En Iran, la police des mœurs a fait son retour et multiplie les contrôles sanctionnant les femmes qui ne portent pas correctement, ou pas du tout, le voile.
C'est exactement ce qui a été reproché à Mahsa Amini, dont la mort, en septembre 2022, avait déclenché un vent de rébellion et un mouvement de protestation inédits dans le pays.
Les interpellations et peines de prison commencent déjà à pleuvoir.

La semaine dernière encore, sur des images tournées le 16 juillet 2023 à Téhéran, on apercevait de nombreuses Iraniennes qui continuaient de défier le pouvoir, cheveux au vent, sans hijab. Pourtant, le même jour, les autorités annonçaient à la télévision le retour de la police des mœurs, un organe chargé de contrôler la tenue des femmes dans les rues, et en particulier le port du voile. "Des patrouilles de police vont être déployées dans tout le pays pour lancer un avertissement aux femmes qui ignorent les conséquences de leur tenue et qui continuent à violer les règles", avait alors annoncé le général Saeed Montazer Al-Mahdi, porte-parole de la police iranienne.

Cette annonce intervient dix mois après le décès, le 16 septembre 2022, d'une jeune femme kurde iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, arrêtée par cette même police qui lui reprochait d'avoir enfreint le code vestimentaire de la République islamique. Sa mort avait déclenché une onde de choc dans le pays, secoué plusieurs mois durant par des manifestations menées par le mouvement "Femme, vie, liberté", réprimé dans le sang par le pouvoir, faisant des centaines de morts et des milliers de prisonniers. Mise en cause par les protestataires, la police des mœurs avait en bonne partie disparu des rues ces derniers mois. Et les femmes étaient de plus en plus nombreuses à sortir la tête non couverte, notamment à Téhéran et dans les grandes villes.

"Tu es une criminelle, honte à toi !"

Mais désormais, les arrestations de femmes non voilées se multiplient, et avaient déjà commencé quelques jours avant l'annonce du retour de cette police, selon des images qui circulent sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo datée du 14 juillet, une femme est filmée en train de se débattre et de pousser des cris, admonestée en pleine rue par une femme - probablement une policière - habillée en tchador, un habit local traditionnel. La contrevenante a par la suite été condamnée à deux mois de prison. Sur une autre vidéo, un policier filme une Iranienne pour l'intimider. 

Parfois, ce sont des civils qui harcèlent eux-mêmes les femmes dans la rue, comme le montrent les images du 20H de TF1 visible en tête de cet article. "Tu es une criminelle, honte à toi !", crie ainsi un homme dans une vidéo, qu'il tourne lui-même, poursuivant une jeune femme qui avance d'un pas résolu. "Je suis une femme. Je serai toujours là et je n'ai pas peur de toi", lui répond-elle alors. Interpellée par la suite, elle a dû faire des excuses publiques à la télévision.

Le quotidien réformateur Shargh a indiqué dimanche 23 juillet que quatre femmes avaient récemment été condamnées à "suivre des cours de psychologie", "nettoyer les hôpitaux" et avaient été "interdites de conduite durant deux ans", après avoir été reconnues coupables. Dix mois après la mort de Mahsa Amini, les protestataires sont ainsi désormais confrontés à une nouvelle tentative de reprise en main par les autorités.

Depuis le début de l'année, celles-ci ont déjà pris une série d'initiatives, allant de la fermeture de commerces, notamment de restaurants, à l'installation de caméras dans les rues pour traquer celles qui bravent l'interdit. Parallèlement, le pouvoir judiciaire et le gouvernement ont proposé en mai un projet de loi dénommé "Soutien à la culture du hijab et de la chasteté" afin de "protéger la société" et "renforcer la vie familiale". Ce texte, qui a suscité un vif débat, suggère de renforcer les sanctions, notamment financières, contre "toute personne retirant son voile dans les lieux publics ou sur Internet".


M.L (avec AFP) | Reportage TF1 Benoit Christal

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