En Chine, la révolte contre le "zéro Covid"

Manifestations contre la politique "zéro Covid" en Chine : "Les autorités locales sont dans une impasse"

Propos recueillis par Sébastie Mastrandreas
Publié le 28 novembre 2022 à 17h22
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Des centaines de manifestants ont dénoncé la stricte politique zéro-Covid, en vigueur en Chine depuis près de trois ans.
Un mouvement rare qui traduit un ras-le-bol général, dans un contexte de "paralysie" de l'économie chinoise, explique le chercheur Jean-Louis Rocca.
Alors que Xi Jinping a été appelé à démissionner, le spécialiste voit surtout une colère dirigée contre des politiques locales.

La colère monte d'un cran en Chine. À Shanghai, Pékin, Wuhan… des manifestations ont eu lieu, dimanche 27 novembre, dans plusieurs villes chinoises contre la politique stricte dite "zéro Covid", en vigueur depuis près de trois ans, rythmée localement pas des confinements à répétition, et des tests quasi quotidiens de la population. 

Répondant à des appels sur les réseaux sociaux, des centaines de personnes se sont notamment insurgées contre l'incendie meurtrier, jeudi, d'un immeuble confiné de la ville d'Urumqi (centre) où l'intervention des secours a été entravée par les barrières sanitaires. Une contestation rare, qui monte depuis plusieurs mois, où le président chinois Xi Jinping a directement été pris à partie, certains manifestants réclamant sa démission, ou encore la fin du parti communiste chinois (PCC). On fait le point avec Jean-Louis Rocca, chercheur spécialiste de la Chine, professeur à Sciences Po. 

Pourquoi ce ras-le-bol général se manifeste aujourd'hui ? 

Jean-Louis Rocca : Avant d'être décriée, rappelons que la politique "zéro Covid" a d'abord été saluée comme un succès en Chine : fin 2020, contrairement à de nombreux pays, les gens pouvaient sortir, tout était rouvert... D'autant qu'il y a eu peu de confinement total dans le pays, cette politique étant ajustable à la situation. Puis les choses ont basculé avec la vaccination : la Chine a relativement peu vacciné sa population, avec un sérum paraissant être peu performant, suscitant la méfiance. 

Résultat : les autorités locales sont aujourd'hui dans une impasse. Car si elles renoncent à la politique du "zéro Covid", il y aura des décès inévitables et en surnombre, faute de couverture vaccinale. Sauf que cette politique se paye au prix fort, et paralyse aujourd'hui l'économie chinoise. Si le pays se débrouille bien à l'international, la situation est dramatique en interne, beaucoup de gens - et notamment la classe moyenne - ayant subi une diminution drastique de leur niveau de vie. Ce dernier élément est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. 

Que veulent les manifestants ?

Jean-Louis Rocca : Plus que Xi Jinping, ce sont les politiques des autorités locales qui sont critiquées. Pour l'instant, les gens veulent un changement d'une politique précise du parti, mais pas le départ du PCC. Ce mouvement ressemble à ceux qui existent en Chine depuis la répression sanglante de Tiananmen, en 1989. Ce sont des protestations très ciblées (autour de conditions de travail, de gestion immobilière ou de partage de terres), mais qui ne s'aventurent pas sur un terrain politique, qui pourrait menacer le parti. 

Ce qui est particulier en revanche, c'est plutôt que ce mouvement intervient simultanément dans plusieurs villes et fédère différents profils. On voit bien que les errements de cette politique "zéro Covid" a créé un mouvement national contre une politique spécifique. Quant aux critiques directes du parti, et contre Xi Jinping, elles sont restées très marginales. D'autant que le PCC n'hésitera pas à écarter le leader s'il y a une focalisation de la colère contre lui.

Quelle suite donner à ce mouvement ?

Jean-Louis Rocca : L'avenir de ce mouvement dépend, à court terme, de la réaction des autorités. Si ces dernières veulent en limiter l'ampleur, elles pourraient s'en tenir à une gestion classique des conflits sociaux en Chine. À savoir, arrêter certaines personnes - meneuses du mouvement - et les garder en prison le temps que les choses se passent avant de les relâcher. Autrement, les autorités pourraient assouplir localement leurs politiques "zéro Covid", au risque de voir repartir l'épidémie.

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Il est probable que la situation s'apaise suite à des décisions politiques, et que l'on assiste à une nouvelle vague de contestation émerge dans plusieurs mois. On est, bien sûr, pas à l'abri d'un virage de Pékin et d'une répression forte, qui pourrait amener à un scénario à l'iranienne... Tout est possible dans ce genre de situation.


Propos recueillis par Sébastie Mastrandreas

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