Le 20h

DOCUMENT TF1 - Dans le secret des espions : découvrez les coulisses des services de renseignement français

Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Florian Litzler et Frédéric Mignard
Publié le 24 juin 2022 à 10h44
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

À l'occasion des 40 ans de la DGSE, des équipes de TF1 ont pu exceptionnellement entrouvrir les portes de ces unités ultra-sécurisées.
Comment ces agents de l'ombre travaillent-ils et comment sont-ils recrutés ?

Il est attablé à la terrasse d'un café parisien, Alexandra* a repéré sa cible. Espionne en formation, elle s'attèle à la mission confiée par son instructeur : obtenir le plus d'informations possible sur cet inconnu, un simple client en apparence. Cet exercice incontournable de la formation de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) est filmé par les caméras du 20H de TF1 dans la vidéo ci-dessus, mais les personnes et les lieux sont tous floutés. 

Une immersion réalisée à l'occasion des 40 ans de ces services secrets, qui lèvent un coin de voile sur leur fonctionnement, à l'honneur d'une exposition au musée des Invalides inaugurée cette semaine.

"Je dois acheter un cours d'œnologie à mon père", glisse la jeune femme, s'asseyant près de l'homme. Un prétexte pour l'aborder, avant de dériver vers des questions bien plus personnelles, qu'elle égrène. "L'objectif, c'est que les stagiaires gagnent en confiance et en aisance au contact. C'est un métier de l'humain", explique son formateur, qui dissimule lui aussi son visage. Une fois la formation validée, les espions en herbe se retrouvent au QG de la DGSE, boulevard Mortier dans le Nord de Paris, mais seulement au bout de quelques mois, le temps que leur parcours soit étudié au peigne fin par les services. 

Chape de silence

Le lieu lui-même est une forteresse, l'un des plus secrets et impénétrables de notre pays, où 7000 personnes travaillent dans l'ombre. Les équipes de TF1 ont dû laisser leur téléphone portable à l'entrée et à l'intérieur, ont été suivies où qu'elles aillent lors du tournage. Elles ont aussi probablement fait l'objet de recherches sur leur propre parcours. Faute de pouvoir filmer les espions sur le terrain, elles ont pu toutefois accéder à des bureaux, mais en floutant tous les documents et cartes à l'étude.

"En tant que journaliste, on aime montrer les choses, montrer comme les gens travaillent. Ce qui est très compliqué dans ce cas-là", commente auprès de TF1info le journaliste du 20H Florian Litzler. "Ces services n'ont pas besoin de communication, ont très peu au contact de la population, donc ils ouvrent très rarement leurs portes. À peine une poignée de reportages télévisés ont pu les suivre ces dix dernières années." La prise de contact s'est faite grâce à plusieurs réunions en amont, avant de s'entretenir avec quelques agents volontaires, restés néanmoins très évasifs sur leurs activités. 

"Il faut rendre le travail que l'on fait le plus inintéressant possible, pour que les gens ne posent aucune question"

Agathe*, analyste au sein de la DGSE

Parmi eux, Agathe*, une analyste qui synthétise les informations récupérées sur le terrain, à l'étranger notamment, et se concentre particulièrement sur certains pays suspectés d'avoir des armes de destruction massive hors des traités, par exemple des armes chimiques ou nucléaires. Un rôle hypersensible, puisque c'est sur la base de ces informations que notre gouvernement peut décider de sanctions, voire d'interventions militaires contre d'autres États.

Tout comme les autres espions, elle ne peut transmettre aucune information à ses proches sur sa profession, à peine le nom du ministère pour lequel elle travaille. "Face à des proches ou des personnes que l'on rencontre, il faut rendre le travail que l'on fait le plus inintéressant possible, pour que les gens ne posent aucune question", lance-t-elle. Aucune information ne peut d'ailleurs filtrer de ces bureaux ultra-sécurisés : téléphone laissé à l'entrée de la pièce, pas de sortie d'appareil électronique, pas de télétravail. Les poubelles, elles, restent dans le couloir, car les agents d'entretien ne sont pas autorisés à rentrer dans les pièces pour les vider. 

"Agir dans le secret, dans la clandestinité, pour protéger la France"

"Dès que les agents rencontrent quelqu'un, dans leur vie privée, ils sont toujours très méfiants : quand un inconnu vient leur parler, ils imaginent que ce peut être un agent d'un service étranger", ajoute Florian Litzler. Des réflexes d'autant plus incontournables quand ils sont amenés à mener une double vie à l'étranger, se fondre dans une nouvelle identité, une "légende" soigneusement tissée pour s'approcher de cibles, gagner leur confiance et soutirer des informations.

Au risque de se faire repérer et de mettre leur vie en danger. Dans la cour du bâtiment de la DGSE, un mur est percé d'œillets, représentant les agents morts en service. Mais là encore, leur nombre et leur nom restent secrets. Depuis la création du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) sous le général De Gaulle pendant la Seconde guerre mondiale, il y a tout juste 80 ans, la mission n'a pas changé, bien que les services secrets aient été renommés en 1982. 

"Les objectifs sont les mêmes : agir dans le secret, dans la clandestinité, pour protéger la France", explique Bernard Emié, patron et unique visage officiel des services. "Ce sont toujours les mêmes valeurs qui les guident : agir au service de la France, dans l'ombre, défendre la démocratie et la République dans le respect de la Constitution", abonde Florian Litzler. 

En 80 ans, les méthodes d'espionnage ont en revanche été bouleversées par le numérique : le QG regorge de serveurs et les services recherchent parmi les jeunes diplômés en cybersécurité et en codage de nouvelles recrues. Actuellement, les équipes sont particulièrement mobilisées sur le front ukrainien, mais là encore, elles n'en ont rien dévoilé à TF1. "C'est un service secret, le but reste qu'on ne sache même pas qu'il existe, ou en tout cas pas qu'il était présent", résume le journaliste. 

*Les prénoms ont été modifiés.


Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Florian Litzler et Frédéric Mignard

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