Plus de 1000 personnes ont trouvé la mort au Pakistan dans de violentes inondations.
Des pluies de mousson qualifiées de "records" par les autorités du pays.
Un tiers du territoire serait actuellement sous les eaux.

Ce sont les pires pluies de mousson en trois décennies au Pakistan. Alors que des dizaines de millions d'habitants luttent toujours contre les violentes intempéries qui frappent le pays, un tiers du territoire est actuellement "sous les eaux", a affirmé à l'AFP la ministre du Changement climatique, Sherry Rehman, évoquant une crise aux "proportions inimaginables". Des pluies "sans précédent depuis 30 ans" et qui ont débuté en juin, a souligné de son côté le Premier ministre Shehbaz Sharif. 

Quel est le bilan de ces inondations ?

Selon les autorités, plus de 33 millions de personnes, soit un Pakistanais sur sept, ont été affectées par ces inondations et près d'un million de maisons ont été détruites ou gravement endommagées. Dans son dernier bilan,  l'Autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA) estime que la mousson a fait au moins 1136 morts depuis qu'elle a débuté en juin, dont 75 lors de ces dernières 24 heures. Toutefois, le nombre de victimes pourrait être bien plus élevé alors que les autorités tentent toujours d'atteindre des villages isolés situés dans des zones montagneuses septentrionales. 

"Tout n'est qu'un grand océan, il n'y a pas d'endroit sec où pomper l'eau", a prévenu Sherry Rehman. Les provinces les plus touchées sont celles du sud, le Balouchistan et le Sind, où les pluies ont été plus de quatre fois supérieures à la moyenne des 30 dernières années. Selon le service météorologique, le Pakistan a reçu deux fois plus de précipitations qu'habituellement. Ces pluies sont pires que celles de 2010, année au cours de laquelle 2000 personnes avaient été tuées et près d'un cinquième du Pakistan submergé par les pluies de mousson. 

Par ailleurs, la NDMA affirme que plus de 80.000 hectares de terres cultivables ont été ravagées et plus de 3400 kilomètres de routes et 157 kilomètres de ponts ont été emportées par les eaux. L'état d'urgence a été décrété.

Comment expliquer une telle catastrophe ?

La mousson du sud-ouest ou mousson d'été asiatique est essentiellement une brise marine colossale qui apporte à l'Asie du Sud, chaque année entre juin et septembre, de 70 à 80% de ses précipitations annuelles. Elle est vitale pour l'agriculture et la sécurité alimentaire de l'Asie du Sud, région pauvre qui compte à elle seule environ deux milliards d'habitants. Mais les pluies provoquent chaque année de multiples destructions sur leur passage, notamment des glissements de terrain et des inondations.  

Et bien que le phénomène soit largement étudié, il est encore difficile de le comprendre et il reste relativement imprévisible. Par exemple, cette année, alors que le Pakistan connaît un déluge incessant depuis juin, l'est et le nord-est de l'Inde ont enregistré, en juillet, leurs plus faibles précipitations en 122 ans. Des fluctuations d'une région sur l'autre et d'une année sur l'autre qui seraient causées par des changements dans les conditions atmosphériques et océaniques mondiales, comme l'effet El Nino dans le Pacifique. 

D'autres facteurs peuvent intervenir comme les aérosols, les nuages de poussière en provenance du Sahara, la pollution atmosphérique et même l'irrigation. 

La signature du changement climatique ?

Ces violentes fluctuations dans les moussons pourraient également être dues au changement climatique les scientifiques ne savent pas exactement comment le réchauffement de la planète affecte la très complexe mousson. Toutefois, une étude réalisée l'année dernière par l'Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact du climat (PIK), qui a suivi l'évolution de la mousson depuis le milieu du XXe siècle, suggère qu'elle devient plus puissante et plus irrégulière. 

La ministre pakistanaise du Changement climatique n'a, de son côté, pas mâché ses mots sur le sujet alors que le pays a déjà fait face à une vague de chaleur meurtrière, dépassant parfois les 50 degrés, des feux de forêt ravageurs et des crues dévastatrices dues à la fonte rapide des glaciers. Tandis que le Pakistan est responsable de moins de 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il figure en 8e position des pays les plus menacés par les phénomènes météorologiques extrêmes, selon une étude de l'ONG Germanwatch.

"Vraiment, il est temps que les grands émetteurs (de gaz à effet de serre), revoient leurs politiques. Nous avons clairement franchi un seuil, pas seulement le Pakistan, mais plusieurs pays. Le climat mondial a franchi un seuil plus tôt qu'attendu", a fustigé Sherry Rehman qui dénonce : "Les promesses et ambitions dans les forums internationaux formulées par certains pays, les pays riches, ceux qui se sont enrichis sur le dos des combustibles fossiles" et qui "ne se matérialisent pas vraiment."

Que va-t-il se passer désormais pour le Pakistan ?

Ces pluies dévastatrices interviennent au moment où le Pakistan est déjà confronté à une crise économique importante, et alors que le pays dépend fortement de son agriculture. Un coup dur quand on sait que le Sind représente la moitié du grenier à grains du pays. Pour tenter de faire face, le gouvernement a lancé un appel à l'aide à la communauté internationale. Dimanche, les premiers avions apportant de l'aide humanitaire sont arrivés, en provenance de Turquie ou des Émirats arabes unis.

De son côté, le Fonds monétaire international doit se réunir, ce lundi à Washington, pour donner son accord à la reprise d'un programme de prêts de six milliards de dollars. Mais il est déjà clair que le Pakistan aura besoin de bien plus pour reconstruire les infrastructures détruites par les inondations. De leur côté, les Nations unies et le gouvernement pakistanais vont officiellement lancer, mardi, un appel aux dons de 160 millions de dollars pour financer l'aide d'urgence.

Plus grave, la situation "devrait empirer, avec des pluies qui se poursuivent", s'est inquiété lundi Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unis, Antonio Guterres, lors d'un point presse. L'ONU a "déjà mobilisé 7 millions de dollars, notamment en redirigeant de l'argent d'autres programmes, pour financer les besoins les plus urgents", alimentation, eau, matériel médical, santé maternelle, abris..., a-t-il précisé. Et 3 millions supplémentaires ont été débloqués par le Fonds d'intervention d'urgence des Nations unies. 


Annick Berger avec AFP

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