Elle devient officiellement le 32ᵉ membre de l'Otan ce jeudi : que va apporter la Suède à l'Alliance ?

Publié le 26 février 2024 à 17h39, mis à jour le 7 mars 2024 à 13h42

Source : TF1 Info

La Suède devient officiellement le 32ᵉ membre de l'Otan ce jeudi, après quasiment deux ans d'attente et de tractations.
Un changement historique pour le royaume du Nord, neutre et non-aligné militairement depuis deux siècles.
Mais elle vient aussi renforcer l'Alliance, aussi bien militairement que stratégiquement.

À la suite de l'invasion de la Russie en Ukraine, la Suède a décidé de rompre avec deux siècles d'histoire. Et pour cause, en devenant officiellement le 32ᵉ membre de l'Otan ce jeudi 7 mars, le royaume nordique met fin à sa politique de neutralité datant de la fin des guerres napoléoniennes, puis de son non-alignement militaire appliqué depuis la fin de la Guerre froide. Un changement de taille qui intervient après deux ans d'attente et de tractations, Stockholm ayant dû composer avec les réticences du Premier ministre hongrois Viktor Orban, consécutives à celles du président turc Recep Tayyip Erdogan. 

La Suède avait été déposée sa candidature avec la Finlande en 2022, dans la foulée du début de l'invasion russe en Ukraine. Elle avait alors montré qu'elle comptait bien se protéger des velléités expansionnistes de la Russie, en bénéficiant notamment de la puissance nucléaire de l'Alliance ou de son article 5, qui introduit le principe de défense collective. L'Otan, de son côté, y gagne aussi en intégrant un nouveau pays.

50.000 soldats

Tout d'abord, le budget défense de la Suède est conséquent. Car la politique de neutralité du pays n'a pas conduit à un arrêt total de ses dépenses dans ce domaine. Au contraire, ce poste de dépenses a même recommencé à augmenter en 2014 après l'annexion de la Crimée par la Russie. Selon le gouvernement, l'objectif de l'Otan, qui demande à tous ses membres de consacrer 2% de son PIB à la défense, devrait être franchi en 2024. 10 milliards d'euros devraient alors être consacrée à la défense.

L'armée suédoise peut par ailleurs mobiliser quelque 50.000 soldats, dont la moitié sont réservistes, en combinant ses différentes branches, pour une population d'un peu plus de 10 millions d'habitants. Dans les airs, elle s'appuie sur plus de 90 avions de chasse JAS 39 Gripen, du fabricant suédois Saab. Elle dispose aussi d'une flotte de guerre en mer Baltique qui comprend plusieurs corvettes et sous-marins.

Par ailleurs, la défense suédoise a déjà l'habitude de collaborer avec les forces de l'Otan. Tout en restant à l'extérieur de l'Alliance, elle s'en est rapprochée en rejoignant le Partenariat pour la paix en 1994 et le Conseil de partenariat euro-atlantique en 1997. Cette coopération s'est renforcée après l'annexion de la Crimée. L'interopérabilité que demande l'Otan ne devrait donc pas être difficile à mettre en place.

Une position stratégique

L'adhésion de la Suède offre par ailleurs une position stratégique à l'Otan face à la Russie. Elle permet d'abord de mieux protéger les trois États baltes, déjà membres de l'Alliance. Jusque-là, il existait un risque que ces pays se retrouvent isolés au cas où les forces du Kremlin s'empareraient des 65 km de territoire lituanien séparant la Biélorussie de l'enclave russe de Kaliningrad, lourdement armée. Avec l'adhésion de la Suède, qui contrôle l'accès à la mer Baltique et à la mer du Nord, les forces armées de l'Otan pourraient transiter par ce territoire. 

Afin de sécuriser un peu plus la position de l'alliance, le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a également déclaré en janvier que son pays était prêt à fournir des troupes aux forces de l'Otan en Lettonie. La Suède apporte aussi l'île de Gotland, remilitarisée depuis 2018. Située entre les côtes suédoises et la Lettonie, elle permettra de mieux verrouiller cette partie de la mer Baltique, désormais presque intégralement bordée par des pays membres.

D'un point de vue général, l'adhésion de la Suède renforce l'Alliance, que ce soit militairement ou d'un point de vue géostratégique. "Il s'agira d'une force assez impressionnante avec, espérons-le, la puissance combinée de 32 pays, de la Turquie au sud jusqu'au Svalbard" au nord, décrivait le chef de l'armée suédoise, Jonny Lindfors, au journal Dagens Nyheter en décembre dernier. Une consolidation bienvenue après les dernières menaces de Donald Trump contre l'Alliance.


Aurélie LOEK

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