Le 20h

REPORTAGE - Espagne : pourquoi le projet d'une ferme géante de poulpes fait des vagues

La rédaction de TF1info | Reportage J. Garrel, A. Exposito
Publié le 5 juillet 2022 à 17h42, mis à jour le 5 juillet 2022 à 17h49
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Source : JT 20h Semaine

Dans les pays méditerranéens, le poulpe fait partie de la tradition culinaire, mais les quantités pêchées ne suffisent plus.
Des scientifiques espagnols ont donc mis au point une technique révolutionnaire permettant la construction prochaine d'une gigantesque ferme marine.
Seulement, une telle production fait déjà polémique.

Au milieu des écailles, les tentacules sont toujours exposés en bonne place sur les étals espagnols. C'est le cas à Tenerife, où le poulpe est un incontournable du marché où le 20H de TF1 s'est rendu. "C'est plein de protéines, avec aucune graisse autour, et très savoureux", assure un homme. Un autre abonde : "Bien cuisiné, ça fond dans la bouche".

Sur le stand de Juana Rodriguez, à la poissonnerie Pescados Juani, le poulpe est d'ailleurs l’un des produits qui se vendent le plus. "C'est très faible en calorie, parfait pour un régime", souligne la commerçante, avant de préciser toutefois que le prix de ce produit de la mer a bien grimpé : "Il y a quelques années, ça valait 6 ou 7 euros le kilo. Aujourd'hui, c'est 16 euros. Les gens en veulent toujours plus alors qu'il y en a déjà plus assez".

"Les larves sont très fragiles et ont besoin d'une nourriture très spécifique"

À quelques kilomètres, sur le port, des scientifiques pensent avoir trouvé le moyen de répondre à cette demande grandissante : depuis plus de 20 ans, ils travaillent sur un protocole permettant l’élevage intensif, en captivité, de cet animal. "Le poulpe est un animal très intelligent. Il apprend vite, il est même capable de reconnaitre les personnes qui le nourrissent tous les jours", explique Beatriz Felipe Paramio, technicienne en aquaculture à l'Institut espagnol d'océanographie de Tenerife, dans les îles Canaries.

Dans leur laboratoire, une quinzaine de poulpes adultes, dits reproducteurs, sont étudiés dans les moindres détails, sous le regard attentif d’Eduardo Almansa, scientifique titulaire au sein du même établissement scientifique, qui est à la tête du projet. Une femelle peut pondre jusqu’à 500.000 œufs d’un seul coup, mais le plus difficile est de maintenir en vie ces nouveaux-nés de trois millimètres. "Les larves sont très fragiles et ont besoin d'une nourriture très spécifique, en plus de conditions bien précises de lumière et de température. On a trouvé le bon équilibre pour que les larves survivent et que l'élevage soit viable au niveau industriel", précise-t-il.

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La découverte a été brevetée, puis rachetée par une entreprise espagnole qui prévoit de l’exploiter très prochainement : en 2023, à Puerto Las Palmas, sur l’île de Grand Canarie, devrait voir le jour la première ferme d'aquaculture entièrement dédiée à l'élevage de poulpe. La structure mesurerait 52.000 m² et serait en capacité de produire 1 million de spécimens chaque année, soit environ 3000 tonnes de poulpe.

Mais pour les défenseurs des animaux et de l’environnement, la création d’une telle ferme serait une aberration écologique. "Les pieuvres sont des animaux solitaires. Dans une ferme, elles seront entassées les unes sur les autres. Cela va engendrer du stress, de l'agressivité, et peut même les pousser jusqu'au cannibalisme", souligne Elena Lara, biologiste à Compassion in world farming, à Barcelone, une organisation qui milite pour le bien-être animal.

Mais les industriels sont bien décidés à maintenir leur projet pour être présent sur un marché qui pèse plus de 2,5 milliards d’euros au niveau mondial, soit deux fois plus qu’il y a dix ans.


La rédaction de TF1info | Reportage J. Garrel, A. Exposito

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