VIDÉO - Coup de force avorté, Prigojine exilé : pourquoi le chef de Wagner a-t-il fait volte-face ?

par La rédaction de TF1info | Reportage : Florence de Juvigny, Sylvie Pinatel
Publié le 25 juin 2023 à 16h07

Source : JT 13h WE

Le chef de Wagner a stoppé net ses hommes sur la route de Moscou.
Fêtés en héros, les miliciens ont regagné leurs casernements.
Vladimir Poutine a obtenu le bannissement de son adversaire, sommé de s'exiler en Biélorussie, et amnistié les renégats.
Mais qu'a obtenu Evguéni Prigojine en échange ?

Il a finalement ordonné à ses troupes de faire demi-tour. Depuis la nuit précédente, les combattants de la milice Wagner progressaient en direction de Moscou, après avoir pris le contrôle de la ville de Rostov. D'abord perçue comme une mutinerie contre le haut commandement russe, l'aventure déclenchée par Evguéni Prigojine commençait à ressembler à une tentative de coup d'État. Le chef de la milice Wagner a semblé épouvanter le Kremlin toute la journée, avant de stopper net la progression de ses hommes, à moins de 400 km de la capitale russe (200 km selon ses propres affirmations).

Aucun combattant ne sera poursuivi
Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

Derrière cette volte-face, il existe un accord encore opaque, dont des détails cruciaux sont inconnus. Les discussions avec l'imprévisible chef de guerre auraient eu lieu par l'intermédiaire du président biélorusse, Alexander Loukachenko, à qui le Kremlin a exprimé sa "reconnaissance"

La première victoire d’Evgueni Prigojine, c'est la survie de Wagner comme entité distincte de l'armée. Cette milice paramilitaire devait être intégrée à l’armée régulière le 1ᵉʳ juillet, ce qu'il refusait. Pour ses hommes, cela aurait notamment signifié une solde dix fois moins élevée. Finalement, le Kremlin a promis de fermer les yeux sur la participation des miliciens à la rébellion. "Aucun combattant ne sera poursuivi, au regard de leur courage sur la ligne de front", a ainsi assuré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Moscou leur propose même, s’ils le souhaitent, de rejoindre les rangs l’armée. 

Les poursuites contre Prigojine ont également été abandonnées, sous réserve qu'il quitte le théâtre de guerre ukrainien pour la Biélorussie. Une mansuétude à l'opposé de l'extrême sévérité de la justice russe contre toute manifestation d'opposition, observée depuis le déclenchement de l'invasion en février 2022.

Selon certains experts, le groupe Wagner continuera de recevoir des financements, via la Biélorussie. Mais Prigojine pourra-t-il encore diriger ses hommes ? Vladimir Poutine a obtenu le bannissement de son adversaire en Biélorussie. Celui-ci réclamait la tête du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et du chef d'état-major de l'armée russe, Valeri Guerassimov. Le Kremlin n'a pour l'heure annoncé aucun changement qui les concerne. 

Politiquement, en revanche, cette épopée semble être un succès pour Evguéni Prigojine, fêté en héros à Rostov. Et inversement, une défaite pour Vladimir Poutine, dont le discours alarmiste à la télévision a étonné les spécialistes. "Tout trouble interne est une menace pour notre État, pour notre nation", avait-il gravement déclaré, vêtu d'un costume noir, avec des références à la chute de l'empire tsariste. "Il n'est plus crédible", estime Christian Megrelis. Pour cet ancien conseiller de Mikhaïl Gorbatchev, Vladimir Poutine a commis avec cette déclaration "une erreur politique considérable : Le Tsar ne peut pas dire 'au secours, au secours'", estime-t-il. 


La rédaction de TF1info | Reportage : Florence de Juvigny, Sylvie Pinatel

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