Quatre lanceurs d'alerte, dont un ingénieur de Boeing, ont témoigné jeudi devant une commission d'enquête du Sénat américain.
Tous mettent en garde contre la fiabilité des avions du constructeur américain.

Des propos qui ne vont sans doute pas redorer le blason de Boeing auprès du grand public. Déjà dans le cœur du cyclone depuis plusieurs mois après des défaillances successives sur certains de ses appareils, notamment le 737 Max, le constructeur américain a vu jeudi quatre lanceurs d'alerte l'y enfoncer un peu plus. 

"Je ne suis pas ici parce que j'ai envie d'être ici. Je suis ici parce que (...) je ne veux pas voir le crash d'un 787 ou d'un 777", a déclaré Sam Salehpour, ingénieur qualité chez Boeing depuis dix-sept ans, disant avoir "de sérieuses inquiétudes" concernant la sécurité des passagers empruntant ces modèles. "J'ai été mis à l'écart. On m'a dit de la fermer, j'ai reçu des menaces physiques. Si quelque chose m'arrive, je suis en paix, parce que j'ai le sentiment que, en témoignant ouvertement, je vais sauver de nombreuses vies", a-t-il ajouté. 

Chaque personne montant à bord d'un Boeing est en danger
Ed Pierson

Parmi les autres prises de parole marquantes, Ed Pierson, un ancien responsable de Boeing notamment sur le programme du 737 MAX, a affirmé avoir "fait tout ce qu'il a pu pour dire au monde que le MAX n'était toujours pas sûr et pour alerter les autorités sur les dangers de la production de Boeing" mais "rien n'a changé après les deux crashs" (les 737 MAX ont été cloués au sol dans le monde entier après deux accidents de 737 MAX 8 en 2018 et en 2019 (346 morts), à cause de défauts de conception, ndlr). "À moins qu'une action soit menée et que les dirigeants soient mis devant leurs responsabilités, chaque personne montant à bord d'un Boeing est en danger", prévient-il encore. 

Des propos largement corroborés par Joe Jacobsen - qui a travaillé 25 ans à l'Administration fédérale de l'aviation (FAA) après onze ans chez Boeing - et Shawn Pruchnicki - spécialiste en sécurité aérienne et ancien pilote de ligne -, qui se sont aussi exprimés devant les sénateurs. 

"Il y a de plus en plus de graves accusations selon lesquelles la culture de la sécurité chez Boeing est brisée et que ses pratiques sont inacceptables", a, de son côté, souligné le sénateur démocrate Richard Blumenthal, président de la commission d'enquête. 

La "sécurité" et la "qualité" au-dessus de tout

Des accusations réfutées par le grand concurrent d'Airbus. "Nous savons que nous avons encore du travail à faire et nous menons des actions à travers le groupe", a reconnu l'avionneur après l'audition. Toutefois, "les représailles sont totalement interdites chez Boeing", a-t-il assuré, indiquant que les signalements liés à la production avaient bondi de 500% depuis janvier, sur un an. "Nous continuons de mettre la sécurité et la qualité au-dessus de tout le reste", a-t-il martelé, se disant "confiant dans la sécurité et la durabilité des 787 et des 777".

Cette audition, qui a duré presque deux heures, était la première d'une série au cours de laquelle des responsables de Boeing et de la FAA vont être appelés à témoigner. Elle a été ouverte après les faits récents qui remettent en question la fiabilité de certains modèles de Boeing et à la suite d'un courrier des avocates de Sam Salehpour à la FAA. Boeing "doit s'engager à de réelles et profondes améliorations et nous engagerons leurs responsabilités à chaque étape", a indiqué cette dernière, en clôture d'une première journée mouvementée. À noter que trois des quatre modèles d'avions commerciaux fabriqués par la firme américaine, dont la famille du 737, font actuellement l'objet d'investigations. 


M.G avec AFP

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