La Chine face à une nouvelle flambée de Covid-19

VIDÉO - Chine : avec une caméra cachée dans sa bouche, cet artiste dénonce la frénésie des tests PCR

Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Justine Jankowski et Marine Zambrano
Publié le 18 octobre 2022 à 12h50
JT Perso

Source : JT 13h WE

La stratégie du zéro Covid perdure en Chine malgré les contestations.
En filmant les tests PCR qu'il subit, un artiste chinois veut dénoncer les protocoles sanitaires étouffants.

Confinements répétés, tests à tout-va, surveillance constante... Cela fait bientôt trois ans que la Chine prend des airs de prison à ciel ouvert. Une stratégie extrême face au Covid-19, que le dirigeant chinois a défendu dimanche, lors de son discours d'ouverture du 20e Congrès du Parti communiste chinois. "Nous plaçons les gens et leur vie avant tout", a assuré celui qui s'apprête à briguer un troisième mandat. Pourtant, à l'intérieur même de son pays, certains osent questionner ces règles, notamment sous des formes originales. 

À l'aide d'une petite caméra glissée dans sa bouche, l'artiste Siyuan Zhuji documente ainsi la frénésie des tests salivaires PCR, nécessaires pour accéder à de nombreux lieux publics en Chine. Sur son téléphone, il récupère les vidéos pour constituer une glaçante mosaïque, à découvrir sur la vidéo du 13H en tête d'article. On y distingue, entre les mâchoires ouvertes, des dizaines de soignants en combinaison blanche, masque et lunettes de protection plaqués sur le visage, en train d'enfoncer des tigettes sur les parois de sa bouche. Un geste intrusif, devenu le quotidien de millions d'habitants

"Mes vidéos peuvent générer certaines idées"

La séquence a été censurée sur plusieurs plateformes. "Les gens ne peuvent pas trop s'exprimer sur le sujet, alors je me dis qu'au moins, mes vidéos peuvent générer certaines idées", explique l'artiste militant, âgé de 33 ans et installé à Nanjing, la capitale de la province du Jiangsu, située à l'est de la Chine. "Les tests d'acide nucléique font désormais partie de notre vie. Vous voulez le rejeter lorsque vous vous faites tester", a-t-il aussi déclaré auprès de la BBC. Sur les vidéos qu'il capture, "visuellement, vous pouvez ressentir un sentiment de répulsion et d'invasion", a-t-il ajouté.

Siyuan Zhuji a filmé depuis mars une trentaine de tests qui lui ont été imposés, une œuvre intitulée "Hesuan Jiance", qui se traduit par "Test Covid", rapporte le New York Post. À terme, il espère pouvoir présenter ses captations simultanément sur un grand écran, découpé en grille. "Cette œuvre peut représenter notre époque. C'est ce que je veux exprimer. Cela revient à enregistrer la vie actuelle de chacun", a-t-il déclaré auprès de Reuters, un échange relayé par le journal américain. Ces enregistrements dureront "jusqu'à la fin de la pandémie", a-t-il poursuivi. Et d'ajouter : "Si je meurs avant la fin, alors je continuerai à filmer jusqu'à ma mort".

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Sur son compte Instagram, sur lequel il rassemble un millier de followers, l'artiste a partagé une autre mosaïque, représentant cette fois de multiples écrans d'appareil de contrôle de température corporelle, un autre type de test imposé aux Chinois "dans certains centres commerciaux, immeubles de bureaux ou lieux publics", explique-t-il en légende. Un tournage interrompu par un agent de sécurité, raconte-t-il. 

Cet été, il a également publié des photos d'une performance impressionnante : tout le long de son bras, une forêt de seringues piquées dans la peau, une image destinée à dénoncer la campagne de vaccination obligatoire. Dans l'ensemble de ses productions, le fantaisiste créateur est un habitué des prestations choc. "Mon art se concentre généralement sur des sujets sociaux et controversés", a-t-il déclaré à la BBC. 

Fêtes clandestines, banderoles de protestation... Comme lui, des Chinois tentent quelques rares actes de désobéissance civile. La population paie cette politique sanitaire intransigeante au prix fort : le chômage a touché un jeune sur cinq cet été, un record depuis 2018. Selon un groupe d'experts interrogés par l'AFP, le PIB de la Chine grimperait à 2,5% sur un an sur la période juillet-septembre, puis de 3% en 2023, soit le rythme le plus faible en quatre décennies, hors période de Covid. 


Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Justine Jankowski et Marine Zambrano

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