ou l'orientation vers une psychothérapie peuvent être des options disponibles." L'Ordre souligne par ailleurs que les médecins "ont la responsabilité de permettre à leurs patients d'être correctement informés sur les vaccins et de ne pas voir ces anxiétés renforcées par une contre-indication". L'institution canadienne venait encourager les médecins à discuter de ces solutions en cas de comportements d'anxiété et d'évitement par rapport à la vaccination plutôt que de les dispenser de cette immunité. 

Ceci dit, ce n'est pas exactement ce paragraphe qui a été mal interprété par le Dr. Makis. De fait, une archive en ligne de cette Foire aux questions montre qu'une version antérieure laissait plus de place à l'erreur. Jusqu'au 5 octobre 2022, ce paragraphe indiquait simplement qu'en cas "d'inquiétude grave, l'utilisation responsable de médicaments sur ordonnance et/ou l'orientation vers une psychothérapie sont des options disponibles". 

En résumé, cette vidéo ne permet pas d'affirmer que les autorités canadiennes souhaitent imposer un traitement psychiatrique aux personnes opposées à la vaccination. Il s'agit uniquement d'une option proposée aux médecins qui rencontreraient des patients particulièrement anxieux à l'idée d’être vacciné. 

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Felicia SIDERIS

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