Invitée de LCI ce vendredi, Kim Phuc Phan Thi s'est désolée de la guerre en Ukraine.
Victime d'un bombardement au napalm lorsqu'elle était toute jeune - immortalisé par le célèbre cliché de Nick Ut -, elle s'est dite particulièrement préoccupée par le sort des enfants dans ce conflit.

Un étrange, et désagréable, sentiment de déjà vu. Miraculée de la guerre au Vietnam après avoir subi un bombardement au napalm, Kim Phuc Phan Thi voit aujourd'hui l'histoire se répéter avec l'affrontement entre la Russie et l'Ukraine. Et comme dans tout conflit moderne, les civils, parmi lesquels les enfants, sont les premiers à payer le prix fort. 

Une situation qui affecte grandement la "petite fille au napalm", elle qui a été au centre de l'une des photographies de guerre les plus célèbres au monde. "Ça me brise le cœur. Quand j'ai entendu les nouvelles, et que j'ai vu les images, ma mère et moi avons fondu en larmes", lâche-t-elle. "Il y a cinquante ans, nous y étions dans la guerre, dans la destruction, dans les massacres, la douleur. Nous y étions et c'est de nouveau là", ajoute avec émotion la femme, désormais âgée de 59 ans. "Véritablement, ça me brise le cœur pour tous les gens qui ont perdu la vie et tout particulièrement pour les enfants", souligne-t-elle.

Les images doivent être montrées
Kim Phuc Phan Thi

Le conflit ravive en elle des plaies qu'elle pensait cicatrisées. "C'est tellement difficile à gérer. Cela me ramène à la douleur, au moment où j'ai été brûlée. Je me suis brutalement rappelé les avions, les bombes, le feu partout. Je me suis sentie totalement terrifiée. Tout cela me ramène à toute la douleur que j'ai subie, avec les opérations, la perte de ma famille", décrit-elle. "C'est quelque chose qui est de nouveau là. Ça revient en force et c'est vraiment très très difficile", insiste-t-elle. 

Cette souffrance est encore décuplée par les images d'enfants terrassés par le conflit, comme cette photo du petit Vladi à Boutcha. "C'est triste. J'espérais que ça n'arriverait plus jamais à des enfants", souligne-t-elle. Toutefois, elle le reconnaît, "les images doivent être montrées. Parfois ce n'est pas beau, pas joli, mais il faut les montrer". "Je souhaite que cette image puisse éduquer les gens sur place pour qu'ils soient conscients de ce qu'il se passe et comment les enfants souffrent", espère-t-elle. 

"Comme enfant, la première fois que j'ai vu cette photo (celle où elle court nue, après le bombardement au napalm, ndlr), je me suis demandée 'pourquoi est-ce qu'ils l'ont prise ?'. J'étais toute nue, il y avait mon frère, mon cousin. Ils avaient des vêtements, eux. J'avais honte. J'ai détesté cette image", explique-t-elle. "Mais plus tard, j'ai appris qu'il fallait que je l'adopte, que j'apprenne de celle-ci. C'était quelque chose qui pouvait m'aider à travailler pour avancer et avoir la possibilité d'en aider d'autres", ajoute la survivante.

De l'espoir pour les réfugiés

Plutôt que de se refermer sur elle-même, et malgré le traumatisme psychologique, elle a choisi de transmettre et de consacrer sa vie aux autres. Ambassadrice de bonne volonté de l'Unesco depuis 1997, Kim Phuc dirige notamment la Fondation Kim international, une organisation caritative tournée vers les enfants, qui soutient des projets médicaux ou scolaires. Actuellement, elle participe aussi à l'accueil de réfugiés ukrainiens sur le sol canadien, pays dont elle a pris la nationalité. "J'ai beaucoup participé, j'ai beaucoup prié pour eux", confirme-t-elle. "Au fond de mon cœur, je voulais leur dire que j'étais avec eux, leur donner de l'espoir", confie-t-elle. "Je crois, qu'il y a 50 ans, j'étais au mauvais endroit, au mauvais moment. Maintenant, je suis au bon endroit, au bon moment", conclut-elle, philosophe.


M.G

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