L'Union Européenne a approuvé un "paquet de sanctions" contre la Russie après la reconnaissance par Vladimir Poutine des régions prorusses de Donetsk et de Lougansk.
Une réplique russe, toujours sur le plan économique, devrait intervenir dans les prochains jours.
Avec quelles répercussions en France ?

Une crise internationale majeure... mais quid du quotidien des Français ? En ce début de semaine, la crise russo-ukrainienne a pris une nouvelle dimension. En reconnaissant lundi les républiques séparatistes du Donbass et de Louhansk, Vladimir Poutine a commis une violation du droit international caractérisé, s'aliénant du même coup la communauté internationale. 

En guise de représailles, l'Union Européenne a annoncé mardi un "paquet de sanctions" contre l'économie russe et ses élites. Elles "feront très mal à la Russie", a martelé le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell. "Nous mettons en place de vastes sanctions sur la dette souveraine russe. Cela signifie que nous coupons le gouvernement russe du financement occidental, ils ne peuvent plus lever de fonds à l’ouest et ne peuvent plus commercer avec les marchés", a de son côté déclaré le chef d'État américain, Joe Biden, lors d'une allocution. De son côté, Moscou n'a pas (encore) déployé des mesures de rétorsion contre les Occidentaux. Néanmoins, il ne fait aucun doute que cette crise va frapper de plein fouet l'Hexagone, à plusieurs niveaux. On vous explique pourquoi. 

Une économie bâtie comme "une machine de guerre"

La Russie est devenue une puissance économique de deuxième rang depuis la chute de l'URSS (11e PIB mondial). Son PIB officiel est presque deux fois plus petit que celui de la France, alors que son territoire est deux fois plus grand. Néanmoins, Vladimir Poutine a largement développé trois secteurs, qui font de cette économie une véritable "machine de guerre", souligne François Lenglet, spécialiste en économie de TF1, dans la vidéo du 20H en tête de cet article. L'armement d'excellent niveau (deuxième exportateur mondial), le pétrole et le gaz ainsi que sa production de blé (1er exportateur au monde) ont "permis à Moscou d’amasser des centaines de milliards de dollars de réserves", ajoute-t-il. Surtout, ces ressources peuvent permettre à la Russie de "retourner le chantage contre l’Europe" en cas de sanctions à son égard. 

Sur le plan des ressources naturelles, tout d'abord, le constat est implacable. Le cours du pétrole est largement affecté par cette crise à l'est du Vieux Continent, notamment parce que la Russie en est le deuxième producteur mondial (devant l'Arabie Saoudite par exemple). Ainsi, le prix du baril ne cesse d’augmenter : en à peine une semaine, il est passé de 91 à 98,55 dollars. Les spécialistes prédisent déjà un baril à 110 dollars dès l’été. Pour ne rien arranger, la communauté internationale craint des difficultés d’approvisionnement, voire des pénuries. Une bien mauvaise nouvelle pour les Français qui doivent déjà composer avec un coût de l'essence à la pompe particulièrement élevé. 

Une dépendance au gaz russe

Pour ce qui est du gaz, le tableau n'est pas beaucoup plus reluisant. Presque 20% du gaz de l'Hexagone vient de Russie, de quoi générer une nouvelle flambée des prix si le maitre du Kremlin décide de couper son approvisionnement. "L’augmentation des prix du gaz naturel, qui touche déjà les utilisateurs classiques de gaz naturel va aussi se traduire par une augmentation quasi-parallèle des prix de l’électricité", note avec fatalité Philippe Chalmin, expert en matières premières et professeur à l'Université de Paris-Dauphine. Malgré tout, la France s'en sort mieux que certains de ses partenaires européens, à commencer par l'Allemagne qui dépend à plus de 55 % du gaz russe. Selon les données d'Eurostat, la Russie représente 40,4 % des importations gazières européennes. Ce chiffre monte même encore plus haut, entre 75% et  100%, pour la Bulgarie, la Tchéquie, l'Estonie, la Roumanie, l'Autriche ou encore la Finlande. 

Par ailleurs, les vastes terres russes regorgent de métaux. Titane, nickel, paladium... autant de matériaux indispensables à de nombreuses industries européennes (automobile, électronique, aéronautique) et donc de moyens de pression potentiels supplémentaires. La Russie importe également des produits manufacturés européens et beaucoup de produits agricoles. En 2020, selon le ministère de l'Économie, 35,5% des importations russes provenaient de l'UE, principalement d'Allemagne (10,1%), d'Italie (4,4%) et de France (3,5%). Les entreprises françaises concernées sont essentiellement issues des industries automobiles, chimiques et cosmétiques. D'éventuelles sanctions occidentales pourraient donc pousser la Russie à se tourner vers d'autres pays, comme la Chine, privant l'Europe et donc la France de certaines perspectives économiques. 

Vers une explosion du prix du pain ?

En outre, la Russie demeure le premier exportateur planétaire de blé. Avec l'Ukraine, elle représente même près d'un tiers de la production mondiale de blé. Largement suffisant donc pour influer les prix en France, et dégrader encore la situation de ses habitants déjà confrontés à une crise du pouvoir d'achat. "Les tensions entre la Russie et l’Ukraine ont fait monter le cours des céréales. Sur les trois derniers jours, on est passés de 260 à plus de 280 € de la tonne", confirme à TF1 Antoine Grasser, responsable du pôle grain à Natup. 

Les conséquences de cette crise en Ukraine seront contenues
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie

Pour autant, du côté de l'exécutif, il n'y a pas encore lieu de s'affoler. "Notre évaluation est que les conséquences de cette crise en Ukraine seront contenues", a affirmé Bruno Le Maire lors d'une audition devant la commission des Finances du Sénat.

"L'économie française est peu exposée à la Russie", a justifié le ministre, expliquant que "la France exporte moins de 7 milliards d'euros par an vers la Russie", soit "à peine plus de 1% des exportations françaises". Par ailleurs, "nous importons moins de 10 milliards d'euros par an de Russie, c'est moins de 2% des importations françaises", a-t-il encore ajouté. 

Pour ce qui est de l'explosion à venir du cours du gaz, le ministre de l'Économie a assuré qu'il maintiendrait "le gel des prix pour les particuliers en toutes circonstances". Pour rappel, ce dispositif avait été décidé en octobre dernier, dans le cadre du "bouclier tarifaire" annoncé par le gouvernement contre l'inflation, et doit en principe prendre fin en juin 2022.


Maxence Gevin | Reportage TF1 Antoine de Précigout, Pierre Corrieu, Simon Humblot

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