La pauvreté devient extrême en Afghanistan.La situation est tellement critique que de nombreux habitants sont contraints de vendre leurs enfants pour survivre, quand d'autres monnaient leurs organes.L'envoyée spéciale de TF1 Liseron Boudoul s'est rendue auprès de ces familles plongées dans un désespoir absolu.
Un pays plongé dans les abîmes. Depuis le retour des talibans à Kaboul, la pauvreté est devenue extrême en Afghanistan. L'envoyée spéciale de TF1 Liseron Boudoul, qui s'y était déjà rendue en novembre 2021, est retournée dans l’ouest du pays, dans la région d’Hérat. C’est là que se sont installées, dans des abris précaires, des centaines de familles afghanes. Victimes de sécheresses successives, elles ont été forcées de quitter leurs terres devenues trop arides pour être cultivées. L’eau, comme la nourriture, sont devenues très rares. "On est tous dans la pauvreté. Personne ne vient nous aider", s'étrangle le chef de ce camp. "On nous a donné une seule fois de la farine. Je vous l’avoue, je meurs de soif et on n’a plus rien à manger. Toutes les familles se couchent le ventre vide ici".
Au lieu de voir mes six enfants mourir de faim, c’est mieux d’en sacrifier une
Un habitant
Face à ce désespoir total, de plus en plus de parents optent pour une solution radicale, que Liseron Boudoul avait déjà observé dans son précédent reportage : vendre leur fillette, très jeune. Le père d’un bébé de tout juste un an, déjà marié pour 250 euros, témoigne. "Je n’avais plus d’autres solutions. Je devais la vendre. Je vous jure que pour manger, on n’a que du pain rassis. On le trempe dans l’eau et quand il devient mou, on le mange. C’est ça notre vie", justifie-t-il. "Si vous étiez à ma place, vous n’auriez pas vendu votre fille ? Au lieu de voir mes six enfants mourir de faim, c’est mieux d’en sacrifier une. Mais bien sûr que je l’aime ma petite", déclare-t-il encore. L’homme qui a acheté son bébé, pour la marier à son fils plus tard, viendra la chercher avant l’hiver.
Juste à côté, une autre femme vit dans une cabane de torchis, recouverte d’une bâche en plastique. Sa fille n'ira jamais à l'école. "On a faim. Mon père m’a mariée pour 200.000 afghanis", soit environ 2000 euros, lâche l'enfant. Si elle reconnaît qu'elle n'est "pas prête" à se marier, elle espère que cela lui permettra de manger au moins deux fois par jour. La fillette, âgée de 7 ans, rejoindra bientôt son futur époux, qui en a 26.
Ce genre d'histoires est devenu tragiquement banal sur ces terres au croisement de l'Asie et du Moyen-Orient. Si le mariage forcé est une pratique ancestrale en Afghanistan, son nombre ne cesse d'augmenter sous l'impulsion d'une pauvreté toujours plus croissante. Avec un PIB d'approximativement 20 milliards de dollars, l'économie afghane était déjà très réduite, mais "en un an, elle a perdu environ 5 milliards de dollars", a rappelé, au début du mois, Kanni Wignaraja, directrice du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour l'Asie et le Pacifique. "Cela représente environ dix années de richesses et d'avoirs accumulés, perdus en seulement dix mois. Nous n'avons pas vu un tel effondrement dramatique ailleurs dans le monde", a-t-elle alerté. Aujourd'hui, 95 à 97% de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre un peu plus de 70% il y a un an.
Le "village du rein"
Dans un autre village, cette fois aux maisons d'argile, les enfants ne sont pas les seuls à être vendus au plus offrant. De nombreuses personnes sacrifient aussi leurs organes. Un homme a ainsi cédé son rein, toujours pour la même raison : survivre. "Si je ne l’avais pas vendu, mes enfants seraient morts de faim", affirme-t-il. Selon le chef de cette bourgade, désormais surnommé le "village du rein", "une centaine de personnes se sont enregistrées pour vendre leur rein à l’hôpital. Elles attendent qu’on les appelle". "Je voudrais bien les en dissuader, mais comment faire ?", se lamente-t-il.
On a dû emprunter de l’argent pour acheter à manger.
Une Afghane
Une autre jeune femme raconte son calvaire, elle qui a subi récemment une opération similaire. Âgée de 23 ans et mère d’une fillette, elle a vendu son rein gauche pour 2500 euros. "Quand les talibans sont arrivés, toute la nourriture a augmenté. Le riz, la farine, l’huile… on a dû emprunter de l’argent pour acheter à manger. Et il fallait le rendre. C’était un cauchemar", insiste-t-elle. Selon le Pnud, le prix d'un panier alimentaire de base a en effet augmenté de 35% depuis août 2021. Désormais, pointe l'instance, les Afghans dépensent "60 à 70%, certains 80% de leurs revenus en nourriture et carburant".
Au fil des mois, un commerce clandestin de grande envergure s’est organisé. Selon un trafiquant d’organes interrogé par l'équipe de TF1, ce trafic est international. "Nos clients vivent à l’étranger. Ils ont de l’argent pour nous acheter les reins. C’est un très bon business", assure-t-il. "Nous achetons les reins aux habitants les plus pauvres, qui ont un besoin urgent d’argent. Un rein se négocie autour des 2000 euros et on le revend entre 15 à 20.000 euros", ajoute-t-il. Et qu'importent les vies piétinées au passage.
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