LE WE 13h

Coup d’État au Burkina Faso : pourquoi ces drapeaux russes dans les manifestations ?

TF1info | Reportage : Georges Brenier, Delphine Xainte
Publié le 3 octobre 2022 à 9h46
JT Perso

Source : JT 13h WE

Au Burkina Faso, le coup d'État s'accompagne d'une violente contestation antifrançaise.
Dans la capitale Ouagadougou, de nombreux drapeaux russes fleurissent dans les manifestations.
On vous explique pourquoi.

La capitale du Burkina Faso est plongée dans le chaos depuis le coup d'État survenu vendredi, et la France est directement prise pour cible par les manifestants favorables aux putschistes. Pour la deuxième journée consécutive, l'ambassade française a été attaquée dimanche matin par une partie des habitants de Ouagadougou, finalement repoussés par des tirs de gaz lacrymogènes. Dans les revendications des manifestants, qu'on peut entendre dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus, s'expriment à la fois un fort ressentiment anti-français, et un appel à l'intervention de la Russie.

On veut la Russie, on veut une collaboration avec le Mali, la France à bas !

Une manifestante de Ouagadougou

"On veut la Russie, on veut une collaboration avec le Mali, la France à bas !", clame une manifestante au milieu d'une foule où on aperçoit quelques drapeaux russes. Le chef de la nouvelle junte autoproclamée, le capitaine Ibrahim Traoré, avait donné le ton, en accusant le colonel Damiba, le chef de la junte déposée, de préparer une "contre-offensive" depuis "la base française de Kamboinsin", un camp militaire proche de Ouagadougou, où des forces spéciales françaises forment leurs homologues burkinabè.  

Un ressentiment anti-français ancien

Mais le ressentiment anti-français n'est pas récent au Burkina Faso. Déjà en novembre 2021, on se souvient de ce convoi militaire français, stoppé plusieurs fois au long de sa traversée du pays, par des manifestants persuadés qu'il contenait des armes destinées aux groupes djihadistes qui terrorisent le Sahel depuis plusieurs années. Les réseaux sociaux amplifient des rumeurs sur l'action des soldats français dans la région, phénomène qu'on avait pu observer auparavant au Mali et en Centrafrique.

Échec contre le djihadisme

Le gouvernement militaire déposé était, lui aussi, issu d'un coup d'État en janvier dernier, qui faisait suite à l'exaspération de la population face à une flambée djihadiste dans le pays depuis 2015. Les attentats contre l'armée et les massacres de civils se sont cependant poursuivis dans le nord et l'est du pays, que les nouveaux maîtres du Burkina Faso se sont montrés impuissants à empêcher. 

La porte ouverte aux mercenaires du groupe Wagner ?

Dès leur déclaration de samedi, signée du capitaine Ibrahim Traoré, les putschistes avaient mentionné leur "ferme volonté d'aller vers d'autres partenaires prêts à aider dans la lutte contre le terrorisme". Si la Russie n'est pas explicitement citée, c'est bien elle qu'appellent à la rescousse les manifestants de Ouagadougou, brandissant des drapeaux russes et appelant à imiter le Mali. L'armée malienne a en effet recours à des "instructeurs" du groupe paramilitaire Wagner, qui ont parfois directement repris les bases abandonnées par les militaires français lors du retrait de l'opération Barkhane. Des mercenaires russes proches du Kremlin, bras armé d'une influence russe grandissante dans toute l'Afrique francophone.

Une campagne de désinformation orchestrée par Moscou ?

Les drapeaux russes ont déjà fait leur apparition plusieurs fois dans des manifestations du même type dans tout le Sahel. En échouant à neutraliser les groupes djihadistes dans la région, qui se sont au contraire développés malgré l'ampleur de l'opération Barkhane, la France en est paradoxalement vue comme la responsable, voire la complice. 

Les réseaux sociaux diffusent sans relâche des rumeurs colportant cette collusion supposée, parfois relayées aussi par des acteurs politiques majeurs, comme récemment le ministre des Affaires étrangères malien. Les réseaux russes semblent ne pas être étrangers à ce qui semble être une campagne orchestrée de désinformation. 

Lors du putsch de janvier dernier, l'homme d'affaires russe Evgueni Prigojine, proche du Kremlin et qui a depuis reconnu avoir fondé le groupe Wagner, avait salué le coup d'État comme le signe d'une "nouvelle ère de décolonisation", faisant implicitement offre de services au nouveau pouvoir à Ouagadougou. L'IRSEM (Institut stratégique de l'Ecole militaire), avait d'ailleurs pointé dans un rapport du mois dernier, la "percée" récente, dans l'audience burkinabé, des antennes francophones de RT et Sputnik, deux médias téléguidés par Moscou.

Lire aussi

Désespérés par la montée en puissance inexorable des groupes djihadistes, les Burkinabés semblent désormais résolus à imiter le voisin malien, en invitant à leur tour les mercenaires russes de Wagner à remplacer les militaires français.


TF1info | Reportage : Georges Brenier, Delphine Xainte

Tout
TF1 Info