VIDÉO - Armes vétustes, contre-ordres... La colère des soldats russes s'affiche sur les réseaux sociaux

Publié le 11 mars 2023 à 19h01, mis à jour le 12 mars 2023 à 9h15

Source : TF1 Info

Les vidéos de soldats russes qui se plaignent se multiplient sur les réseaux sociaux.
Ils s'indignent notamment des contre-ordres et leur manque de formation.
Un phénomène déjà observable en septembre dernier.

C'est peu dire que ces vidéos font tache. Depuis le début du mois de février, des soldats russes mobilisés en Ukraine se filment pour protester contre leurs conditions de combat. Ils contestent le commandement, leur formation, l'équipement, les véhicules et considèrent que de nombreuses vies pourraient être épargnées. Un phénomène qui se répand aussi rapidement qu'il est né, rompant avec la propagande pro-russe qui monopolise habituellement les réseaux sociaux.

Envoyés sur le front "pour être abattus"

Sur la forme, chaque vidéo se ressemble. Cinq à dix hommes, cagoulés, posent devant l'objectif. L'un d'eux prend la parole, identifie l'unité militaire d'appartenance et la région de chaque soldat, puis exprime différentes critiques. Ce mardi 7 mars par exemple, une vidéo est apparue dans laquelle des soldats lancent directement un appel à Vladimir Poutine. Face caméra, ils s'indignent de l'absence de stratégie, de tactique, d'ordres clairs et dénoncent les défauts dans les chaînes de commandement. "Nous manquons également de véhicules blindés et de soutien d'artillerie", affirment-ils, d'après la traduction réalisée par le compte WarTranslated. Ils précisent que leurs armes remontent aux années 1940. Dans d'autres vidéos, les militaires mobilisés à l'automne dernier regrettent aussi les nombreux contre-ordres, les pertes inutiles, les défaillances de l'aide médicale. Un phénomène né dès février, mais qui a pris de l'ampleur cette dernière semaine, avec six vidéos publiées en quatre jours.

S'ils regrettent d'être utilisés comme de la "chair à canon", les soldats ne critiquent à aucun moment la guerre en elle-même. "Nous ne refusons pas d'atteindre l'objectif pour lequel nous combattons, nous sommes prêts à y aller", rappelait par exemple un soldat en guise d'introduction de son message. "Nous sommes prêts à nous battre avec dignité, mais pas comme de la viande", résumait un autre. Car s'en prendre à ce que la Russie décrit encore comme une "opération militaire spéciale" reviendrait à "dépasser les limites d'une discussion légitime", relève Anna Colin Lebedev. Sociologue spécialisée dans les sociétés post-soviétiques, elle note que, pour établir un lien avec le Kremlin, ces unités "doivent proclamer leur loyauté et leur volonté de se battre, mais ne doivent pas remettre en question les raisons pour lesquelles [elles] se battent".

Malgré tout, la maîtresse de conférences à l'Université Paris-Nanterre relève que ces vidéos peuvent mettre à mal le discours lissé du Kremlin. "Les mobilisés sont des civils, attachés à leur vie d'avant et surtout connectés. Un certain nombre trouvent les ressources pour prendre la parole", rappelle-t-elle sur Twitter, soulignant que "c'est le risque auquel s'est exposé l'État russe en choisissant la mobilisation".

Des soldats qui arrivent sur le front

Mais tandis que l'appel aux troupes eu lieu à l'automne dernier, comment expliquer l'apparition soudaine de ces messages ? Dans un article sur la question, Meduza esquisse une hypothèse. Au début du conflit, ce sont les soldats mobilisés dans le Donbass qui étaient formés pour se rendre au front. Or, face aux nombreuses pertes russes, l'armée envoie désormais des civils mobilisés à travers toutes les régions du pays. Ainsi, d'après le média russe indépendant Verstka, qui a analysé et identifié l'origine des personnes qui apparaissent sur les images, les soldats viennent des quatre coins du territoire. En un mois, le média a recensé 16 régions différentes à travers la Russie. Sont uniquement épargnées les zones les plus riches de l'ouest du pays. 

Ceux qui arrivent à présent sur le front n'étaient donc pas prêts à s'y rendre. C'est d'ailleurs l'une des critiques entendue dans un autre message vidéo. Toujours le 7 mars, des soldats accusaient les chaînes de commandement d'avoir été envoyés sur les lignes de front alors qu'ils auraient dû être affectés à des unités de défense territoriale sur les lignes arrière ou dans les zones frontalières. 

Les motifs des plaintes ont donc quelque peu changé par rapport aux premiers jours de la mobilisation. Mais avec un phénomène qui ne devrait pas se tarir, ces vidéos pourraient ébranler le discours du Kremlin. D'autant que ce type de pratique "est conforme à la manière dont les Russes gèrent leurs conflits avec le pouvoir", comme l'analyse Anna Colin Lebedev. Si bien qu'il peut finalement avoir "plus d'impact qu'une protestation ouverte de rue". 


Felicia SIDERIS

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