L'Équateur est plongé dans un "conflit armé interne", selon les mots de son nouveau président Daniel Noboa.
En cause, la guerre menée par le gouvernement contre les narcotrafiquants.
Celle-ci a pris une nouvelle tournure dimanche 7 janvier après l'évasion d'Adolfo Macias.
Plus connu sous le nom de "Fito", cet homme de 44 ans contrôle le gang le plus important du pays.

"Fito" une nouvelle fois dans la nature. Et l'Equateur bascule dans la crise sécuritaire. L'évasion dimanche de l'ennemi public N°1 a aggravé la guerre, déjà latente, entre les autorités et les narcotrafiquants. Un milieu sur lequel règne Adolfo Macias, patron de Los Choneros et désormais criminel le plus recherché du pays.

Le narco de 44 ans s'est en effet volatilisé à la veille d'une opération de police dont il a visiblement été préalablement informé. L'évasion a eu lieu à la prison de haute sécurité de Guayaquil, où il purgeait depuis 2011 une peine de 34 ans pour crime organisé, trafic de drogue et meurtre. Longs cheveux hirsutes, embonpoint, grosse barbe… Une rare photo de "Fito" le montre menotté, lors d'un transfert, encadré par le personnel pénitentiaire. La réalité était tout autre.

Une mainmise totale sur la prison où il était incarcéré

Le mafieux était en effet le véritable patron de l'aile de la prison où il avait été installé. Peintures murales à sa gloire, dessins d'armes, de dollars et de lions… La décoration était à sa gloire. Des vidéos le montrent en train de faire la fête à l'intérieur de l'établissement avec des musiciens et des engins pyrotechniques. "Fito" a même enregistré sur place un clip vidéo sur un "narcorroccido", ces chansons en l'honneur des narcotrafiquants : "El corrido del Leon". Il apparaît avec un large chapeau sur la tête, saluant et riant avec quatre détenus dans la cour de la prison, caressant un coq de combat, sur un air chanté notamment par sa fille, connue sous le nom de Queen Michelle.

Réputé charismatique, le narco ne s'est pas contenté de faire la fête entre les quatre murs de la prison. Il a suivi derrière les barreaux des études de droit jusqu'à obtenir son diplôme d'avocat, lui qui avait débuté dans les années 2000 comme chauffeur de taxi. Peu avant cette époque,Los Choneros sont créés, dans la province côtière de Manabi. Cette zone du sud-ouest du pays se révèle peu à peu stratégique pour l'exportation de la cocaïne vers les États-Unis et l'Europe. Son ascension à la tête du gang, composé selon les experts de quelque 8.000 membres, s'explique par la faible espérance de vie dans le milieu, ses précédents chefs mourant les uns après les autres. Elle s'est aussi accompagnée de la fragmentation du gang qui, jusqu'à récemment, était composé d'une myriade de petits groupes.

Les récents changements à la tête de Los Choneros "ont entraîné des luttes intestines au sein du groupe et de ses sous-groupes", a assuré dans un rapport le centre de recherches Insight Crime. Les Tiguerones et les Chone Killers se sont ainsi désolidarisés et sont devenus de puissants rivaux. Insight Crime affirme même que Los Choneros "ont progressivement perdu le pouvoir au profit d'une alliance menée par Los Lobos", dont le chef à Quito, Fabricio Colon Pico, s'est également échappé mardi d'une prison de la province de Chimborazo (centre) où il avait été transféré en raison d'accusations de complot visant à assassiner un procureur.

Sous la mainmise de "Fito", Los Choneros ont également établi des liens avec les puissantes organisations criminelles colombiennes (Clan del Golfo) et mexicaines (Cartel de Sinaloa) et des réseaux des Balkans, selon l'Observatoire équatorien du crime organisé. En ligne, ils menacent les journalistes et, sur des rythmes de musique urbaine, lancent des avertissements aux autres gangs rivaux. Ainsi qu'aux autorités ? Le nom de "Fito" a fait la Une de la presse ces derniers mois après l'assassinat début août de l'un des principaux candidats à l'élection présidentielle. Fernando Villavicencio, ancien journaliste et parlementaire abattu par un tueur à gages colombien, a été victime peu avant son exécution de menaces de mort de la part du chef des Choneros.


Thomas GUIEN

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